Les écrivains d’expression française, selon Malek Haddad

“Je ne fais pas le procès de la langue française, la seule que je possède ; je ne fais pas l’apologie de la langue arabe que je ne possède pas. Aucune langue au monde n’est supérieure à une autre langue. [… ]Je ne puis offrir (à mes lecteurs) qu’un approchant de ma pensée réelle et de leur propre pensée. Permettez-moi de me citer une fois de plus :‘La langue française est mon exil’, mais aujourd’hui, j’ajoute : la langue française est aussi l’exil de mes lecteurs. Le silence n’est pas un suicide, un hara-kiri. Je crois aux positions extrêmes. J’ai décidé de me taire ; je n’éprouve aucun regret ni aucune amertume à poser mon stylo.On ne décolonise pas avec des mots.
Je demeure convaincu que l’Algérie aura un jour les écrivains qu’elle mérite, qu’elle attend et qu’elle fera. [… ] On peut résister à Massu, à Bugeaud, à n’importe quel colonialiste, mais pas à Molière. [… ] Chez nous, c’est vrai,chaque fois qu’on a fait un bachelier, on a fait un Français. Je parlais de coloniser dans l’âme. [… ] Je dis que nous ne sommes pas représentatifs du tout, nous écrivains d’expression française, et je le répète et je le maintiens plus que jamais, nous représentons un moment pathologique de l’histoire qu’on appelle le colonialisme.” *
* Malek Haddad, cité par Christiane Achour : Anthologie de la littérature algérienne de langue française (Paris, Bordas, 1990).



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