Le loup et la chèvre ne font pas bon ménage !

La séparation de l’armée et de la politique devrait être sanctionnée par une loi, à la manière de la laïcité qui sépare les religions des Etats. L’Histoire nous apprend que là où l’armée se mêle à la politique la dictature s’installe. Nous l’avons vue aussi bien en Amérique Latine, en Europe, en Afrique qu’en Asie. Pourquoi la démocratie marche en Tunisie, mais elle boîte en Egypte ? Par ce que le peuple tunisien a imposé la démocratie en séparant le militaire de la politique. En Tunisie l’armée est restée neutre, en cédant le pouvoir aux civils dès la fuite de Ben Ali, car elle a respecté la volonté de son peuple. Bien que les gouvernements successifs provisoires ne satisfassent pas tout le monde, le peuple a exiger l’interdiction du parti RCD de l’ancien régime de Ben Ali ; il a exigé également la démission de plusieurs membres du gouvernement, considérés comme douteux, et parvenu à faire des élections dans un délai relativement raisonnable, permettant ainsi la formation d’un gouvernement de coalition nationale. Ce qui n’a pas été le cas en Egypte, où le Conseil suprême des forces armées (CSFA) s’est imposé en maître dès le début de la fin du régime de Hosni Moubarak, en faisant semblant d’épouser les revendications des révolutionnaires. Une fois installé au pouvoir (théoriquement provisoirement), il a laissé trainer les choses, éventuellement pour gagner du temps, dans l’espoir de voir le peuple se démobiliser pour garder le pouvoir et en changeant tout simplement le fusil d’épaule. C’est cela la différence entre les révolutions tunisienne et égyptienne. Le CSFA avait d’abord promis au peuple égyptien d’organiser les élections législatives en septembre 2011, suivies par les présidentielles législatives, en vue de transmettre le pouvoir au civils ; mais il n’a pas tenu sa promesse. Ensuite il a fixé les élections au 21 novembre, qui ont été reportées au 28 du même mois. Avec ces évènements, il est possible que celles-ci soient reportées encore à une date ultérieure. Par ailleurs, il a ignoré les revendications du peuple égyptien qui exige le jugement des assassins des manifestants, celui des corrompus de l’ancien régime. Il a exigé l’interdiction du parti de l’ex président (le parti national), l’interdiction aux membres de ce parti de se présenter aux élections pendant cinq ans ; comme il exigé le changement de la constitution, la récupération des biens publics spoliés par l’ancien régime, la récupération des fonds de l’Etat volés par l’ancien régime et placés à l’étranger ; mais aussi la révision du prix du gaz vendu à un tiers du cour normal à Israël. De toutes ces revendications, pratiquement rien n’a été fait durant plus de neuf mois de pouvoir. Après avoir fait organiser des procès mascarades de Hosni Moubarak et quelques uns de ses complices, le CSFA essaie de gagner du temps, en espérant que le peuple oublie les promesses que ce dernier lui avait données. Des responsables de l’ancien régime détiennent toujours des postes clés dans les institutions de l’Etat, y compris une partie de ceux qui ont été mis en examen ! Selon le politologue égyptien, Hassan Nafâa, le Conseil suprême des forces armées est le prolongement de l’ancien régime. Dès le départ de l’ex président, ce dernier avait prédit ce qui se passe aujourd’hui si l’armée prenait le pouvoir. Il l’avait mis en garde en lui demandant de garder sa neutralité en restant dans son rôle, celui d’assurer la sécurité des frontières du pays en laissant le pouvoir aux civils.
Sentant la supercherie du CSFA, qui a failli à ses responsabilités, le peuple redescend dans la rue pour rappeler aux militaires qu’ils doivent dégager à leur tour. Vendredi 18 novembre des manifestations ont été organisées dans plusieurs villes du pays ; les manifestants réclament la démission du gouvernement actuel et la formation d’un « gouvernement de salut national » qui aura la charge d’organiser les élections législatives. Des milliers de manifestants se sont installés à Midane Tahrir (Place de la libération) au centre de la capitale, le Caire, à l’instar des jours de lutte qui les ont menés à la victoire.
Mais la joie des campeurs n’a pas duré longtemps. Le samedi 19 novembre 2011 leur malheureuse surprise était si grande lorsque les services dit de l’« ordre », appuyées par de militaires, venant les déloger, ont utilisé de gros moyens. Les sbires de l’ancien régime ont tiré dans la foule, en utilisant des bombes de gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et des balles réelles. Résultat : les informations venant des hôpitaux égyptiens font état de 33 morts de samedi à lundi soir. Il y aurait également plus de mille blessés et des centaines d’arrestations. Cette barbarie serait-elle une revanche pour ceux qui n’ont pas digéré l’éviction de leur patron, Hosni Moubarak ? L’armée égyptienne, qui s’est abstenue de réprimer les manifestants pendant la première Intifada, veut-elle montrer qu’elle est aussi capable que les bourreaux des armées de Kadhafi en Lybie, de Assad en Syrie, de Hamad Ben Issa Al-Khalifa roi de Bahreïn et de Ali Salah au Yémen, pour massacrer son peuple ?
Quant au gouvernement provisoire de Essam Sharaf, a promis de faire arrêter la répression et de poursuivre en justice ceux qui ont été impliqués dans ces massacres, mais en en vain puisque plusieurs morts ont été ajoutés à la liste macabre depuis sa promesse (ce matin on a appris que ce dernier a présenté la démission de son gouvernement au CSFA, qui l’a refusée. Comme il a promis de maintenir les élections législatives à la date prévue, le 28 novembre prochain. En essayant de faire cohabiter le loup et la chèvre dans la même bergerie (puisqu’on trouve dans son gouvernement de coalition des opposants à l’ancien régime ainsi que de jeunes révolutionnaires aux côtés des militaires qui ont toujours été, quant à eux, fidèles au régime de l’ex raïs), le Premier ministre a perdu tout crédit auprès des manifestants qui réclament sa démission. Que le peuple égyptien maintienne sa pression sur les militaires pour réaliser son but et ne pas se faire voler sa Révolution.
Syrie
Le régime syrien continue sa boucherie quotidienne. Bashar Al Assad persiste et signe : il promet de continuer le massacre de son peuple et rejette toutes les propositions venant de la ligue arabe et d’ailleurs. Ce lundi, qui est le jour le moins meurtrier depuis des mois, il y a eu 14 morts ! Son armé a tiré sur un car turc transportant des pèlerins venant de la Mecque et traversant la Syrie, et ce pour répondre au discours du Premier ministre, Tayyip Erdogan, qui avait déclaré que « seuls ceux qui ont été choisis par leurs peuples peuvent continuer à gouverner leurs pays, et que Assad ne restera pas au pouvoir car rejeté par son peuple ». Même le roi de Jordanie demande à Assad de laisser sa place car le peuple réclame son départ, en disant : « si c’était moi je partirais » ! Mais ce dernier a oublié que ses sujets le lui demanderont aussi, un jour ou l’autre. Que le peuple jordanien le prenne au mot au moment venu.
Yémen
Au Yémen, Ali Abdellah Salah se maintient par la force au pouvoir. Bien qu’il n’y ait pas de comparaison avec la Syrie, son armée continue sa répression contre les manifestants pacifiques qui réclament le changement de régime. Cette répression est souvent meurtrière, mais le peuple yéménite ne désarme pas, ses manifestations sont quotidienne et de plus en plus nombreuses à travers le pays. Le peuple yéménite est décidé d’aller jusqu’à bout du régime corrompu d’Ali Salah.
Tunisie
Ce mardi 22 novembre, le tout jeune gouvernement de la Révolution tunisienne tiendra son premier conseil. Ainsi, la patience, la pertinence et la ténacité d’un peuple finissent par donner leurs fruits. Le peule tunisien a réalisé le miracle, en laissant à leur faim ceux qui prévoyaient déjà son implosion de l’intérieur. Ces spéculateurs de la politique politicienne, ces terroristes intellectuels, voyaient en la victoire du parti islamique, Nahda, la dictature de la charia islamiste qui sera pire que celle de Ben Ali. Ils espéraient voir la Révolution arabe échouer là où elle a commencé, car sa réussite constitue un péril pour leurs intérêts. Mais les membres de ce parti leur ont donné une leçon de moral et de la démocratie à la tunisienne, en formant un gouvernement de coalition nationale au sein duquel tous les partis ont leurs places. Par contre, la charia l’ont eu où ils ne l’attendaient pas ; elle s’est imposée en Lybie, où la « démocratie occidentale » a mis tous ses efforts pour casser toutes les révolutions des peuples arabes. Après la déclaration du président du CNL selon laquelle la charia sera appliquée en Lybie, les fanatiques de la laïcité de cette « démocratie occidentale », redécouvrent « le respect des croyances des peuples » !
Félicitation au peuple tunisien qui s’est montré digne de sa victoire qu’il a acquise par sa lutte et par le versement du sang de ses martyrs glorieux. Les autres victoires des peuples suivront sans doute partout dans les pays arabes où les régimes éhontés bradent leurs richesses aux impérialistes en échange de leur protection, car ils n’ont pas confiance en leurs peuples. Que tous les dictateurs soient « dégagés ». La révolution tunisienne a « contaminé » même les pays impérialistes de l’Amérique du Nord et d’Europe, où « les Indignés » suivent l’exemple de la révolution pacifique, et exigent l’égalité des droits et le partage des richesses. Les Américain US exigent le démantèlement de Wall Street, à New York, symbole du capitalisme vampire, le provocateur de toutes les guerres et créateur de toutes les misères à travers le monde. Que le peuple tunisien soit remercié pour sa Révolution ; que ses martyrs, à leur Tête Mohamed El Bouâzizi, soient glorifiés par tous les peuples épris de liberté.
Lybie
Voici l’extrait d’un article publié le mardi 22 novembre 2011 par le site Internet « Oumma.com » La CIA aux commandes de l’armée libyenne Le 17 novembre, environ 150 officiers et sous-officiers de l’armée libyenne, ayant rejoint les rebelles, se sont réunis Al-Baïda (200 km à l’est de Benghazi), et ont nommé Khalifa Belkacem Haftar – ou Hifter, colonel pro-américain (formé en URSS) comme chef d’Etat-major de l’armée « en raison de son ancienneté, de son expérience, de sa capacité à diriger et des efforts qu’il a déployés pour la révolution du 17 février ».
Ce coup de force a provoqué la colère de l’Union des thowar de Libye qui regroupe une trentaine de milices rebelles refusant de déposer les armes, mais qui ne s’entendent pas toutes entre elles. Certaines, notamment de Zenten et du Djebel Nefoussa, remettent également en cause la nomination de Abdelhakim Belhaj, ancien dirigeant du Groupe islamique de combat libyen (GICL) parachuté par le Qatar à la tête du Conseil militaire de Tripoli. Le général Soleiman Mahmoud, proche du général Abdel Fattah Younès - issu de la même tribu - assassiné l’été dernier, a accusé l’émirat du Golfe de soutenir le courant islamiste et de chercher à « acheter » les Libyens.
Concernant le colonel Haftar, lire « A CIA commander for the Libyan rebels » par Patrick Martin, paru le 28 mars dernier sur World Socialist Web Site* : Traduction : Le Conseil National Libyen, l’organisation basée à Benghazi qui parle au nom des forces rebelles qui luttent contre le régime de Kadhafi, a désigné un collaborateur de longue date de la CIA pour diriger ses opérations militaires. Le choix de Khalifa Hifter, un ancien colonel de l’armée libyenne a été signalé jeudi par McClatchy Newspapers, et le nouveau chef militaire a été interviewé par un correspondant d’ABC News dimanche soir.
Hifter, dont l’arrivée à Benghazi avait été rapportée pour la première fois le 14 mars par Al- Jazeera, a fait l’objet le 19 mars d’un portrait flatteur dans le Daily Mail, un tabloïd britannique farouchement belliciste. Le Daily Mail présentait Hifter comme une des « deux étoiles militaires de la révolution » qui « est rentré récemment d’exil en Amérique pour apporter une certaine cohérence tactique aux troupes rebelles au sol. » Le journal n’évoquait pas ses liens avec la CIA. Il vivait aux Etats-Unis à une dizaine de kilomètres du siège de la CIA McClatchy Newspapers a publié un profil d’Hifter ce dimanche. Intitulé « Le nouveau chef rebelle a passé une bonne partie des 20 dernières années dans une banlieue en Virginie, » l’article note qu’il avait été auparavant un officier supérieur du régime de Kadhafi jusqu’à « une aventure militaire désastreuse au Tchad à la fis des années 1980. » Hifter avait ensuite rejoint l’opposition à Kadhafi puis finalement émigré aux Etats-Unis où il a vécu jusqu’à ces dernières semaines qui ont vu son retour en Libye pour prendre le commandement de Benghazi. Le profil par McClatchy concluait, « Depuis son arrivée aux Etats-Unis au début des années 1990, Hifter a résidé dans une banlieue de Virginie aux environs de Washington DC. ». Il citait un ami qui « disait ne pas trop savoir comment Hifter subvenait à ses besoins, et qu’Hifter s’occupait d’abord d’aider sa grande famille. »
Pour ceux qui savent lire entre les lignes, c’est une indication à peine voilée du rôle d’Hifter en tant qu’agent de la CIA. Comment en effet, un ancien officier supérieur de l’armée libyenne a-t-il pu entrer aux Etats-Unis au début des années 1990, seulement quelques années après l’attentat de Lockerbie, puis s’installer près de la capitale fédérale, sans l’accord et l’aide active des services de renseignements US ? Hifter a vécu en fait pendant une vingtaine d’années à Vienna en Virginie, à seulement une dizaine de kilomètres du siège de la CIA à Langley. La CIA était bien au courant des activités militaires et politiques d’Hifter. Un article du Washington Post du 26 mars 1996 parle d’une rébellion armée contre Kadhafi en 1996 et écrit son nom dans une transcription différente. L’article cité des témoins selon qui la rébellion a pour « chef le colonel Khalifa Iftar [et est] une organisation du type « contra » basée aux Etats-Unis et appelée Armée Nationale Libyenne. »
Création d’une milice du genre contra
La comparaison est faite avec les forces terroristes “contra” financées et armées par le gouvernement des Etats Unis dans les années 1980 contre les autorités sandinistes au Nicaragua. Le scandale Iran-Contra, qui avait secoué l’administration Reagan en 1986-87, concernait la mise au jour de ventes illégales d’armes US à l’Iran, dont le produit servait à financer les contras au mépris d’une interdiction par le Congrès. Les parlementaires Démocrates avaient couvert le scandale et rejeté les appels à une procédure d’impeachment contre Reagan pour avoir financé les activités d’une illégalité flagrante ourdies par une brochette d’anciens agents des services secrets et de conseillers à la maison Blanche.
Un livre publié par Le Monde Diplomatique en 2001 : Manipulations Africaines, fait remonter la relation avec la CIA encore plus loin, en 1987, signalant qu’Hifter, alors colonel de l’armée de Kadhafi, avait été capture au Tchad où il combattait avec une rébellion soutenue par la Libye contre le gouvernement d’Hissène Habré, soutenu par les Etats-Unis. Il fit défection pour le Front National de Salut Libyen (FNSL), la principale force d’opposition à Kadhafi, qui avait le soutien de la CIA. Il organisa sa propre milice qui opéra au Tchad jusqu’à la déposition d’Hissène Habré en 1990 par Idriss Déby, son rival appuyé par la France.
Selon ce livre, « la force de Haftar, créée et financée par la CIA au Tchad, disparut dans la nature avec l’aide de la CIA peu de temps après le renversement du gouvernement par Idriss Déby. » Le livre cite aussi un rapport du service de recherche du Congrès daté du 19 décembre 1996, selon lequel le gouvernement des Etats-Unis apportait une aide militaire et financière aux membres du FNSL qui avaient été repositionnés aux Etats-Unis.
Ces informations sont accessibles à tous ceux qui se livrent à une recherché même superficielle sur Internet, mais elles n’ont pas été relayées par les médias contrôlés par les grands groupes, hormis une dépêche de McClatchy qui évite toute référence à la CIA. Les chaînes de télévision, trop occupées à faire l’éloge des « combattants de la liberté » de l’est libyen, ne se sont pas fatiguées à signaler que ces forces étaient désormais commandées par un collaborateur de longue date des services de renseignements des Etats-Unis.
Pas plus que n’en ont tenu compte ceux qui parmi les libéraux ou la “gauche” s’enthousiasment pour l’intervention des Etats Unis et de l’Europe en Libye. Ils sont trop occupés à saluer l’administration Obama pour son approche multilatérale et « consultative » de la guerre, présumée être différente de l’approche unilatérale à la « cowboy » de l’administration Bush en Irak. Que le résultat soit le même – mort et destruction qui s’abattent sur la population, la souveraineté et l’indépendance d’un pays anciennement colonisé foulées aux pieds – ne signifie rien pour ces thuriféraires de l’impérialisme.
Le rôle de Hifter, présenté à juste titre il y a 15 ans comme le chef d’une “organisation du genre contra”, montre quelles sont les véritables classes sociales à l’œuvre dans la tragédie libyenne. Quelle que soit l’authenticité de l’opposition populaire qui s’est exprimée dans la révolte initiale contre la dictature corrompue de Kadhafi, la rébellion a été détournée par l’impérialisme.
L’intervention de l’Europe et des Etats Unis en Libye n’a pas pour but d’apporter la “démocratie” et la “liberté” mais d’installer au pouvoir des pantins de la CIA qui dirigeront le pays aussi brutalement que Kadhafi, tout en permettant aux puissances impérialistes de piller les ressources pétrolières du pays et de se servir de la Libye comme base d’opérations contre les révoltes populaires qui soufflent sur le Moyen Orient et l’Afrique du Nord…



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