Le peuple se souvient avec émotion d’un vieillard
Patriote sincère, ancien lutteur, ancien taulard
Qui parla exilé en visionnaire sublime,
De son pays auguste, au bord de l’abîme,
Par la faute de ceux qui agissent dans le noir,
Il dit sans détours aux personnes venues le voir
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« Je répète les paroles d’Elcis, au roi Othon »..
« Je suis triste, pourquoi ? Princes, que vous importe !
Vous êtes joyeux, vous. Je refermais ma porte,
J’allais mettre la barre et tirer les verrous,
Pourquoi m’appelez-vous et que me voulez-vous ?
Pourquoi me pousser hors de l’ombre volontaire ?
Pourquoi faire parler celui qui veut se taire ?
Rois d’Arles, tant qu’il reste au vieillard une dent,
Lui faire ouvrir la bouche est toujours imprudent… »(1)
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« Comme Elcis, j’allais refermer la briqueterie
Et marcher, pour entendre la voix de l’Algérie.
La bien triste voix d’un grand peuple en détresse
Qui cherche son chemin dans une ombre traîtresse…
Que voulez-vous donc maintenant que je vous dise
A la loyauté, on préfère la traîtrise.
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Les bons patriotes avaient la parole franche.
Ils repoussaient et la gloire et la bravache,
Même le repos, dormant peu et se levant tôt,
Obnubilés par la pensée de mourir bientôt
Pour la patrie, le droit des gens et la liberté,
Ils criaient fort la grande et triste vérité,
Et quand le lourd verdict tombait du code français,
Ils répondaient : « Nous sommes prêts à recommencer ».
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Tous ces bons et braves enfants de notre Terre
Marchaient dans le sillage de leurs nobles pères,
Jugurtha, Tacfarinas, Tarik, Abdelkader,
Sans oublier nos deux glorieuses femmes d’hier
Lesquelles, apprenant que l’on foulait la frontière,
Prirent l’épée, le cheval et firent la guerre.
Ces vaillantes femmes sont et on s’en souviendra,
Kahina de l’Aurès et N’Soumer du Djurdjura.
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Qu’on se souvienne aussi de nos hardis marins
Réduisant devant El-Djazaïr le grand Charles Quint,
Roi d’Espagne, d’Italie et des Amériques,
Des Pays-Bas et de l’Autriche à l’Armorique,
Leurs vaisseaux ramenaient les Andalous en danger,
Que condamnait souvent l’Inquisition au bûcher.
Souvenons-nous d’El Mokrani et Cheikh Bel-Haddad,
A cheval, aux canons, ils donnaient l’escalade,
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D’autres bons et fiers enfants de notre Terre,
Reprirent le saint combat, un premier Novembre,
Affrontant la Légion, les paras, les avions, les tanks
Ils allaient tous, droit à la mort pendant les attaques,
Face aux fusils de l’O.T.A.N, venus d’Allemagne,
Leurs armes ? La foi qui soulève les montagnes,
Et quand martyrs, ils marchaient à l’échafaud par rangs,
Ils criaient bien fort « Algérie libre ! Dieu est Grand ! »
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Reste-t-il encore quelque chose de tout cela ?
On bâillonne le peuple pour applaudir Sylla.
Ce peuple pourtant a crée richesse et bonheur
En coulant la force de son corps, dans ses sueurs,
Aux maîtres de son sol et de ses biens naguère,
Puis à ses mauvais frères, après la sainte guerre.
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En ces temps-ci, tout déchoit et change de couleur,
L’intrigue et l’arrivisme font partout fureur,
La pauvreté hideuse côtoie les beaux palais,
Qu’illuminent des lustres américains et anglais
L’honnêteté est proscrite, rejetée et battue
Par ceux qui préfèrent que par derrière l’on tue.
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S’élevant haut et s’enrichissant par la fraude,
Ils sont tout le temps, comme le chacal qui rôde
Autour d’une malheureuse proie endormie,
Souriant hypocritement sous un masque ami,
Hélas ! C’est comme ça. Même les nobles animaux
N’échappent pas trop facilement à certains maux.
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Quand les faibles souris arrivent, les éléphants émigrent,
Suivis quelquefois, des lions et des tigres,
Laissant la place aux hyènes, hors de leurs repaires,
Pour se nourrir des restes de leurs congénères,
Mais honni soit et son nom, mille fois abhorré,
Qui voit en sa patrie, une proie à dévorer !
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Puisque pour me voir, vous êtes venus jusqu’ici,
Le devoir veut que je vous réponde « Me voici ! »
Je marche devant vous, même si mes pas sont lents
Et, vite mettons fin à la misère des gens
Qui se débattent dans le brouillard et dans le noir
Pour qui, l’aube rayonnante c’est déjà le soir.
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Un soir sans lumière et qui vite s’achève,
Que suit aussitôt, la nuit sans joie et sans rêve.
Nous allons donc chasser le spectre de la mal vie
Et à tous, il faudra redonner goût à la vie,
Aux jeunes d’abord, redoutables désespérés,
Et aux victimes de calculs, qu’on doit tous abhorrer.
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Pour ça, il faut de l’hydre, trancher les sept têtes
Et lui ôter les hideuses mamelles qu’elle tête,
Gonflées par l’anarchie et la vile corruption,
Et rendre surtout, sa dignité à la Nation,
Ternie par les herbes folles qui partout poussent,
Annihilant les glorieux lauriers qu’elles repoussent.
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La dignité en ce pays, était pour chacun loi.
Un pauvre clochard rencontré, un jour sur la voie
Qui mène à la gare où s’arrêtent les trains,
Où traînent ces malheureux sans logis et sans pain,
Excita la pitié. On lui tendit une pièce,
Il la repoussa tel un objet qui blesse
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C’est triste. Les vertus publiques dépérissent,
Les fils de soie que l’araignée dans l’ombre tisse
Pour attirer et tromper ses victimes qu’elle mange,
Sont moins fatals que les propos de certains mages.
Quand on a de ces énergumènes pour guides,
Exaltés, faux, opportunistes, flatteurs et cupides,
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Faisant du sang de nos martyrs, leur cheval de Troie
Pour s’emparer de tout en prostituant le Droit.
Que reste-t-il donc aux gens quand ces tristes sires
Dédaigneux de nos principes qui les font rire,
Font courber les dos meurtris par un long joug d’airain,
Aussi cruel que celui des anciens souverains
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Qui ont pillé notre histoire et nos terres,
Faisant de nos fils, chair à canon pour leurs guerres.
Mais rien n’est éternel, rien ne dure ici-bas,
Que l’ont soit au sommet, à mi-pente ou en bas,
C’est certain, la loi divine est inexorable,
La fleur après épanouissement, finit misérable.
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Tout passe et s’efface, seul demeure le vent,
Disons de suite aux affameurs : « Dehors, allez vous en ! »
Là-dessus, le bon vieillard cessa de parler.
Il entendit dans le silence, une voix s’enfler,
La grosse voix de Satan maudit, sûr et triomphant,
Hurlant puissamment vers tous les démons, ses enfants,
Ceux, au loin ou présents, aux faibles et aux plus forts :
« Ce patriote géant est déjà, un homme mort ! »
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