Le 17 octobre 1961 : Le massacre des Algériens à Paris, une histoire obscure de 132 octobres à découvrir

dimanche 16 octobre 2011
par Chérif Boudelal

« Peuple français, tu as tout vu, et maintenant vas-tu te taire ? »

Jusque à quand la France va-t-elle cacher son histoire coloniale à ses citoyens ? Pourquoi a-t-elle peur de dire la vérité à son peuple ? Pourquoi ses dirigeants ne veulent pas qu’on en parle ? Hé bien, c’est simple : c’est parce que la commémoration du massacre des Algériens (à Paris) du 17 octobre 1961 n’est qu’un « petit détail de l’histoire » coloniale de la France qui a occupé Algérie de 1830 à 1962. L’oubli de l’histoire consiste à cacher les pires atrocités commises par son armée française durant les 132 ans d’occupation ; atrocité qu’on appellerait aujourd’hui « génocides » et « crimes contre l’humanité. Ces atrocités/génocides vont de la punissions collectives à la terre brûlée, méthode planifiée par le général Bugeaud. Des exterminations de tribus entières aux « enfumades » des grottes dans lesquelles des milliers de personnes ont péri asphyxiées (1845-1847) - « technique » inventée et exécutée par le général Cavaignac suivi par le colonel Pélissier ; cette technique est « améliorée » par Saint- Arnaud qui inventa l’emmurement des grottes qui consiste à asphyxier des centaines de personnes, réfugiées avec leurs animaux dans les cavernes. Les « exploits » de l’armée français allait des récompenses données aux soldats qui apportaient une paire d’oreilles d’un « Arabe », à des têtes coupées et installées sur les trottoirs des villes et village ; des massacres du 8 mai 1945 (45.000 personnes ont été froidement assassinées). Lors de ce carnage les fours à chaux d’Héliopolis n’ont pas chômé non plus : on y faisait cramer des résistants vivants. Du détournement de l’avion transportant les « cinq hommes libres » (1956, le « baptême universel de la piraterie aérienne » !) à la pacification qui a suivi. Des camps de concentrations en Algérie au massacre du 17 octobre 1961 à Paris en passant par la torture généralisée, l’histoire de la France coloniale reste à découvrir. Cet « exploit » de l’armée française séduisait même des éminents intellectuels du XIXe siècle : « Je crois que notre nouvelle conquête est chose heureuse et grande. C’est la civilisation qui marche sur la barbarie. C’est un peuple éclairé qui va trouver un peuple dans la nuit. Nous sommes les Grecs du monde, c’est à nous d’illuminer le monde… » – Victor Hugo » ! Les non initiés à l’histoire de « l’Algérie coloniale » ne savent que très peu de ce que le peuple algérien a enduré pendant cette longue période d’occupation. Certains historiens français spéculent sur le nombre des morts pendant la guerre de libération de 1954 à 1962, en se référant aux archives militaires et situe le nombre de morts à 250.000 environ, doutant du nombre d’un million et demi de morts avancé par les Algériens. Des historiens algériens, quant à eux, vont encore beaucoup plus loin. Ainsi, selon l’historien Mustapha Lachref, il y aurait 7,5 millions d’Algériens tués durant les 132 ans d’occupation.

Mais les gouvernants successifs de la France républicaine ne veulent pas entendre parler de cette histoire qui pourrait réveiller les consciences endormies depuis longtemps. « Il n’y aura pas de repentance », nous disent les uns ; « Il faut oublier le passé pour construire l’avenir », nous disent les autres ». Cependant, on veut commémore, voire vénérer « le bien-être de la colonisation » ! Les dirigeants successifs de la République préfèrent effacer de la mémoire des Français toute l’histoire coloniale ; ils se contentant de commémorer les victoires remportées par l’armée française sur les peuples colonisés dans le cadre de la « pacification » - comprendre extermination - voulue par l’armée coloniale d’Algérie.

Faut-il avoir peur de l’Histoire ? Non, puisque les citoyens français d’aujourd’hui ne sont pas responsables de ce qu’ont fait les gouvernements, l’armée et les colons de cette période de la colonisation. Au contraire la connaissance de l’Histoire peut servir d’exemple aux jeunes générations afin de leur éviter les erreurs du passé. La France a tout intérêt à enseigner son Histoire telle quelle à ses enfants en leur apprenant que le temps des colonisations est révolu, et que l’amitié entre les peules vaut mieux que leur occupation qui suscite des guerres inutiles. Il faut espérer qu’un « messie » arrive pour délivrer la France de ce tabou qui ne rend pas service à son peuple. Mais le messie ne trouvera pas son chemin si le peuple ne le lui montre pas. A bon entendeur, salut !

Voici ci-après un poème du grand poète algérien, Kateb Yacine qui s’adresse au peuple français après le 17 octobre 1961 :

Peuple français, tu as tout vu
Oui, tout vu de tes propres yeux
Tu as vu notre sang couler
Tu as vu ta police
Assommer les manifestants
Et les jeter dans la Seine.
La Seine rougissante
N’a pas cessé les jours suivants
De vomir à la face.
Du peuple de la commune
Ces corps martyrisés
Qui rappelaient aux Parisiens
Leurs propres révolutions
Leur propre résistance
Peuple français, tu as tout vu
Oui tout vu de tes propres yeux,
Et maintenant vas-tu parler ?
Et maintenant vas-tu te taire ?

Par Chérif BOUDELAL – le 17 octobre 2001- contact : immigrationstorys@yahoo.fr


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