Le pacte du nationalisme arabe, de l’islam politique et de la gauche au stade actuel

Dans la pensée et dans l’histoire contemporaine arabe, les trois principaux courants – le nationalisme arabe, le marxisme et l’islam politique – se distinguent de la tendance libérale occidentalisée notamment dans sa forme post-moderniste séduite par les minorités et le « multiculturalisme ». Le libéralisme part de l’individu et des particularités individuelles pour traiter des affaires publiques. Il fait de l’individu et des conditions particulières le point de référence pour juger et évaluer toute chose. Malgré les différences de références intellectuelles entre eux, les courants de l’islam politique, du nationalisme arabe et du marxisme partent de la référence sociale ou collective c’est-à-dire d’une communauté sociale, que ce soit la oummaarabe pour les nationalistes, la oumma islamique pour les partisans de l’islam politique, ou bien la classe ouvrière ou le prolétariat mondial pour les communistes.
Il existe au sein de chacun de ces courants des variations, des branches et des tendances. Aucun d’entre eux n’est un bloc homogène autiste. D’un point de vue politique, il n’est pas possible de réduire toutes les branches de ces courants à un seul dénominateur commun. Par exemple, il existe une grande différence entre Al-Qaïda et le Parti islamique d’Irak alors qu’ils se réfèrent tous les deux à l’islam politique. De même, il existe une grande différence entre les nationalistes radicaux et les nationalistes des régimes arabes alors qu’ils sont tous nationalistes. Il y a également différentes divisions et conflits au sein des partis communistes alors qu’ils sont tous marxistes.
Notre sujet est la référence idéologique, non politique, de ces courants arabes : les militants de gauche, les nationalistes et les partisans de l’islam politique. Le dénominateur commun dans la référence idéologique de ces courants est qu’ils partent tous d’un niveau collectif, social, dépassant l’individu, contrairement au courant libéral et à son prolongement post-moderniste qui se focalise sur l’individu et sur la primauté de ses caractéristiques.
Après l’effondrement de l’Union soviétique et des pays socialistes, après l’émergence de conditions objectives permettant la mise en œuvre du projet d’un monde unipolaire et plus particulièrement après l’adoption par les néo-conservateurs de l’idée du « choc des civilisations », après la centralisation des attaques contre les arabes et les musulmans, après l’émergence du projet de la mondialisation capitaliste et l’assaut acharné au niveau mondial contre l’État et la culture par les multinationales abattant les frontières nationales, après l’agression de ces mêmes multinationales contre la classe ouvrière et les peuples du Tiers Monde, il est difficile de différencier l’attaque contre l’islam du point de vue des partisans de l’islam politique de celle contre la oumma arabe du point de vue des nationalistes. Chacun d’entre eux affirme être la cible principale de ces attaques. Du point de vue des partisans de la gauche à travers le monde, il est également difficile de différencier l’attaque contre l’Irak, l’attaque contre l’Afghanistan et l’attaque mondialisée contre les acquis sociaux de la classe ouvrière mondiale et des peuples du Tiers Monde.
Le base de lancement de cet assaut est le même dans les différentes configurations. Dans ce cadre, il n’est pas étonnant d’entendre le cheikh Oussama Ben Laden, par exemple, parler des grandes firmes qui font fonctionner l’institution impérialiste et sa politique. De même, il n’est pas surprenant de voir le programme de désintégration et de domination viser : 1) l’identité culturelle ; 2) la souveraineté nationale ; 3) les richesses et les marchés nationaux. Ces trois points sont principalement visés alors que l’islam politique se soucie prioritairement de la question de l’identité, le nationalisme arabe s’intéresse aux questions de la souveraineté nationale, de la terre et de l’unité politique et la gauche porte une attention toute particulière à la privatisation du secteur public et à l’injustice qui touche la classe ouvrière et les citoyens. Cela ne signifie pas que chacun de ces groupes souhaite abandonner les autres points. Cependant, ils diffèrent dans la manière de classer leurs priorités en raison de leurs références propres. En pratique, il est difficile de séparer une lutte d’une autre lutte. Par exemple, la défense de la propriété du pétrole en Irak est difficilement dissociable de la protection de la terre irakienne de l’occupation ou bien de la sauvegarde de l’unité de l’Irak contre son démembrement.
La couleur idéologique de l’attaque hostile provenant de la mondialisation contre nos pays arabes, associée à la tutelle définie du projet des néo-conservateurs et de l’entité sioniste, a esquissé le tableau d’un programme de démantèlement complet partant de : 1) la primauté des droits de l’individu contre les droits de la communauté, 2) la priorité des droits des minorités par l’autonomie ou par la séparation contre l’unité du pays, 3) la primauté accordée à la destruction des grands courants idéologiques et politiques, des valeurs et des perceptions culturelles et des conceptions absolues cela afin d’accentuer les particularismes et la vérité individuelle relative. Le contenu fondamental de ce programme reste évidemment la destruction de la terre, de l’Homme et de l’identité afin de réaliser le projet du « nouveau Moyen-Orient » dans toutes ses dimensions.
Si la question se réduisait seulement à une question démocratique, l’interprétation « occidentale » superficielle du terme - suivant le sens de la règle de la majorité numérique – aurait pu être réalisée à travers l’adoption de mesures allant dans l’intérêt des masses populaires au sein de la société arabe ; ceux qui sont liés à une seule identité culturelle, à un seul lien national, à un seul intérêt économique. Cependant, il ne s’agit pas de respecter la règle de la majorité mais au contraire de propager l’individualisme et le libéralisme dont la base est la primauté de l’individu. Il s’agit au mieux d’un projet de « démocratie libérale », comme les politologues étatsuniens désignent leur régime. Dans notre cas, il peut très bien prendre la forme d’un libéralisme non démocratique par l’imposition du démantèlement de la société islamique, de la oumma arabe ou de la classe ouvrière en particules éparpillées. Dans ce cadre, l’aspiration à la démocratie d’individus – non liés entre eux dans leur conscience ou leur esprit, par un lien culturel, national ou de classe - constitue la meilleure condition pour conquérir de nouveaux marchés par les multinationales qui abattent les frontières nationales et pour réaliser la domination du mouvement sioniste. Les trois courants politiques arabes – le nationalisme, le marxisme et l’islam politique - ne font pas uniquement face à un seul ennemi politique mais, plus exactement, à un seul projet idéologique destructeur qui menace leur existence et celle de la oumma.
Ceci n’est pas un appel à éliminer les différences entre ces trois courants surtout lorsque chacun d’eux possède une spécificité qu’il met en avant pour défendre la oumma. Cependant, ce qui précède explique dans une certaine mesure : 1) les convergences et le dialogue silencieux, dans nos pays tout particulièrement, entre les nationalistes arabes, les partisans de l’islam politique et, dans une moindre mesure, les militants de gauche depuis l’offensive de la mondialisation libérale et l’émergence d’un monde unipolaire ; 2) la neutralisation relative du conflit idéologique entre ces courants afin de délimiter une ligne et des alliances sur la base de positions politiques non idéologiques ; 3) la naissance de certains fronts dévoués à laoumma, composés d’indépendants ayant appartenu à des courants idéologiques divers ; 4) l’émergence de conflits violents au sein de chacun de ces courants au niveau des positions politiques non liées à l’idéologie.
Sans pour autant l’oublier, la neutralisation des considérations idéologiques permet de donner la primauté à la position politique lors de la confrontation avec le parti américano-sioniste et son projet. Cette neutralisation des considérations idéologiques se réalisera en excluant de fait deux types de forces politiques et de personnalités : certains groupes de salafistes radicaux et certains groupes gauchistes ultras. Ces deux courants minoritaires ne reflètent pas la oumma.
Source : Free Arab Voice Traduction : Souad Khaldi



Réactions