Le rêve d’un beur

jeudi 23 avril 2009
par BENKAM

Le rêve d’un beur

" Partir ? Oui peut-être un jour…sûrement".

Karim est son nom, plus précisément "Karim-beau-gosse" pour les copains de la cité. Surnom qu’à mesure qu’il grandit finit par lui coller à la peau : à l’école d’abord,puis dans la rue ensuite où très tôt , il usa ses semelles et ses espoirs de "Zonard" Et c’est vrai qu’il est beau le mec ! Une belle frimousse aux traits réguliers,un teint mat,des yeux verts pétillants de gaieté,une chevelure corbeau. Avec ça,une carrure d’athlète forgée dans la fréquentation assidue des salles.

Le tout donnait une forte impression de puissance et d’énergie,que souligne encore l’élégance sobre du jean ajusté et des "cuirs" noirs. Ce jour là,comme de coutume il s’est levé tard,que voulez-vous les veillées avec les copains dans la cave désaffectée de l’immeuble,joint après joint jusqu’à deux heures du matin. Le calme du sous-jour,la fumée,El-Anka succédant à Renaud,les voix bercent les discussions animées où l’on reconstitue le monde : celui de l’immense banlieue froide étant trop moche pour un gosse de 18 ans,exclus très tôt de l’école,sans métier,sans travail,sans horizon. Alors les rêves…Ce jour-là,Karim est adossé à un mur à deux pâtés de son immeuble. Cigarette au bec,sa fine chainette en or bien évidence sur sa poitrine virile. Il arbore un sourire méprisant sur les alentours. Même le badge grand format "Touche pas à mon pote" peint sur le mur d’en face ne réussit pas à le dérider. Puis peu à peu son air suffisant s’estompe,un sourire heureux détend ses traits,il ferme les yeux… Il revoit encore la scène inoubliable qu’il a vécue,ici même,il y a quelques semaines -ou plutôt l’image de cette fille qui hante ses jours et ses nuits - et quelle image bon Dieu ! Son imagination se débande. Déambulant,il se remémore la fille de rêve qui l’a dépassé,accompagnée d’un vieux tout décrêpi. Peut-il oublier ce visage ovale,ses yeux en amande,ce petit nez retroussé,cette cascade de cheveux noirs soyeux. Et puis ce parfum gorgé de musc et de soleil,bien du bled. A son passage il y eut comme une houle dans la foule des "ados" qui courraient derrière un ballon. Subjugué,Karim fait le geste de suivre la belle brune inconnue puis se ravisa à la vue du regard courroucé du petit vieux. Il en resta toute chose des jours et des jours.
- Karim,ya Karim ! Comme l’on remonte d’un puits, la bouche sèche,il entrouvrit les yeux péniblement. Un visage coléreux de femme fatiguée lui fait face : celui de sa mère. Sa mère venue tôt le matin faire les ménages en ville et qui revenait chargée du marché comme une bête de trait. Mangeaient-ils donc tant que ça ? Dis donc fils dénaturé, au lieu de te prélasser au soleil comme un lézard,tu aurais pu faire au moins le marché à la place de ta vieille mère,non ? Devant le silence hautain de son rejeton,la vieille femme ramassa bidons et sachets et reprit son chemin en grommelant. Karim s’ouvre un passage dans la foule qui commençait à s’attrouper. Une immense lassitude l’envahit,ses belles épaules d’athlète s’affaissent. Il s’arrête près d’un arbre,s’y adosse et referme les yeux. Ah s’il pouvait les fermer pour toujours,ses yeux ! Ne plus voir ces immeubles sales et gris brillants de pluie,ces espaces bétonnés suintant la misère et la tristesse ! Quitter ce monde,son monde à lui,ce père vieux avant l’âge,aux yeux de chien battu cherchant à oublier dans l’alcool au chômage qui dure,qui dure ! Le silence de sa mère,têtu et obstinée,vaincue par les travaux pénibles ! Ces voisins froids et distants,qu’il croisait uniquement dans l’escalier,le temps d’un vague et furtif bonsoir. "Chacun pour soi,Dieu pour moi", la tendresse,la simple chaleur étant exclue dans cette banlieue maudite. La gorge sèche,Karim farfouille dans ses poches,vainement. Il se souvient brusquement du dernier "biffeton" de …euros liquidé hier chez le "Dealer" du coin. Ses pas devinrent plus lourds,relevant la tête une immense affiche multicolore lui fit face,une "pub" d’une agence de tourisme au-dessus de laquelle il rêvait inlassablement à chaque passage. Sur un fond bleu, de paisibles vagues blanches venaient mourir sur un sable fin doré. Et puis ce soleil,ah ce soleil ! Karim eut soudain chaud au cœur. "Partir ? Oui peut-être un jour…sûrement." Remontant le col de son "cuir",Karim décolle enfin le trottoir. Tant pis, la voix de Renaud,narquoise et rauque s’échappa d’une fenêtre ouverte.

A.B (A.B.A)


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Réactions

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lundi 25 octobre 2010 à 00h17, par  BENKAM

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invité(e) Posté le : 23/04/2009 12:18 Mis à jour : 23/04/2009 13:33
Re : Le rêve d’un beur
Etant observateur, l’immigration est un fiasco, un grand échec ; perte d’identité on ne sait pas si on est français, algériens, maghrébins, beurs, musulmans ou rien ; le mariage des filles avec des non musulmans fait le ravages ; une spectaculaire dégradation de mœurs ; échec scolaire à grande échelle, comme si les nouvelles générations veulent continuer à etre traités comme leur papa (venus du bled sans instruction, occupant les emplois les plus dégradés et dégradant), alors qu’ils disposent de tous les moyens pour accéder à des postes honorables ; les cités est un grand ghetto où on parque les « tiers-mondistes », quand tu rentres dans une cités tu as l’impression que tu es dans une ville du maghreb, donc aucun changement de mentalité, ce sont des tribus entières qui s’installent dans le même périmètre. Jijelien à Lilles, Sétifiens à Lyon, Kabyle (banlieue parisienne), etc. donc on reste regroupé comme au bled…
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invité(e) Posté le : 23/04/2009 17:14 Mis à jour : 23/04/2009 17:28
Re : Le rêve d’un beur
D’où observez-vous l’émigration maghrébine ? L’observez-vous de France ou d’Algérie ?
Moh del Fobor

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invité(e) Posté le : 23/04/2009 18:10 Mis à jour : 23/04/2009 18:43
Re : Le rêve d’un beur
Je vis en France, "zonard" comme dit l’auteur de l’article en prlant de son "Karim".
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invité(e) Posté le : 23/04/2009 20:02 Mis à jour : 23/04/2009 20:33
Re : Le rêve d’un beur
Les parents ont combattus la FRANCE,pour allez tout de suite la rejoindre en 1962.
La faute à qui ?
En 2009 ceux qui savent qu’ils ne sont que des déchets pour cet état soit disant indépendant,et n’arrivent pas à se décullotter pour sois disant vivre,préfèrent mourir en mer
La faute a qui aussi ?
Les Algériens du Bled ne savent meme plus qui ils sont,et dans quel état ils vivent ?
Une identité,c’est toute une histoire d’honneur,et nous à part tous les valeureux chouhadas qui sont tous sous terre,l’honneur n’est plus que la truffe d’une truie qui cherche sa nourriturre
Les Beurs ont au moins le courage de répondre et se battre contre le pouvoir et les institutions,contrairement aux blédards qui se lézardent sous le soleil artificiel de leurs proxo de gouvernants,hormis les harragas

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invité(e) Posté le : 23/04/2009 12:19 Mis à jour : 23/04/2009 13:35
Re : Le rêve d’un beur
Très beau texte qui en dit long sur une certaine catégorie de Beurs…
Merci…

je voudrais rappeler pour ceux qui en ignorent l’origne, que "Beur" est le verlan de "3Reub" (arabe)qui a donné en second verlan : "Rebeu"…

Daoud
Paris


Auteur Conversation
invité(e) Posté le : 23/04/2009 14:02 Mis à jour : 23/04/2009 14:19
Re : Le rêve d’un beur
Pour le posteur du premier commentaire :
Il ne faut pas exagérer et généraliser en déclarant "l’immigration est un fiasco, un grand échec"
L’immigration a produit des cadres issus de hautes études, des médecins, des chercheurs, des juristes et des enseignants qui ont parfois débouché mieux que beaucoup d’Algériens du pays.
La preuve est que beaucoup risquent leurs vies pour partir en France.
Il reste vrai que beaucoup ont des crises d’identité mais qui dépend surtout du mode d’éducation qu’ils ont reçue…
A un moment, il faut y réfléchir sérieusement et faire son choix sans regarder en arrière…


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invité(e) Posté le : 23/04/2009 15:03 Mis à jour : 23/04/2009 15:29
Re : Le rêve d’un beur
Non monsieur je n’exagère pas, quand je dis "l’immigration est un fiasco, un grand échec", je sais de quoi je parle. Un « grand échec » ne veut nullement dire « échec total » 0/20. On a et on a eu meme des secrétaires d’Etat et des ministres, personnellement j’ai beaucoup d’amis qui ont fait des hautes études dans tous les domaines, mais ils sont très très peu par rapport au nombre important des immigrés ou des français d’origines magrébines présents sur le sol français, en plus une grande partie de ses cadres ont eu leur bagage au bled et non en France, je pense que vous êtes d’accords. Quand je dis un fiasco, je ne parle pas seulement des études, mais de la tristesse des parents maghrébins qui pleurent leurs filles, mariées à des non musulmans ou leurs enfants qui pullulent les prisons, il y a deux ans j’ai lu une étude où on parle de 70% des incarcérés sont issus de l’immigration, est-ce n’est pas un échec ça ? Moi j’aime bien voir mes coreligionnaires occupent des postes importants et respectés, des cadres dans tous les domaines, l’intelligence est une richesse pour eux, pour leur pays et pour les générations futures ; on ne peut pas s’imposer dans une société qui nous regarde avec transcendance quand on donne une mauvaise image, quand on se transforme en incendiaires de voitures ou en trafiqueurs de stupéfiants. Quant à ceux qui risquent leur vie pour venir en France, ce n’est pas de leur faute, c’est à cause d’un fiasco, un cancer, plus grave encore qui tuent et l’intelligence et la jeunesse et la charme du pays.

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