Les dernières paroles d’un patriote

lundi 29 juin 2009
par Salah Bousseloua

Par Salah Bousseloua

Le peuple se souvient avec émotion d’un vieillard Patriote sincère, ancien lutteur, ancien taulard Qui parla exilé, en visionnaire sublime De son pays auguste, au bord de l’abîme Par la faute de ceux qui agissent dans le noir. Il dit sans détours aux personnes venues le voir « Je répète les paroles d’Elcis, au roi Othon »

« Je suis triste, pourquoi ? Princes, que vous importe ! Vous êtes joyeux, vous. Je refermais ma porte, J’allais mettre la barre et tirer les verrous, Pourquoi m’appelez-vous et que me voulez-vous ? Pourquoi me pousser hors de l’ombre volontaire ? Pourquoi faire parler celui qui veut se taire ? Rois d’Arles, tant qu’il reste au vieillard une dent, Lui faire ouvrir la bouche est toujours imprudent… »(1)

(1) Victor Hugo « La légende des siècles »

« Comme Elcis, j’allais refermer la briqueterie Et marcher, pour entendre la voix de l’Algérie La bien triste voix d’un grand peuple en détresse Qui cherche son chemin dans une ombre traîtresse… Que voulez-vous donc maintenant que je vous dise A la loyauté, on préfère la traîtrise, Les bons patriotes avaient la parole franche. Ils repoussaient et la gloire et la bravache, Même le repos. Dormant peu et se levant tôt, Obnubilés par la pensée de mourir bientôt Pour la patrie, le droit des gens et la liberté. Ils criaient fort la grande et triste vérité, Et, quand le lourd verdict tombait du code français, Ils répondaient « Nous sommes prêts à recommencer ».

Tous c es bons et braves enfants de notre terre Marchaient dans le sillage de leurs nobles pères : Jugurtha, Tacfarinas, Tarik, Abdelkader, Sans oublier nos deux glorieuses femmes d’hier Lesquelles, apprenant que l’on foulait la frontière, Prirent l’épée, le cheval et firent la guerre ; Ces vaillantes femmes sont et, on s’en souviendra, Kahina de l’Aurès et N’Soumer du Djurdjura. Qu’on se souvienne aussi de nos hardis marins Réduisant devant El-Djazaïr le grand Charles Quint, Roi d’Espagne, d’Italie et des Amériques ; Des Pays-Bas et de l’Autriche à l’Armorique Leurs vaisseaux ramenaient les Andalous en danger Que condamnait souvent l’Inquisition au bûcher.

Souvenons-nous d’El Mokrani et Cheikh El-Haddad, A cheval, aux canons, ils donnaient l’escalade, D’autres bons et fiers enfants de notre terre, Reprirent le saint combat, un premier Novembre, Affrontant la Légion, les paras, les avions, les tanks Ils allaient tous, droit à la mort pendant les attaques, Face aux fusils de l’O.T.A.N, venus d’Allemagne, Leurs armes ?… La foi qui soulève les montagnes, Et, quand martyrs, ils marchaient à l’échafaut par rangs Ils criaient bien fort « Algérie libre ! Dieu est Grand ! »

Reste-t-il encore quelque chose de tout cela ? On bâillonne le peuple pour applaudir Sylla. Ce peuple pourtant a crée richesse et bonheur En coulant la force de son corps, dans ses sueurs, Aux maîtres de son sol et ses biens naguère, Puis à ses mauvais frères, après la sainte guerre. En ces temps-ci, tout déchoit et change de couleur, L’intrigue et l’arrivisme font partout fureur, La pauvreté hideuse côtoie les beaux palais, Qu’illuminent des lustres américains et anglais L’honnêteté est proscrite, rejetée et battue Par ceux qui préfèrent que par derrière, l’on tue ; S’élevant haut et s’enrichissant par la fraude, Ils sont tout le temps, comme le chacal qui rôde Autour d’une malheureuse proie endormie, Souriant hypocritement sous un masque ami, Hélas ! C’est comme ça. Même les nobles animaux N’échappent pas trop facilement à certains maux ; Quand les faibles souris arrivent, les éléphants émigrent, Suivis quelquefois, des lions et des tigres, Laissant la place aux hyènes, hors de leurs repaires, Pour se nourrir des restes de leurs congénères, Mais honni soit et son nom, mille fois abhorré, Qui voit en sa patrie, une proie à dévorer !

Puisque pour me voir, vous êtes venus jusqu’ici, Le devoir veut que je vous réponde « Me voici ! » Je marche devant vous, même si mes pas sont lents Et, vite mettons fin à la misère des gens Qui se débattent dans le brouillard et dans le noir Pour qui, l’aube rayonnante c’est déjà le soir, Un soir sans lumière et, qui vite s’achève Que suit aussitôt, la nuit sans joie et sans rêve ; Nous allons donc chasser le spectre de la malvie Et à tous, il faudra redonner goût à la vie, Aux jeunes d’abord, redoutables désespérés, Et aux victimes de calculs, qu’on doit tous abhorrer ; Pour ça, il faut de l’hydre, trancher les sept têtes Et lui ôter les hideuses mamelles qu’elle tête, Gonflées par l’anarchie et la vile corruption, Et rendre surtout, sa dignité à la Nation Ternie par les herbes folles qui partout poussent, Annihilant les glorieux lauriers qu’elles repoussent. La dignité en ce pays, était pour chacun, loi ; Un pauvre clochard rencontré, un jour sur la voie Qui mène à la gare où s’arrêtent les trains, Où traînent ces malheureux sans logis et sans pain, Excita la pitié. On lui tendit une pièce, Il la repoussa tel un objet qui blesse…

C’est triste. Les vertus publiques dépérissent ; Les fils de soie que l’araignée dans l’ombre tisse Pour attirer et tromper ses victimes qu’elle mange, Sont moins fatals que les propos de certains mages. Quand on a de ces énergumènes pour guides, Exaltés, faux, opportunistes, flatteurs et cupides, Faisant du sang de nos martyrs, leur cheval de Troie Pour s’emparer de tout en prostituant le droit, Que reste-t-il donc aux gens quand ces tristes sires Dédaigneux de nos principes qui les font rire, Font courber les dos meurtris par un long joug d’airain, Aussi cruel que celui des anciens souverains Qui ont pillé notre histoire et nos terres, Faisant de nos fils, chair à canon pour leurs guerres ; Mais rien n’est éternel, rien ne dure ici-bas, Que l’ont soit au sommet, à mi-pente ou en bas, C’est certain. La loi divine est inexorable, La fleur après épanouissement, finit misérable. Tout passe et s’efface, seul demeure le vent. Disons de suite aux affameurs : « Dehors, allez vous en ! »

Là-dessus, le bon vieillard cessa de parler. Il entendit dans le silence, une voix s’enfler, La grosse voix de Satan maudit, sûr et triomphant, Hurlant puissamment vers tous les démons, ses enfants, Ceux, au loin ou présents, aux faibles et aux plus forts :

« Ce patriote géant est déjà, un homme mort ! »

Salah Bousseloua Juin 1992


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Réactions

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vendredi 29 octobre 2010 à 21h43, par  BENKAM

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invité(e) Posté le : 29/06/2009 13:33 Mis à jour : 29/06/2009 13:45
Re : Les dernières paroles d’un patriote.
Da Salah, très joli "poème vérité" ;- à votre santé


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invité(e) Posté le : 29/06/2009 14:31 Mis à jour : 29/06/2009 14:51
Re : Les dernières paroles d’un patriote.
Merci Da Salah pour ce poème émouvant à la mémoire de ce grand patriote Mohamed Bouidaf.
Bravo pour votre inspiration, votre courage, votre lucidité et votre opiniâtreté.
Tant qu’il restera des hommes comme vous sur cette terre d’Algérie, l’espoir pour des jours meilleurs sera toujours permis.
Moh del Fobor


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invité(e) Posté le : 29/06/2009 16:56 Mis à jour : 29/06/2009 17:21
Re : Les dernières paroles d’un patriote.
Da Salah, ce poème est magnifique !!!
Merci.


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invité(e) Posté le : 29/06/2009 22:20 Mis à jour : 29/06/2009 23:26
Re : Les dernières paroles d’un patriote.
Je ne comprends pas les 3 premiers commentaires ; s’agit-il ici de se souvenir du tres douloureux assassinat du SEUL grand et vrai patriote algérien, père du F.L. N et l’un des premiers acteurs actifs fondamentaux de la révolution arméée de 1954 qui nous a libérée du joug de la France coloniale, ou alors de feliciter l’auteur du poeme qui nous est proposé ?

Il est tres triste et tres desolant de volontairement vouloir oublier le president Mohammed Boudiaf, Rahimahou Allah. En tous tous les cas, on est entrain de le payer tres tres tres cher !
Il était notre Mossadegh, notre Pratrice Lumemba.

Wa essalem,


Auteur Conversation
invité(e) Posté le : 30/06/2009 00:14 Mis à jour : 30/06/2009 00:24
Re : Les dernières paroles d’un patriote.
Apprends à lire !

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