Le choc des préjugés

mardi 10 mai 2011
par Ammar Berlhimer

Le mérite, jamais démenti, qui revient aux Arabes dans la transmission des penseurs de l’Antiquité subit de plein fouet la vague d’islamophobie qui traverse l’Occident depuis les attentats du 11 septembre contre le World Trade Center. Ainsi, pouvait-on lire dans la Nouvelle revue d’histoire, principal vecteur de la remise en cause historique actuelle, au demeurant franche et sans détour, que « les Arabes ont certainement moins recherché et étudié les auteurs grecs et romains que les chrétiens. […] Rendre les Occidentaux tributaires des leçons servies par les Arabes est trop de parti pris et d’ignorance : rien d’autre qu’une fable, reflet d’un curieux penchant à se dénigrer soi-même ». Les nouvelles thèses, révisionnistes d’une certaine manière, se veulent au service de la défense d’un Occident chrétien, prétendument menacé de « deshellinisation » et, au-delà, d’islamisation, une crainte que partagent expressément le Vatican et le pape Benoît XVI. On se rappelle les déclarations de ce dernier lors de la conférence tenue à l’Université de Ratisbonne, le 12 septembre 2006, et où, se proposant de traiter des rapports entre la foi et la raison, n’ont pas manqué de déraper pour affirmer d’hypothétiques liens structuraux entre Islam et violence. Les facteurs culturels et l’opposition, voire le choc frontal, entre civilisations sont érigés comme moteur des conflits, au prix de simplifications, de distorsions et d’omissions, pratiques dont se délecte l’extrême droite française dans son combat anti-Islam. En réalité, si choc il y a, c’est bien celui des préjugés ! De part et d’autre, d’ailleurs, tant il est vrai que la restauration du khalifat reste au programme de nombreuses formations politiques agréées du monde arabo-islamique. La Nouvelle revue historique semble être le fer de lance de la croisade idéologique. On comprend mieux sa ligne éditoriale en apprenant que cette revue a été fondée par Dominique Vernner, ancien de l’OAS, fondateur avec Alain de Benoist du GRECE (Groupe de recherche et d’études pour la civilisation européenne), laboratoire de la pensée de la Nouvelle Droite. A la faveur de l’ijtihad des nouveaux historiens, il se construit une véritable contre-histoire de l’Occident, ancrée dans les traditions de la droite radicale : celle du catholicisme « néo-conservateur » et celle des mouvances politiques et idéologiques anti-Islam, anti-arabes et anti-noirs. Le livre de Sylvain Gouguenheim, Aristote au Mont Saint-Michel, Les racines grecques de l’Europe chrétienne, paru aux éditions du Seuil (Paris, 2008), a suscité tant de réactions (articles, pétitions et comptes-rendus) qu’il a porté le débat au-delà du microcosme des études médiévales spécialisées et du microcosme universitaire. L’auteur du livre, qui est enseignant à l’École normale supérieure de Lyon et professeur des universités, s’attaque à ce qu’il considère comme un mythe de l’histoire médiévale : la transmission d’une partie de la science antique et des savoirs aristotéliciens par les Arabes au Moyen- Age. A ses yeux, les Arabes n’auraient pas pu transmettre la pensée et la culture grecques pour cette première raison : « Jamais les Arabes musulmans n’apprirent le grec, même Al-Farabi, Avicenne ou Averroès l’ignoraient. » L’Islam et la Grèce antique seraient des civilisations profondément étrangères l’une à l’autre pour des raisons d’ordre culturel : les cloisons des impératifs religieux musulmans auraient empêché la pénétration réelle de la culture antique. Ce processus d’opposition structurant l’histoire aboutirait à des identités fondées sur « l’altérité conflictuelle entre chrétiens et musulmans ». La thèse renvoie par ailleurs à un argumentaire ethno-linguistique énonciateur d’un racisme culturel : « Dans une langue sémitique, le sens jaillit de l’intérieur des mots, de leurs assonances et de leurs résonances, alors que dans une langue indo-européenne, il viendra d’abord de l’agencement de la phrase, de sa structure grammaticale. […] Par sa structure, la langue arabe se prête en effet magnifiquement à la poésie […] Les différences entre les deux systèmes linguistiques sont telles qu’elles défient presque toute traduction. » Ainsi, les caractéristiques linguistiques de la langue arabe rendraient la civilisation musulmane inapte à recevoir la culture antique et la culture européenne est quitte de toute dette envers l’Islam. La nouvelle menace qui pèserait sur l’Occident chrétien viendrait donc de son mode erroné d’appropriation de sa propre Histoire. Sylvain Gouguenheim s’inscrit dans cette tradition sectaire. La stigmatisation de l’Islam et des musulmans n’est donc pas la résultante de simples préjugés, voire même de xénophobie, au sens parfois compréhensif de peur de l’étranger, de l’inconnu, etc. Elle est une opération mûrement réfléchie qui relève d’une action idéologique de longue haleine. Le résultat est indigne d’une démocratie qui entend donner des leçons de « démocratie » et de « libertés » au monde arabo-musulman. Les incidences pratiques de ce nouveau cadrage idéologique sont désastreuses. Dans un récent sondage Sofres sur « le racisme, la discrimination et l’intégration dans la France de 2010 »(*), il est souligné que « le discours sur le racisme s’inscrit dans une perception globalement négative et pessimiste de la société française ». Il ne faut surtout pas s’étonner que les plus pauvres soient les plus racistes. Normal, le terreau nourricier de la stigmatisation est d’essence socio-économique et se trouve particulièrement bien illustré par deux phénomènes que l’étude met en avant :
- « Une exacerbation de l’individualisme et de l’égoïsme dans les comportements de leurs concitoyens, d’un manque de respect généralisé.
- « Une insécurité grandissante, à la fois économique (précarité, baisse du pouvoir d’achat) et matérielle. Cette dernière s’étend des incivilités dans la rue et des agressions verbales à l’attentat terroriste, paroxysme de l’insécurité et menace réelle, voire imminente chez beaucoup d’interviewés. » « Cette peur du terrorisme se nourrit et vient entretenir une méfiance contre l’Islam et les musulmans, d’autant qu’aux yeux de certains, l’islamisme se diffuse dans la société française », est-il encore relevé. D’une manière générale, on observe toujours un assez large consensus parmi les personnes rencontrées sur les principales cibles du racisme : il s’agit des populations originaires du Maghreb (les « Arabes ») et dans une moindre mesure celles originaires d’Afrique subsaharienne (les « Noirs ». De façon peut-être plus marquée qu’en 2007, date de l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir, on note une insistance sur ces populations en raison de la focalisation actuelle sur la question de l’Islam. Comme en 2007, les « jeunes des cités » sont particulièrement identifiés comme l’objet du racisme puisqu’ils cristallisent à la fois les craintes liées à l’immigration et à l’Islam. La polarisation de la question de l’Autre sur celle de l’Islam apparaît encore plus fortement qu’en 2007. Les débats récents autour de la burqa ou du hallal et les interrogations plus larges sur la place de l’Islam dans la société française, ou encore sur l’identité nationale française, semblent avoir profondément marqué les personnes interrogées : l’Islam paraît ainsi être, aux yeux de beaucoup, la principale difficulté liée à l’immigration et à la gestion de la différence dans la société française. « On observe même chez certains un discours très virulent contre des musulmans qui leur paraissent vouloir revendiquer à tout prix leur religion, voire l’imposer à la société française. Ils perçoivent derrière cette menace une volonté affirmée de dissoudre l’identité française et chez les plus extrémistes un projet de destruction de la civilisation occidentale », relève encore le sondage. « Imaginez que vous vous détendez sur une plage paradisiaque : vous visualisez un ciel d’un bleu intense, vous sentez le soleil caresser votre peau, vous entendez le doux bruit du ressac et le bruissement des palmiers qui ondulent sous une brise légère. Pour recréer la situation, vous avez puisé dans votre stock d’images mentales. Et c’est comme si vous y étiez. Demandez maintenant à un amnésique de s’imaginer dans la même situation : il ne pourra vous décrire que du bleu ou du blanc, peut-être la sensation de quelques grains de sables sur ses doigts. Et c’est tout », révèle cette semaine le magazine Sciences humaines(**). A. B. (*) Racisme, discrimination et intégration dans la France de 2010 Définitions, évolutions et perceptions depuis 2007 TNS Sofres. Auteurs Emmanuel Rivière Laure Salvaing, Guillaume Caline Etude TNS Sofres / SIG pour la CNCDH, avril 2011. (**) Pour Demis Hassabis et Eleanor Maguire de l’University College London dont la Revue fait état des travaux, les amnésiques ne parviennent pas à imaginer les situations autrement qu’à partir de quelques éléments : leurs images sont parcellaires et manquent de cohérence./Le Soir d’Algérie


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Réactions

mercredi 11 mai 2011 à 16h31

A monsieur N.Nassim :

Bonjour

De quelle égalisation technologique et savoir faire parlez -vous monsieur Nassim pour le monde musulman ?!!!!!!!!.Justement la finalisation du projet occidental pour l’etre humain est son anéantissement et sa réduction en tube digestif et en un sexe.On n’aura jamais ce secret de la technologie et de ce savoir -faire occidental et soyez sur qu’on demeurera des suivistes jusqu’à la fin des temps si cette mentalité ne vient pas à etre éradiquer de nos esprit colonisables précocement et de cette dépendance intellectuelle permanente.Nous savons aussi,que l’histoire du monde musulman et en particulier de ses élites politiques aprés les indépendences de leurs pays ont choisis de se soumettre aux projets de développements clés en main et de sécularisation au lieu de donner avant tout les libertés démocratiques et sociales pronées par ces peuples et libérer les energies créatrices et enfouies dans les sociétés afin de leurs permettre d’assoir et de cristalliser les bases et les valeurs civilisationnellles intérieurs à ces sociétés.

A ma connaissances le savoir -faire et la technologie ne sont pas les bases ou origines d’une civilisation,mais plutot des produits de celle-ci,et les fondements memes de n’importe quelle civilisation se sont les valeurs culturelles de bases sur lequelles on fonde une dynamique sociétale et un esprit de rationnalisation des choses sur la base de ces valeurs intrinsèques à chaque type de société et aussi sur la base du droit et de la liberté d’esprit pronée par toutes les religions.Je crois que de cette façon qu’on peut ; sur la base combinée de l’entité territoriale,culturelle propre à une société donnée ;et des apports et développements de procédés d’autres nations qu’on peut faire émerger une technologie et un savoir faire propre à nous et à notre référence culturelle voire par la suite une commercialisation concurente de ce savoir- faire.Ceci à condition que les sociétés soient vraiment libres et indépendentes de point de vue droits et libertés.En effet, nos sociétés sont coincées par une élite dont une bonne partie est un outil de cette politique de blocage de ces sociétés dues à des raisons historiques et partisannes.

Je concoit aussi que cette technicité excessive occidentale est un témoin d’une étape d ’une décadence civilisationnelle.Pourquoi à votre avis ?tout simplement,il s’agit d’un remplacement et substitution du vrai esprit (spirtuel ,intellectuel) occidental sur lequel s’est basée cette civilisation à ces débuts par des valeurs typiquement matérielles(ou technique , il va de soi, car la nature meme de la pensée occidentale a changée de nature et devenue matérielle par excellence ce qui constitue son coeur et son esprit actuels).Là on ne parle plus de civilisation mais plutot d’esprit de domination et de soumission des peuples par l’outil de la technicité qu’on veut imposer à l’individu. au lieu des vraies valeurs qui vont avec mais malheuresement on ne recoit ni valeurs techniques et leurs secret ni les vraies valeurs de l’esprit occidental matériel mais des vestiges d’accrochages et de suivismes conformistes temporaires(forme de pseudo-modernité).C’est ce que j’appelle le néo-colonialisme "culturo-économique" de douceur et d’imposition.C’est à méditer……Merci.

Salutations.

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mardi 10 mai 2011 à 20h53, par  N Nassim

Il faut essayer d’égaler les occidentaux en technologie et en savoir-faire. Le monde musulman est loin avec la pauvreté, l’ignorance. Avec des slogans, impossible de progresser. Que des consommateurs !

mardi 10 mai 2011 à 13h24

Bonjour,
il ne s’agit pas de choc de préjugés,mais d’une véritable guerre psychologique préméditée ,planifiée par un arsenal de clercs de l’empire contre le dernier rempart culturel non organisé sous forme dispersée voire contre une peur d’une possible émergence d’un autre ordre humaniste et popuplaire universel et vrai en vue d’une possible organisation ;défiant d’une part ; la traitise de l’universalisme francais de la révolution francaise et d’autre part de l’universalisme américain et anglais aussi par l’empire néoconservateur judéo -chrétien qui s’implante non pas en Grèce mais à Juresalem ,voire cette déviation du centre de gravité de la démocratisation du monde et de ses origines.Il ne s’agit nullement d’une logique de choc de deux civilisations et de deux préjugés.Car c’est un faux débat à ce que je concoit ;et la vérité historique sur l’Islam est bien connue de ces clercs asservies ;et dans la logique des faits nous remarquons dans l’histoire récente une militarisation de l’islamisme et une phrasmologie dans les discours qui cachent une intention de domination et de soumission des peuples en faisant oublier le vrai conflit culturel à savoir les vraies valeurs de l’humain car la puissance s’est basée sur le monsonge à travers l’histoire.Il s’agit en réalité ,d’une logique de domination et de soumission des parties culturelles restantes qu’il faut drainer par n’importe quel moyen ,ceux qui ne veulent pas se soumettre à cette philosophie de l’Empire et de la financiarisation du monde et de l’acculturation.L’histoire et non n’importe quelle histoire nous a enseignée çelà et nous impose cette vision trés unique et non pas une autre .Salutations du Quebec.

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mardi 10 mai 2011 à 12h38, par  LL

L’Europe doit réviser sa vision sur ce qu’il appel l’héritage greco-romaine et l’identité judéo-chrétienne. Les musulmans ont passé par la bas et ont beaucoup donné. 8 siècles de présence en Espagne, 5 au Portugal, 120 ans au sud de la France, L’europe de l’est a connu aussi la présence de l’islam pendant plusieurs siècles.

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