Le peuple est de retour

dimanche 16 janvier 2011
par BENKAM

Que l’étincelle tunisienne embrase tout le monde arabe !

Mohamed BELAALI Plus de quatre semaines de révoltes populaires, l’armée tire à balles réelles dans la foule, des morts par dizaines, couvre feu, disparition et exécution des syndicalistes, blogueurs arrêtés etc. etc. Ces événements ne se déroulent ni à Cuba, ni au Venezuela, ni en Bolivie, ni en Chine et ni en Iran mais en…Tunisie !

Les pays européens, la France de Sarkozy en tête, prompts d’habitude à s’immiscer dans les affaires iraniennes ou ivoiriennes par exemple, se sont, cette fois contentés de quelques communiqués après des semaines de silence complice : « la Tunisie est confrontée à des problèmes économiques et sociaux. Seul le dialogue permettra aux Tunisiens de les surmonter » disait platement un communiqué du ministère français des Affaires étrangères.

Quel contraste entre la violence de la propagande menée contre l’Iran au printemps 2009 lors des élections présidentielles et la platitude des déclarations officielles à propos de la révolte du peuple tunisien. Il suffisait à l’époque de lire les titres des journaux et de regarder les images diffusées en boucle par les télévisions américaines et européennes pour se rendre compte de la haine que voue l’impérialisme à la République islamique d’Iran. La révolte du peuple tunisien, elle, ne mérite que mépris et silence. Car « La Tunisie est un pays ami, nous sommes extrêmement vigilants sur ce qui se passe là-bas et fortement préoccupés (…) En même temps, la France n’a pas à s’ingérer dans les affaires de la Tunisie » déclarait Luc Chatel sur Radio Classique et i-Télé .

Tout en invoquant cyniquement le droit de non ingérence dans les affaires des autres pays, le gouvernement français, par le biais de sa ministre des Affaires étrangère Michèle Alliot-Marie, va même jusqu’à proposer aux régimes Tunisien et algérien sa collaboration en matière de sécurité et du maintien de l’ordre : « Nous proposons que le savoir-faire qui est reconnu dans le monde entier de nos forces de sécurité permette de régler des situations sécuritaires de ce type. C’est la raison pour laquelle nous proposons aux deux pays [Algérie et Tunisie, ndlr], dans le cadre de nos coopérations, d’agir en ce sens pour que le droit de manifester puisse se faire en même temps que l’assurance de la sécurité » (1). C’est que la France est l’un des premiers investisseurs étrangers en Tunisie. Elle occupe même la première place quant au nombre d’entreprises installées dans ce pays (1200 entreprises). On peut citer pêle-mêle Lacoste, Valeo, Sagem, Danone, Sanofi-Aventis, Fram, Accor, Club med, BNP-Paribas, Société générale, Groupe Caisse d’épargne etc.etc.(2)

Il faut donc, vaille que vaille, sauver Ben Ali et sa dictature. Mais la bourgeoisie française craint par dessus tout la victoire du peuple tunisien et l’installation au Maghreb d’une véritable démocratie qui donnera l’exemple à tous les peuples du monde arabe dirigé aujourd’hui par des régimes anachroniques soutenus, financés et armés par l’impérialisme américain et son caniche européen.

Les bourgeoisies occidentales qui se targuent sans cesse de vouloir répandre la démocratie à travers le monde, ne font dans la réalité que soutenir, directement ou indirectement, des dictatures et empêchent de ce fait toute progression sur le chemin de la démocratie et du progrès social. Toute l’histoire de l’impérialisme n’est que soutien aux régimes les plus féroces quand ils ne sont pas installés directement par lui. Il serait difficile et fastidieux de vouloir établir une liste exhaustive de ces dictatures tellement elles sont nombreuses. Citons tout de même les plus connues et les plus terribles : Augusto Pinochet au Chili, Videla en Argentine, Samoza au Nicaragua, Soeharto en l’Indonésie, Marcos aux Philippines, Musharraf au Pakistan, le Shah Reza Pahlavi en Iran, Hosni Moubarak en Egypte, Omar et Ali Bongo au Gabon etc. etc. Le soutien indéfectible des bourgeoisies occidentales aux régimes les plus sanglants est une constante de l’histoire du capitalisme.

Le soulèvement du peuple tunisien aujourd’hui, son courage et sa détermination à affronter l’un des régimes les plus répressifs, montre la voie à suivre à tous les opprimés non seulement du Maghreb mais de tout le monde arabe !

Les masses populaires arabes ont trop souffert de cette complicité objective de leurs propres bourgeoisies corrompues jusqu’à la moelle épinière et de la bourgeoisie occidentale qui les maintient dans la dépendance et la misère. Le monde arabe est aujourd’hui une véritable bombe qui peut exploser à n’importe quel moment.

Longtemps exploitées, marginalisées, humiliées, les masses populaires arabes relèvent lentement la tête et essayent de sortir de cette longue nuit dans laquelle elles ont été plongées.

Travailleurs, progressistes et démocrates européens, il est de notre devoir de soutenir le peuple tunisien dans sa lutte contre un régime d’un autre âge. Sa victoire là-bas dans cette région du monde arabe c’est également la notre ici en Europe.

Mohamed Belaali

(1) http://www.rue89.com/2011/01/12/lin...

(2) http://www.ambassadefrance-tn.org/f...

URL de cet article 12486 http://www.legrandsoir.info/Que-l-eti … -tout-le-monde-arabe.html

Tunisie : L’heure sonne pour les dictatures arabes (par Gilles Devers)

Ben Ali quitte son pays et renonce à l’Europe pour éviter la prison. Un nouveau monde arabe se dessine. Nous devons une infinie reconnaissance aux Tunisiennes et aux Tunisiens, car ce qu’ils ont fait est un début. mouammar-kadhafi.jpg

Un criminel corrompu en fuite

Où va se poser Ben Ali, sa coiffeuse et sa clique ? Sa place est devant un tribunal, qui dira ses crimes et le collera en taule pour quelques décennies. Ou qu’il aille, il sera recherché. Tous ses biens, acquis par la corruption et le sang versé, doivent être saisis. Le pays qui le planquera ne méritera que le mépris, et devra céder, tôt ou tard.

La nouvelle Tunisie

Après ces années de misère, le peuple tunisien doit se réinventer une histoire. Le pouvoir qui tiendra sera celui qui parviendra à réussir la fraternisation. Depuis des jours, la violence déferle, et la liste des civils tués par les armes est impressionante. Mais ce soir, nous avons tous vu des policiers embrasser les manifestants et des soldats saluer les cortèges. Une fois le salopard parti, tout redevient possible, même s’il faudra du temps, et une vraie liberté politique.

Le pays, ruiné économiquement, est à feu et à sang. Les rancœurs sont immenses, et la volonté de vengeance aussi. Comment ne pas le comprendre. Mais la misère économique ne va pas disparaitre par magie. Qui peut gérer la transition ? Comment ?

La France en dessous de tout

Tous, sans exception, ont loué la crapule Bel Ali. Droite et Gauche en osmose. Le dernier de la liste est notre Nicolas, venu il y a un an saluer son grand ami, avec ses « ministres » et une Rama Yade aux anges devant un pays si moderne. S’il le faut, on ressortira les articles de presse et les photos. Il y a moins d’une semaine, MAM proposait à Ben Ali l’assistance de la police française. Ce vendredi soir, le gouvernement déclarait qu’il refusait d’accueillir Ben Ali. Demain, toute honte bue, les mêmes salueront la Tunisie éternelle, et féliciteront cette transition. Ils ont minables et nuls. Une mention spéciale à Delanoë, qui ferait bien de la fermer par hygiène de la pensée.

Les islamistes…

Leur instrumentalisation a assis le pouvoir de Ben Ali. Sans eux, il aurait du céder la place et depuis belle lurette. Il était soit-disant le héros de la lutte contre l’islamisme, salué comme tel par le concert ectoplasmique des Européens. Et il s’est réfugié où l’ami Ben Ali ? En Europe ? Ou au plus prés de la source de son pouvoir pourri ?

Les dictatures arabes

Je ne fais pas la liste… A part le Maroc, sous la ferme autorité de son roi, quel pays arabe peut envisager de vraies élections ? Après l’Amérique du Sud et les pays de l’Est, l’heure sonne pour les dictatures arabes, et plus globalement, pour celles du monde musulman. Rien ne sera simple, mais la chute de ces dictateurs est écrite.

En désespoir de cause, ils s’inventent des gloires religieuses, espérant un répit, mais c’est leur dernière cartouche. Le pouvoir iranien a tenu de justesse face à la volonté de son peuple, en grande partie car les manœuvres des US et de l’Europe étaient trop visibles. Fichons la paix à ces peuples, refusons de proposer nos modèles pour imposer nos vues ! Considérons-les comme de vrais peuples appelés à la liberté.

Finalement, le soutien de la classe politique française unanime à Ben Ali a été une bonne chose : après les faux semblants, elle a commencé à vomir son colonialisme bien pensant.

Nous sommes dans l’urgence (par Mahmoud Senadji

L’heure est à l’extrême vigilance. Nous vivons un moment historique. Le « peuple » comme sujet philosophique de l’histoire inaugure une ère nouvelle pour la Tunisie. Ce retour du « Peuple » sur la scène historique est l’évènement philosophique par excellence qui changera la donne dans le monde arabe et dans le monde. Ces dernières décennies, contre les théories philosophiques comme le peuple manque, le peuple est un concept abstrait, une masse anonyme, ou des groupes sociaux animés par des intérêts opposés ou chacun cherche, à travers les médias, une existence spectaculaire ; le peuple tunisien se dresse comme un seul corps, dans une révolution pacifique, à mains nues, animé par une volonté commune, par un idéal commun, pour insuffler dans le corps du monde un nouvel espoir : le peuple est de retour.

Il l’a démontré en Tunisie. Il était la locomotive de la contestation. Les partis politiques étaient à l’arrière scène. Les pays voisins, les dictatures arabes et leurs défenseurs en Occident préfèrent t l’existence d’une avant-garde qui s’approprie la voix du peuple pour ensuite s’approprier ses richesses.

Et c’est pour cette raison que nous sommes dans l’urgence. Car une contre révolution a commencé la veille pour voler au peuple tunisien sa victoire. Une milice organisée pratique la politique de la terre brûlée pour semer la terreur dans la population et brandir devant elle la menace d’un avenir chaotique pour l’amener à désirer la stabilité. Lui faire sentir que son geste héroïque –son désir d’émancipation, n’est qu’un saut dans l’inconnu, un acte aventurier et quelques soient les manquements du système précédent, il est préférable au chaos qui vous attend.

Les bandes organisées et leurs commanditaires dont l’émancipation des peuples leur fait peur crée la terreur pour que la population ne désire que la stabilité (la tranquillité). Le désir révolutionnaire du peuple se transforme pour ne désirer, en priorité, que le retour à la stabilité. C’est-à-dire faire sien le désir de la minorité prédatrice de l’ancien système et ses défenseurs dans le monde.

Le désir du peuple tunisien est un désir révolutionnaire. La révolution dans son essence est éthique. Le peuple tunisien inaugure une nouvelle ère pour l’humanité. Face à la mondialisation qui dessine la nouvelle configuration du monde, le peuple tunisien démontre que le peuple est encore le sujet historique.

Nous sommes dans l’urgence. L’urgence de refuser qu’on vole au peuple tunisien le trésor qu’il vient de créer et dont les peuples du monde sont les héritiers. S’il ya un miracle tunisien c’est celui-ci. La renaissance du peuple comme sujet historique.

Oumma.com


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