Le printemps arabe n’a pas eu lieu, selon Tariq Ramadan

jeudi 8 septembre 2011
par Anabelle Nicoud
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Ni printemps ni révolution. Plutôt un soulèvement populaire encore inachevé. Tariq Ramadan récuse les termes de « printemps arabe » ou de révolution. Pour lui, la chute en série des dictatures du Moyen-Orient est surtout le fruit d’un changement de stratégie des grandes puissances occidentales dans cette région hautement stratégique. « Je ne suis pas dans la thèse de la conspiration, mais les faits parlent. Dire que, sui generis, un mouvement a tout emporté est un mensonge », dit-il.

Sa présence à la deuxième Conférence mondiale sur les religions du monde, qui avait lieu hier à Montréal, avait irrité certaines autorités musulmanes canadiennes. Petit-fils du fondateur des Frères musulmans, intellectuel et professeur d’université hautement médiatisé, Tariq Ramadan est aussi accusé, par ses détracteurs, de tenir un double discours sur l’islam, se montrant tantôt modéré, tantôt radical. Orateur éloquent, il a néanmoins ses admirateurs à Montréal, où il a été applaudi chaudement au cours de ses deux interventions de la journée -l’une lors d’un panel de la conférence mondiale, l’autre dans un débat organisé en soirée par l’association musulmane du Canada.

La chute de Ben Ali ou de Moubarak ne doit rien au hasard. Selon Tariq Ramadan, la mobilisation populaire a été très fortement aidée, dès le début des années 2000, par les États-Unis, qui ont offert des séminaires de formation sur la mobilisation non violente aux cyberdissidents qui commençaient alors à émerger en Égypte, notamment. Dès 2008, l’ambassadeur des États-Unis en Égypte pressentait un mouvement anti-Moubarak dans la population. Soutenu par des géants des télécommunications, comme Google, le soulèvement a pu mener au 6 avril. Un 6 avril qui, selon Ramadan, n’avait rien d’inattendu.

« Il faut cesser d’être naïf. Des décisions se prennent, des alliances se forment. Cela ne veut pas dire que tout est sous contrôle, mais la volonté de contrôle des États-Unis et des pays européens est centrale », soutient Tariq Ramadan, qui met actuellement la touche finale à son prochain livre consacré à l’islam à l’heure des soulèvements arabes.

L’intervention menée par la France et la Grande-Bretagne en Libye répond aussi à un changement de stratégie politique dans la région, selon Tariq Ramadan. Mouammar Kadhafi « gênait énormément », croit-il, notamment pour son soutien à la Palestine, pour sa politique africaine et pour son rapprochement avec certains états sud-américains. « La France joue le même jeu en Libye que les États-Unis en Irak », croit-il.

Quelle démocratie après les soulèvements ? Tariq Ramadan voit des lendemains qui déchantent en Tunisie et en Égypte, où, selon lui, le débat politique se résume à l’opposition entre l’islamisme -un « fantasme » ou un « piège politique »- et la laïcité : une polarisation importée de toutes pièces par les pays occidentaux. Si la révolution n’a pas eu lieu, il reste encore des occasions à saisir pour les populations arabes, en laissant une place à l’islam, plaide-t-il, mais aussi en mettant un terme au conflit israélo-palestinien. « S’il y a un jour un printemps arabe, ce sera dans la résolution du conflit israélo-palestinien », dit-il.

http://www.cyberpresse.ca/


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Réactions

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vendredi 9 septembre 2011 à 16h13, par  ali akika

Coup d’Etat ou révolution en Libye ?

Il n’est pas ridicule de se poser cette interrogation quand on est face à des ‘’bizarreries’’ qui ornent les événements en Libye.
Alors qu’en Tunisie et en Egypte, les dictateurs de ces deux pays ont été déboulonnés à la suite d’une longue mobilisation réellement populaire et uniquement politique, en Libye on a assisté à un soulèvement armée qui s’empare très rapidement de la deuxième ville du pays.
En Tunisie et en Egypte, on a assisté à des soulèvements sans leaders ni partis dirigeants. En Libye très vite on a vu apparaître une direction composée du panel politique de la société y compris des ‘’kadhafistes’’ qui furent des serviteurs du régime comme le président du fameux CNT et le général Youness liquidé par des partenaires qui avaient sans doute leurs raisons de se méfier de lui.
Les pays occidentaux avaient été surpris par les inattendues et fracassantes irruptions populaires dans les deux pays réputés ’’amis’’, ce qui a facilité leurs pressions sur les pouvoirs en place jusqu’à les abandonner à leur triste sort. En revanche, ces mêmes pays semblent avoir accompagné sinon anticipé les événements en Libye où Kadhafi (un ennemi de longue date) n’était pas disposé à se laisser faire. Il ne restait que la force pour le débusquer de son château de cartes. Comme la CIA et les services secrets anglais entretenaient d’étroites relations avec les services de Kadhafi, on comprend pourquoi Moussa Koussa , le ministre des affaires étrangères libyen, ex-patron des services secrets, se retrouva très rapidement au chaud à Londres, alors que des généraux et ministres de Kadhafi se retrouvent eux à Benghazi à la tête du CNT. A travers ces quelques points de comparaison entre les révolutions du Jasmin et la guerre des sables, on est en droit de déduire que la Libye ne connaît pas véritablement un processus révolutionnaire mais subit plutôt une sorte de Coup d’Etat. On a constaté en Libye qu’une bonne partie de l’appareil d’Etat avec des ministres, des généraux et colonels avec armes et bagages se sont mis au service ou plutôt à la tête de la rébellion. La différence est de taille entre un peuple qui se soulève et qui n’a pour arme que son courage et le sacrifice de sa vie et une force armée qui affronte une autre force armée.
La nature des armes utilisées pour renverser un régime n’est pas sans conséquences sur la suite des événements. Aussi bien en Tunisie qu’en Egypte, le processus révolutionnaire a déjà débouché sur des acquis appréciables, ne serait-ce que l’improbable émergence d’un nouveau Ben Ali ou Moubarak. En Libye, rien n’est moins sûr car la chute de Kadhafi aura nécessairement des effets qui ressemblent plus à ceux d’un Coup d’Etat. Un nouveau dictateur sans le côté bouffon de Kadhafi n’est pas impossible d’autant que ce dernier serait arrivé avec l’appui d’armées étrangères qui nécessairement sera interprété comme une humiliation dans un pays travaillé par un nationalisme ombrageux. Le second danger réside dans la configuration tribale du pays qui peut mener à une dislocation de la société et donc à la partition du pays. Les effets maléfiques se font sentir déjà sur le terrain contre les Africains noirs et les Touaregs…
Ces quelques remarques faites, il est intéressant de se pencher sur l’étrange flirt des occidentaux avec les islamistes. Ce flirt n’est pas nouveau mais remonte loin dans l’histoire. Les anglo-saxons n’ont eu aucune mauvaise conscience de venir en aide à des monarchies moyenâgeuses pour débouter les Ottomans d’un Orient promis aux fabuleuses découvertes pétrolières. Plus près de nous, la hantise de L’URSS avait poussé les occidentaux à armer les futurs talibans pour couper à cet Etat rival sinon ennemi la route des mers chaudes vers des pays où l’on sent encore une fois les odeurs du pétrole. Les pays occidentaux semblent rééditer le même ‘’pragmatisme’’ en Libye où le soulèvement armé est noyauté par des islamistes. La liquidation du général Youness a-t-elle été ordonnée pour laisser la direction militaire de la prise de Tripoli à un certain Belhadj, djihadiste et ancien prisonnier de la CIA avant d’être remis à Kadhafi qui le libérera par la suite.
Quant aux islamistes, pourquoi acceptent-ils ces aides ou alliances avec des pays dont le mode de vie et le système politique leur procurent des nausées ? Sur le plan idéologique ces mêmes islamistes partagent avec leurs alliés de circonstances, leur déni de la lutte des classes, leur amour pour la liberté du commerce, deux matrices qui incitent à faire un bout de chemin ‘’ensemble’’. Il est évident que le pragmatisme qu’il semble partager ne fait pas d’eux des naïfs. Chacun d’eux se donne pour tâche d’atteindre ses propres objectifs tout en fermant les yeux sur les aspects peu ragoûtants du partenaire (permissivité et autres ‘’débauches’’ des uns et violation des droits de l’homme des autres).
Mais cette alliance temporaire ne pourra résister aux mouvements contradictoires qui irriguent leurs pays respectifs. La position géopolitique de la Libye et ses richesses qui se conjuguent avec les problèmes des pays voisins mais aussi avec la présence de groupes islamistes et mafieux dans tous le Sahel, laissent présager un avenir sombre dans la région. Les ‘’cerveaux’’ qui sont à la tête de ces bouleversements travaillent pour ne pas réitérer les erreurs commises par les naïfs américains en Irak. Il n’est pas sûr que ces cerveaux aient le bon logiciel capable de neutraliser les ruses, les impondérables et les mystères de l’histoire… cette Histoire qui est la meilleure boussole des hommes.

Ali Akika cinéaste

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