Le monde arabe en ébullition et ses ennemis en extase !

mercredi 30 mars 2011
par Chérif Boudelal

Chronique du monde arabe

(Par Chérif BOUDELAL – 29 mars 2011 - immigrationstorys@yahoo.fr)

La Libye subira-t-elle le sort de l’Irak ?

Nous savons que les USA et leurs collaborateurs qui sont en train de faire des « opérations chirurgicales » en Libye contre les supposées positions militaires de Kadhafi, ont mis le couteau sur la gorge des membres du Conseil national libyen, nouvellement constitué, avant de leur venir « en aide ». Car c’était le moment ou jamais de s’assurer des garanties d’avoir leur part de pétrole libyen, en plus de l’allégeance des futurs gouvernants à leur politique impérialiste : celle de ne jamais se montrer hostile à leur égard et à l’égard d’Israël. Ce n’est pas pour rien que BHL est allé sonder les Libyen sur place dès la première semaine de l’insurrection ; suite à quoi il leur a organisé des rencontres avec les maîtres de la « coalition » aux fins de négocier avec eux les futures relations diplomatiques que les futurs maîtres de la Libye doivent adopter.

Si les USA et leurs alliés avaient voulu se débarrasser réellement de Kadhafi, ils auraient pu le faire dès les premiers jours de leur arrivée sur les côtes libyennes. Mais ils ne l’ont pas fait par tactique politique. D’une part pour laisser les Libyens se massacrer mutuellement afin de mieux les affaiblir ; et d’autre part pour donner la possibilité à leurs aviateurs de s’entrainer en expérimentant leurs armes ; et en même temps pour faire monter les enchères dans les négociations avec les Libyens ainsi que la facture qui sera certainement payée par ces derniers eux-mêmes, avec la participation probable des monarchies pétrodollars qui ont déjà l’épée de Damoclès suspendue sur leurs têtes en permanence.

L’Histoire nous a appris que là où les USA mettent leur nez, il n’y aura que des morts et destructions. Que les peuples arabes qui se révoltent contre leurs pouvoirs corrompus sachent qu’ils ne doivent rien attendre de positif de ceux qui ont bafoué toutes les valeurs universelles en Palestine, en Irak, au Liban et en Afghanistan. Ils peuvent à la rigueur solliciter le soutien des peuples occidentaux mais pas leurs gouvernants, car ces derniers ont prouvé dans d’autres circonstances leur mépris envers les peuples épris de liberté, et notamment lorsqu’il s’agit des peuples arabes et musulmans.

En rédigeant ce texte nous avons appris que le président des USA, Barack Obama, prévoit un autre développement dans l’intervention des alliés en Libye « si Kadhafi n’abdique pas ». Quel serait ce développement ? Nous craignons que ce dont nous avions mis en garde (avant même l’envoi des forces occidentales à proximité des côtes libyennes), c’est-à-dire une occupation progressive de la Libye par les USA et leurs alliés, soit réalisé à l’instar de l’Irak. Si cette hypothèse s’avère en voie de réalisation, les BHL auront gagné la première étape de leur plan qui consiste à « pacifier » le monde arabe, c’est-à-dire de faire avorter les révolutions des peuples concernés pour mieux assurer la protection d’Israël.

A ce « philo sioniste » dit de gauche, s’ajoutent beaucoup d’autres dont le premier souci est de « savoir comment ajouter leur pierre à l’édifice d’Israël ». La position de Jean Luc Mélenchon (l’un des plus à gauche des « socialistes ») qui soutient cette intervention étrangère en Libye, vient renforcer la coalition des BHL dont les droits de l’Homme ne les intéressent que lorsqu’ils voient un intérêt quelconque pour Israël. Ceci dit le sacro-saint de la protection d’Israël est sans frontière ; dans ce domaine « gauche- droite » se confondent dans le pays de la Révolution de 1789 et de la Déclaration des Droits de l’Homme.

Un carnage en Syrie !

Les Syriens manifestent pacifiquement depuis la semaine dernière. Vendredi 25 mars, lorsqu’un cortège funéraire s’apprêtait à enterrer des morts tombés la veille, dans la ville de Daraa, les participants ont été surpris par des tirs, venant « des inconnus » selon le pouvoir qui nie avoir donné l’ordre de tirer sur la foule. La fusillade a fait une quinzaine de morts et une centaine de blessés selon des témoins. Le président, Beshar El-Assad a fait dépêcher son porte-parole (Mme Shabane) pour condamner le massacre des innocents, affirmant que les revendications des manifestants étaient légitimes. Le gouvernement promet de faire une enquête pour retrouver les assassins.

Madame Shabane a rapporté que le président prévoyait déjà des réformes, promettant qu’il y aura plus de liberté pour la presse et le multipartisme, ainsi que des créations d’emplois et la libération des prisonniers politiques. Le régime soupçonne que des mains étrangères soient derrière ce massacre pour déstabiliser le pays au profit d’Israël avec qui il est en conflit. Si on ne peut pas écarter cette hypothèse, nous savons que le régime syrien ne diffère pas des autres en matière de dictature. Pour montrer au monde que Beshar El-Assad est populaire dans son pays, les partisans du régime ont organisé une grande manifestation, à Damas, pour le soutenir. Par ailleurs, nous avons appris, ce mardi 29 mars 2011, que le gouvernement du Premier ministre syrien, Naji Otri, a démissionné ; probablement pour calmer les esprits après le massacre de Daraa.

Yémen : Ali Abdellah Salah rend son dernier souffle !

Après le carnage effectué par les milices du pouvoir et l’intensification des manifestations dont les opposants refusent tout dialogue avec le pouvoir et exigent le départ d’Ali Abdellah Salah. Alors qu’hier ce dernier demandait à ses opposants de le laisser terminer son mandat, aujourd’hui il veut « passer le pouvoir à une main sure ». Et quelle est cette main sure dont il parle ? Serait-elle celle qui garantirait la sécurité au pays et la vie digne au peuple, ou bien celle qui garantira les intérêts des USA ? Nous savons déjà que les USA « étudient » la possibilité d’une transition du pouvoir au Yémen, comme elles le font en Libye actuellement après avoir tenté, et tentent toujours de le faire en Tunisie et en Egypte. Les peuples arabes seraient-ils si stupides de troquer les dictateurs contre des colonisateurs ? Si nous savons que les USA ont leurs pions parmi les collaborateurs des anciens régimes, et de tous les bourreaux qui vont être « des ex », nous savons aussi que les jeunes révolutionnaires ne se laisseront pas faire.

Le pouvoir au Yémen, comme les autres d’ailleurs, a tout fait pour dénigrer les opposants comme des « islamistes », les accusant d’appartenir même à « Al Qaïda », en vue d’obtenir du soutien des pays occidentaux, et notamment des USA qui ont inventé « le terrorisme islamique ». Malgré les assassinats commis par les milices du pouvoir, le peuple yéménite ne désarme pas et continue sa révolution pacifique. Il continue à manifester tous les jours, voire à faire des rassemblements permanents dans plusieurs villes du pays en défiant le pouvoir. Les Manifestants clament le caractère pacifique de leur protestation et mettent en garde le pouvoir de toutes tentatives de provocation et de violence.

Dans beaucoup d’autres pays arabes les peuples se révoltent et les pouvoirs se montrent plus « humains » en ayant la carotte dans une main et le bâton dans l’autre. La peur au ventre, les régimes répriment les manifestants. Ils les répriment pour l’exemple, comme pour leur dire que leur sort pourrait ressembler à celui des Libyens où « Zanga Zanga » les bombarde par l’aviation et les chars. Mais leurs intimidations n’ont pas entamé la détermination des peuples.

Les régimes arabes corrompus ne se sont jamais sentis aussi menacés par le tsunami révolutionnaire des peuples qu’ils oppriment, lesquels peuples veulent briser définitivement les chaînes de l’esclavage moderne devenues insupportables. La détermination de chacun de ces peuples de continuer leur révolution jusqu’à la victoire finale pour recouvrer leur liberté est irréversible. Le roi de Jordanie se réunie lui-même avec les opposants à son régime pour les convaincre que des réformes se font lentement, que le royaume est dans la bonne voie pour une réelle démocratie, en les implorant de calmer les masses populaires. Ceci dit, même les rescapés de ces régimes sauront désormais que rien ne sera comme avant ; à n’importe quel moment le tsunami révolutionnaire pourra les emporter à leur tour s’ils ne satisfont pas les revendications de leurs peuples.

Palestine

Israël profite encore et encore de ce qui se passe dans le monde arabe pour intensifier ses crimes contre les Palestiniens, de façon inaperçue. Des bombardements continuent pratiquement tous les jours sur la bande de Gaza, faisant des dizaines de morts, de blessés et de destructions de ce que ces dirigeants appellent des « ateliers de fabrication d’armes ». Par ailleurs, en plus de la poursuite des constructions des colonies en Cisjordanie, Israël décide de construire une ville dans les terres occupées en 1948 qui serait réservée aux seuls juifs ; les Palestiniens de « 48 » s’opposent contre cette décision raciste. Le gouvernement israélien a fait voter une loi qui pourra retirer la nationalité israélienne aux Palestiniens de « 48 » qui commémoreraient la Nakba (catastrophe) que le peuple palestinien commémore tous les ans. Cette même loi prive les Palestiniens qui ne reconnaitraient pas « l’Etat juif » de leur nationalité israélienne. Cette loi raciste, imposée par l’extrême droite au gouvernement, prévoit une nouvelle Nakba pour les Palestiniens ; elle les prive davantage de leurs droits et pourrait même les expulser de leur pays.

Où sont passées les « démocraties occidentales », ces « défenseurs de la laïcité » qui scrutent les foulards qui couvrent les cheveux des femmes musulmanes et acceptent « un Etat juif » en Palestine ? Où sont passés ces « défenseurs des droits de l’Homme » qui se précipitent à « cartonner » les Arabes et les musulmans en Irak, en Afghanistan et en Libye sous prétexte que leurs dirigeants sont des dictateurs ? Les Palestiniens ne sont-ils pas des êtres humains ? Israël ne se comporte-il pas comme un Etat terroriste et fanatique qui veut imposer un Etat juif aux Palestiniens, qui sont les habitants d’origine de la Palestine, auxquels il a confisqué le pays ? Ceci devrait suffire aux peuples arabes et musulmans pour comprendre que toutes ces déclarations et slogans venant de ces donneurs de leçons ne sont que de la poudre aux yeux.

Algérie

Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika a créé la surprise par sa déclaration, quelque peu tardive, de lever l’état d’urgence (en place depuis 1992). Par ailleurs, il a donné l’ordre aux médias étatiques (radios et télévisions notamment) « d’assurer » désormais la couverture des activités de l’ensemble des partis politiques légaux, entre autres, en leur ouvrant de « façon équitable » leurs canaux, selon l’Agence de presse APS. Sachant que ces médias n’avaient pour rôle que de vanter le pouvoir en place et les partis qui le soutiennent. La surprise ne vient pas du fait qu’il ait déclaré la levée de l’état d’urgence, mais elle vient plutôt de sa reconnaissance implicite d’avoir exercé une politique antidémocratique sur son peuple depuis son arrivée au pouvoir en 1999. Par cet ordre officiel donné aux médias pour ouvrir leurs canaux à l’opposition, il a reconnu avoir muselé le peuple algérien durant sa présidence dont le troisième mandat encours expirera en 2014. Il convient de rappeler quand même que Bouteflika est le plus démuni en matière d’ancienneté au pouvoir par rapport au aux autres présidents arabes, puisqu’il n’aura (meskine) que 15 ans au pouvoir au terme de son mandat ! Bouteflika a fait une erreur monumentale, celle d’avoir exclu la capitale, Alger, de cette levée de l’état d’urgence ; mais aussi d’avoir marginalisé des partis politiques « non reconnus », notamment « les islamistes », comme si leurs adhérents n’étaient pas des citoyens comme les autres. Ceci montre qu’il n’a rien compris dans la politique sociale et sociologique du peuple algérien qui n’a fait qu’une hibernation passagère dont le réveil ne doit pas tarder si les injustices sociales et politiques continuaient à sévir au sein des masses populaires laissées pour compte. Si j’ai un conseil à donner à Bouteflika, en tant que citoyen algérien, c’est de lui recommander de lever toute interdiction sur le peuple ; mais aussi de s’adresser aux Algériens pour leur dire qu’il ne se présentera plus aux élections présidentielles à venir. De leur dire également qu’il n’est qu’un pion entre les mains de quelques généraux qui se partagent les secteurs économiques du pays, provoquant le chômage chez beaucoup de citoyens, obligeant nombre d’entre eux à fuir le pays quand ils le peuvent, et d’autres à se résigner à faire le « trabando » pour faire vivre leurs familles.

Le tsunami populaire mettra fin aux dictateurs du monde arabe Tous les rois et président-rois dits arabes ont perdu leur sommeil en voyant le ras de marrais qui a emporté Ben Ali, mais aussi Moubarak qui est en train de faire ses valises et négocie son départ avec ses maître d’hier (les dirigeant des USA) qui le remercient cyniquement pour ses bons et loyaux services. Tous ces régimes gouvernent leurs peuples avec une main de fer, se croyant propriétaires éternels de leur pays, alors qu’ils ne sont que des tigres en papier, comme disait Mao Zedong. Dans tous ces pays où les peuples veulent en finir avec leurs tortionnaires, on assiste à un changement à bâton rompu dans les discours des dirigeants arabes ; chacun de ces tyrans au pouvoir espère qu’il en soit épargné, en prenant des initiatives de « réformer leurs politiques ». Il a fallu que des centaines de morts et des milliers de blessés (en Tunisie et en Egypte) pour que ces bourreaux acceptent « d‘instaurer la démocratie », alors qu’ils étaient sourds aux nombreux appels de détresse de leurs peuples qui souffraient de leurs jougs. De qui se moque-t-on ? Peut-on croire que les dictateurs d’hier puissent devenir des démocrates aujourd’hui ou demain ? Après les Tunisiens, les Egyptiens et les Yéménites sont en train de transformer le visage de leurs systèmes politique, voire de leurs sociétés. A qui sera le tour dans les jours, les semaines ou les mois à venir ? C’est difficile de répondre à cette question puisque le tsunami est généralement imprévisible et prend de cout toutes les prévisions. Mais on peut imaginer que tous les bourreaux sont en trin de préparer leurs valises, car « Arrahil - le départ » est devenu irréversible pour eux tôt ou tard. Il n’y a plus de palace aux tyrans dans ce monde arabe dont les peuples n’en peuvent plus. Les peuples veulent s’émanciper et pouvoir choisir démocratiquement ceux qui les gouvernent ; ils veulent vivre libres et dignes, ayant un pouvoir qui instaure une justice pour tous sur le même pied d’égalité. Ils ne veulent plus que leurs richesses soient partagées entre des bandes de voleurs au pouvoir qui n’ont aucune gêne de vivre dans l’opulence, alors que la majorité du peuple vit en dessous du seuil de pauvreté. Enfin, ils veulent vivre dans un système politique et social juste, où les richesses nationales doivent être réparties équitablement sur l’ensemble des citoyens. L’Histoire nous a appris que les justes luttes des peuples sont invincibles, et la victoire de chacune d’entre elle est irréversible. Que le combat pour l’émancipation des peuples arabes continue jusqu’à la victoire finale, car les droits ne se donnent pas mais ils s’arrachent.


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