Le dinar à travers l’histoire

mardi 26 avril 2011
par BNIBRAS

Origine n Après les indépendances nationales en Afrique du Nord, le dinar retrouvera sa place séculaire de monnaie officielle en Algérie et en Tunisie.

C’est aujourd’hui lundi que sera officiellement lancé un nouveau billet de banque d’une valeur de 2 000 DA. Il nous paraît donc opportun d’apporter un éclairage historique sur le mot « dinar » dont la naissance remonte pratiquement aux Romains. Deux écoles en réclament la paternité. Selon la première, ce mot aurait été tiré du latin « denarius », qui était en fait la monnaie de l’empire romain. Selon une étude non datée mais largement reprise par des chercheurs, le denarius aurait eu cours jusqu’en 1789, date de la Révolution française.

Selon la seconde hypothèse qui nous semble la plus probable et certainement la plus vraisemblable le dinar tirerait son nom d’un célèbre général arabe Abou Mouhadjir Dinar. Ce conquérant s’était emparé, en l’an 55 de l’Hégire, de l’empire de Byzance qui occupait en ce temps-là l’ensemble du Maghreb. Il faut croire que l’histoire décidément bien capricieuse n’a conservé de ce prestigieux militaire que le prénom Dinar, qui lui survivra bien plus que tous ses faits d’armes. Le dinar deviendra donc la première monnaie en or du monde arabe. L’Europe le désignera par le nom bizarre de Besant Sarrazin. Sa première émission aura lieu en Syrie sous le règne du sultan Abdelmalek au VIIe siècle. Il pesait un peu plus de 4 g. Sa diffusion sera encadrée par une loi religieuse dans tout l’Orient en Afrique du Nord et en Espagne sous le règne d’Abderrahmane au Xe siècle. Cette monnaie connaîtra diverses fortunes en Algérie. Elle disparaîtra des transactions commerciales avec l’occupation turque, qui dure plus de trois siècles et l’occupation française qui dure 132 ans. Après les indépendances nationales en Afrique du Nord, le dinar retrouvera sa place séculaire de monnaie officielle en Algérie et en Tunisie. Seul le Maroc choisira le dirham. Le Koweït au Moyen-Orient optera aussi pour le dinar. Mais il est clair que les trois monnaies n’ont pas la même valeur dès lors que les richesses et les systèmes économiques des uns et des autres sont différents. Chez les cambistes saoudiens à La Mecque, 100 dinars koweïtiens sont échangés contre plusieurs dizaines de riyals, beaucoup moins pour 100 dinars tunisiens et moins encore pour cent dinars algériens. En tout état de cause, le nouveau billet de 2 000 DA réduira les tensions actuelles sur les liquidités au niveau d’Algérie Poste et n’influera en rien sur la masse monétaire actuelle.

Le symbole d’une nation

Rappel n Le monnayage de résistance qui durera de 1832 à 1847 a conduit l’Emir à créer un modèle de monnaie radicalement nouveau : les mohammadias.

Comme le drapeau ou l’hymne national, la monnaie est d’abord et avant tout le symbole d’une nation, dont il est l’expression régalienne. Personne d’autre que l’Etat n’a le droit de frapper sa monnaie. Lorsqu’une puissance colonise un peuple, la première chose qu’elle lui impose en plus de ses lois, c’est sa monnaie. Notre pays, qui a connu de nombreuses occupations au cours de son histoire, n’a pas été exempté de cette servitude. Les Espagnols qui ont conquis par deux fois la ville d’Oran, au XVIIe siècle, ont tenté d’ériger aux yeux des Algériens leur monnaie de conquistador tout le long de la côte, sans succès. Pour approvisionner leurs garnisons en fruits et légumes, en viandes et en blé, les intendants de cette armée ont été obligés de monnayer leurs achats en pièces d’or. C’est ainsi qu’ils acquerront à grands prix tous les silos à grains de Stidia près de Mostaganem et une bonne partie de la production agrumicole de Kristel, petit port situé à 20 km à l’est d’Oran. Souvent à court d’or, ils n’avaient d’autre choix que leurs pièces d’argent frappées à Madrid. Elles étaient parfois tolérées. Au lendemain de la conquête de l’Algérie par l’armada française et la disparition pure et simple de la monnaie turque, Abdelkader se fera un devoir de battre sa propre monnaie. Ce monnayage de résistance qui durera de 1832 à 1847, a conduit l’émir à créer un modèle de monnaie radicalement nouveau, les mohammadias. C’est à Tagdemt, près de Tiaret, qu’il créera son atelier ainsi qu’une fonderie d’armes. Sur ces spécimens dont nous ne gardons malheureusement aucune trace, une formule religieuse était inscrite bien en évidence « Allah nous suffit il est le meilleur parti ». Les mohammadias qu’on appellera monnaie du pauvre, permettaient en tout cas au jeune général de reconstituer et d’équiper son armée. Mais force reviendra au vainqueur pour mettre fin aux monnaies turques encore en cours dans les transactions et aux mohammadias d’Abdelkader, les autorités coloniales demandèrent et obtinrent de Paris la permission de battre le franc en terre algérienne. C’est ainsi que le franc algérien verra le jour. Il faut préciser que comme le dinar qui a fait des petits un peu partout dans les pays arabes, le franc français lui aussi fera des émules en Europe et dans les colonies. On verra par exemple la naissance du franc suisse, du franc africain de l’Est et de l’Ouest du continent, le fameux CFA, le franc du Pacifique également. A noter dans le même registre le franc que l’on surnommait métropolitain au Maroc dans les années 40. Mais pour compléter ce tableau succinct et fatalement imparfait du dinar, il faut rappeler qu’il a été la cible, à plusieurs reprises, des contrefacteurs. Des milliards de fausse monnaie en coupure de 1 000 DA ont été découverts ces dernières années par la Gendarmerie nationale, ainsi que leurs imprimeries. Quelques spécimens ont tout de même réussi à être écoulés dans le circuit. Les autorités n’ont pas baissé la garde.

Lorsque notre monnaie était en bonne santé

Valeur n Il fut une époque où le dinar algérien était très courtisé chez nos voisins, surout au Maroc,

Deux ans durant, de 1962 à 1964, l’Algérie indépendante a vécu dans la zone « franc » pour des raisons autant politiques qu’économiques. Le franc algérien était donc convertible en France et partout dans la communauté française. Dans les banques de l’Hexagone, ce franc avait la même valeur que le franc français, qui deviendra plus tard le franc lourd par la seule volonté du général De Gaulle qui rêvait d’avoir une monnaie presque aussi puissante que le dollar. C’est à partir du 10 avril 1964 que l’Etat algérien, usant de son droit régalien, promulguera une loi qui donnera naissance au dinar algérien qui remplacera définitivement le franc. Les premiers billets seront mis en circulation dans la même année. Les tout premiers spécimens imprimés seront des 500 DA. D’autres éditions suivront bien sûr au cours de ces quarante dernières années. Mais ce ne sera qu’à partir de 1987 que les premières pièces seront frappées en Algérie. Et pour en revenir à ces billets typiquement made in Algeria, il faut se souvenir de la première fois que les Algériens ont été appelés à échanger leurs francs contre les nouveaux dinars. Les chaînes étaient immenses et commençaient le matin dès l’ouverture du service des changes jusqu’à l’ouverture des guichets. Il faut croire qu’à cette époque la plupart des Algériens pour ne pas dire tous avaient constitué des bas de laine pour mettre leurs économies à l’abri des regards. C’est à partir de cette opération grand public que les citoyens se rendront compte que les véritables riches n’étaient pas ceux qu’ils croyaient. Ils ont aperçu pour l’anecdote des femmes de ménage changer des cabas de francs français. Ils ont aperçu des mendiants terriblement gênés présenter aux guichets des liasses considérables de billets grossièrement enveloppés dans du papier kraft. Mais une fois que tous les billets ont été mis en circulation, que valait ce dinar en fin de compte ? C’est la première question qui vient à l’esprit. Jusqu’en 1968, le dinar algérien était plutôt lourd, presque une devise. Avec 200 DA par exemple la ménagère pouvait s’offrir au marché pratiquement tout ce qu’elle voulait et remplir son couffin de viande, de pommes de terre, d’oignons, de tomates, de salades vertes, de fruits de saison, en plus du café et des détergents, sans compter les boissons (eau minérale et limonade). La même somme aujourd’hui suffirait tout juste à acheter 4 kg de pommes de terre au cours actuel. Avec 200 DA, on pouvait se permettre sur le plan vestimentaire d’acheter une chemise et un pantalon. A titre de repère, un pardessus en laine de grande qualité dépassait rarement les 350 DA. A cette époque-là, le dinar algérien qui était très courtisé chez nos voisins s’échangeait au Maroc, du moins à Oujda à raison de 100 DA algériens contre 120 dirhams marocains. L’ancien franc français sur le marché informel était échangé à raison de 1000 DA soit 100 000 centimes contre 80 000 centimes français. La valeur de notre monnaie nationale commencera à dégringoler à partir des années 1975 avec la décennie des ruptures, des pénuries et des taux d’inflation impossibles à juguler.

Le boudiou, le mohammadia, le dirham …

Constat n C’est pendant les premières années de l’occupation française que l’Algérie connaîtra sa véritable grande anarchie en matière de monnaie.

Il faut se dire qu’en matière de monnaie, les choses n’ont jamais été très claires dans notre pays en particulier pendant la Régence d’Alger et surtout après. Historiquement, la première monnaie officielle en Algérie a été frappée bien avant l’époque de Massinissa. Nous en avons la preuve par le nombre considérable de pièces trouvées au cours de fouilles dans les environs de Constantine. Elles étaient en plomb et en bronze et servaient de moyens d’échanges internes sur le plan commercial. Selon un document actuellement en notre possession, pendant les trois siècles de domination turque, les différents deys d’Alger battaient leur monnaie indépendamment du sultan de Turquie. Avec ou sans son consentement, cela est à faire. En tout cas, elles étaient de trois types. Il y avait ce qu’on appelait à l’époque le « real drahem seghir ». Il était en argent et représentait une valeur approximative de 62 francs. Il y eut ensuite la pièce d’or appelée le « real boudjou », qui équivalait à deux francs. Le dernier spécimen, le « sequin soltani » valait à peu près 0040 fr, autant dire pas grand-chose. Il semblerait que le dey de Constantine, qui représentait la couronne ottomane, ait frappé sa propre monnaie mais au nom du sultan Mahmoud II et cela pendant 7 ans jusqu’à sa défaite contre les Français en 1839. Ces pièces fabriquées, soit en cuivre, soit en argent, tels que les « boudiouds », pesaient un à deux grammes. Le dey d’Alger suspendra lui aussi le monnayage et son atelier cessera définitivement d’émettre la même année. Selon quelques numismates au fait de tous les détails, des quarts de « boudiouds » existeraient de nos jours, mais feraient partie de collections privées. D’une manière générale, les monnaies algériennes de la période turque étaient conçues dans plusieurs métaux comme l’or, l’argent, le bronze ou le plomb. Elles comportaient des motifs orientaux et des caractères arabes très élégants ainsi que le lieu et la date à laquelle elles ont été frappées. Une inscription revenait toujours sur l’envers de ces pièces : « Sultan des deux terres et commandant des deux mers, le sultan bénit ses victoires ». C’est pendant les premières années de l’occupation française que l’Algérie connaîtra sa véritable grande anarchie en matière de monnaie. Cette instabilité que l’on peut expliquer par l’insécurité et les grands chamboulements économiques décidés par les vainqueurs, était due d’abord à l’abondance sur le marché de fausses monnaies locales en provenance de Kabylie entre 1830 et 1851, ensuite par le rejet des autochtones de la monnaie française et l’utilisation de monnaies étrangères beaucoup plus prisées. Dans l’ouest du pays par exemple, les marchands effectuaient la plupart de leurs opérations commerciales en monnaie espagnole ou en or et souvent même en dirhams marocains, la frontière étant à cette époque relativement accessible et perméable. Même chose à l’est du pays, particulièrement dans le Constantinois où les transactions se faisaient en monnaie tunisienne. Bref, entre le débarquement français en 1830 et la reddition de l’Emir en 1847, les monnaies utilisées dans notre pays étaient les suivantes : le boudiou turc, le mohammadia algérien, le dirham marocain, l’or espagnol, les pièces tunisiennes et la fausse monnaie frappée en Kabylie.

Nos billets doivent être relookés

L’émission d’un nouveau billet de 2 000 DA qui est introduit dans le circuit monétaire devrait servir aux responsables fiduciaires du pays pour procéder à un véritable toilettage de nos billets particulièrement ceux de 200 DA qui sont dans un état lamentable. Sales, scotchés, déchirés, parfois en lambeaux, ils sont souvent refusés par les commerçants, voire les clients eux-mêmes. Si des billets de 100 DA sont encore en circulation, les centimes de dinars en revanche sont rares, en tout cas inusités sur le marché. Quant aux pièces de 1 DA, elles ont tellement vieilli que leur effigie a presque disparu. Il est temps que notre monnaie change de look. Vous ne trouvez pas ?

Par Imaad Zoheir

Info soir


Noter cette article :
bottom

Réactions

Brèves

22 mai - Salon des arts plastiques de Jijel Une vitrine pour encourager et promouvoir les plasticiens locaux

Ces derniè

22 mai - TEXENNA (JIJEL) 67 millions de dinars pour l’assainissement

Une envelo

22 mai - TAHER : 8,44 MILLIONS DE DINARS POUR L’ÉTUDE DU RÉSEAU DE DISTRIBUTION D’EAU

Une étude

19 mai - EL MILIA PROLIFÉRATION DES RATS

La ville

19 mai - RAHIMA NEMER. Elue députée sur la liste de l’UFDS

Ademi-mot,
tonimage tonimage

Top Articles