Les grandes batailles des musulmans (2e partie)

dimanche 3 août 2008
par BENKAM

La bataille d’Aïn Djalout (1260 - 658 h) Une victoire salutaire et décisive

Au milieu du XIIIe siècle, l’empire musulman vivait une période de troubles, d’anarchie et de grande faiblesse, ponctuée par une incapacité totale à faire face à un danger crucial : l’invasion mongole. En effet, les hordes tatares, composées de centaines de combattants impitoyables avaient déferlé de l’Asie centrale vers l’ouest (Europe), l’est (Chine) et le sud (Moyen-Orient), principalement.

Les Mongols abattirent le califat abasside (1258), prirent et incendièrent Baghdad ; puis se dirigèrent vers la Syrie pour arriver aux portes de l’Egypte gouvernée par les Mamelouks à leur tête l’énergique et éclairé sultan Quotuz qui devait unir les musulmans pour faire face à l’une des plus dévastatrices invasions de l’histoire humaine. Un consensus historique

Face à ce danger mortel, donc, le sultan Qoutuz convoqua un conseil rassemblant les plus grands princes du pays. On décida de répondre aux menaces mongoles par une mobilisation générale de toutes les armées musulmanes disponibles. Il envoya partout des émissaires pour signifier à la population que la guerre contre les Mongols était imminente et que tous doivent être conscients et prêts à combattre les envahisseurs sanguinaires. Qoutuz rassembla les juges, les juristes et les notables de son État pour les consulter sur ce qu’il devait faire contre les Tatars, et les moyens qui pourraient être mis en œuvre pour les combattre. Tous les participants soutinrent le discours prononcé et la fatwâ émise par les savants et s’en tinrent à sa tranchante conclusion : « Si un ennemi envahit les territoires de l’Islam, tout le monde est tenu de le combattre. Il était permis de prélever de la population l’argent nécessaire aux dépenses militaires, à condition qu’il ne reste plus rien dans le Trésor public et que soient dépensées less bijoux et les parures ainsi que les pierres précieuses, de sorte que le soldat ne dispose plus que de sa monture et de ses armes, devenant ainsi semblable au reste de la population. En revanche, il n’etait pas permis de prélever les biens de la population tant que des soldats disposent encore de biens propres et de pierreries. » Qoutuz éprouva quelques difficultés à convaincre un grand nombre de princes à sortir avec lui pour affronter les Tatars. Ce ne fut qu’après de longues discussions et de laborieuses exhortations que ce sultan parvint, enfin, à remuer la fierté et le courage de tous dans un grand élan de « djihad ». En route vers l’est Au mois de Ramadhan 658 de l’hégire, soit août 1260 de l’ère chrétienne, Qoutuz quitta l’Égypte à la tête des armées égyptienne, syrienne et autres troupes venues des différentes contrées du monde musulman. Il laissa au Caire un suppléant, l’atabek Fâris Ad-Dîn Aqtay, qui le remplacerait pendant son absence. Il envoya le prince Baybars en mission de reconnaissance avec une partie de l’armée. Ce célébre prince mamelouk rencontra aux environs de Ghaza des contingents mongols auxquels il se heurta et infligea une sérieuse défaite. Cette première victoire, aussi petite fût-elle, releva le moral des troupes musulmanes. Elle leur permit de dépasser leur peur, ce qui constituait déjà un avantage psychologique sur leurs ennemis. Le sultan Qoutuz s’avança jusqu’à Ghaza avec son armée. Il y demeura pendant un jour, après quoi il suivit le rivage pour atteindre la ville de Saint-Jean d’Âcre, qui était encore sous la domination des croisés chrétiens. Ces derniers lui proposèrent leur aide mais le sultan refusa et se contenta de s’assurer de leur neutralité dans la guerre qui s’annonçait. Il rejoignit, enfin, le prince Baybars dans la vallée d’Aïn Djalout, près de Naplouse, en terre de Palestine. L’armée mongole, quant à elle, était désormais emmenée par Kitbuqa, suite au départ soudain de Hulagu vers son pays. Kitbuqa entreprit de rassembler ses nombreuses troupes qui s’étaient éparpillées en Syrie, en une seule et unique armée. Sa vanité lui fit refuser d’attendre des renforts dépêchés par Hulagu. Les Mongols s’avancèrent alors également jusqu’à Aïn Djalout pour affronter les musulmans dans cette contrée. La grande rencontre Le plan du sultan Qoutuz consistait à dissimuler le gros de ses troupes derrière les monts et les collines avoisinant la vallée d’Aïn Djalout Il ne mettrait face à son redoutable ennemi que les premiers rangs de son armée, placés sous le commandement de Baybars. La bataille commença, donc, le vendredi 3 septembre 1260, soit le 25 Ramadhan 658 de l’hégire. Elle se déroulait en somme en un jour béni et en un mois béni pour les musulmans. Le théâtre des combats qui a été choisi était une petite plaine où se trouvait une source, d’où son nom Aïn Djalout (la source de Goliath) près de la ville de nazareth qui la limite au nord, et Jénine qui la borde au sud. Les deux puissants groupes s’affrontèrent et les soldats mongols déferlèrent tels un ouragan sur l’avant de l’armée musulmane. Les Tatars allaient remporter, comme à leur habitude, une victoire éclair, grâce notamment à la puissance et à la rapidité de leur cavalerie légendaire. La partie gauche de l’armée musulmane céda, alors, face à cette vague humaine qui l’emporta. La tactique de guerre adoptée par les musulmans fut couronnée de succès, car ils s’évertuèrent à attirer les Mongols vers le fonds de la vallée alors que les hauteurs étaient occupées par des unités d’infanterie. L’intelligente manœeuvre réussit pleinement et les Tatars tombèrtent dans le traquenard. Même au moment initial où ils croyaient décimer les premiers rangs des musulmans, le sultan Qoutuz demeura ferme en criant de toute la puissance de sa voix : « Wâ Islâmâh ! Wâ Islâmâh ! Wâ Islâmâh ! » Ce cri de détresse, désormais célèbre, signifiait que l’Islam tout entier était en danger et pouvait succomber à tout moment sous les sabots des chevaux mongols. Il fut entendu à travers tout le champ de bataille. Les soldats musulmans accoururent autour du sultan pour défendre avec lui l’idéal qui les animait. Ils étaient galvanisés par les appels de leur courageux sultan et armés d’une foi inébranlable. Tous fondirent sur l’armée mongole, stupéfaite de voir une telle endurance et une telle fermeté de la part de leurs ennemis qui les avaient auparavant accoutumés à leur offrir des victoires faciles. Durant une grande partie de la matinée, la bataille était un peu confuse et l’issue finale indécise. Les Mongols perdirent courage et se sauvèrent dans toutes les directions, parvenant à peine à imaginer qu’ils étaient en train de subir leur première défaite, eux qui avaient pourtant terrorisé l’humanité d’est en ouest. Le coup de grâce leur fut porté par l’annonce de la mort de leur général Kitbuqa.Leurs chefs tentèrent de rétablir la situation en vain et leurs troupes durent faire marche arrière jusqu’aux rives du fleuve Jourdain avant de s’enfuir de toutes parts. Les musulmans ne se contentèrent pas de cette bataille victorieuse. Ils poursuivirent les soldats mongols qui avaient fui et s’étaient rassemblés à nouveau dans un autre endroit pas loin du lieu de la bataille d’Aïn Djalout. Ils les affrontèrent à nouveau dans une bataille décisive et sanglante qui allait sceller à tout jamais le sort de la puissance mongole. Néanmoins, au cours de la bataille, l’issue demeurait incertaine, si bien que le sultan Qoutuz fut amené à pousser une nouvelle fois son terrible cri de détresse : « Wâ Islâmâh ! » Tous ses hommes l’entendirent. Le sultan commença ensuite à prier Dieu pour lui accorder la victoire finale contre les terribles hordes tatares. La victoire oscilla du côté musulman et les combats se terminèrent par une retentissante défaite des Mongols, chose qu’ils n’avaient jamais connue puis leur célèbre chef Timujin ou Gengis Khan. Après la victoire, le sultan Qoutuz et ses soldats remercièrent Dieu de leur avoir accordé le succès sur ces envahisseurs commen on en voit peu à travers la Terre Les conséquences de la bataille d’Aïn Djalout La bataille d’Aïn Djalout fut l’une des batailles les plus cruciales de l’histoire. Ce fut elle qui sauva le monde musulman d’un danger imminent auquel jamais il n’avait été auparavant confronté. Elle sauva la civilisation musulmane de la destruction et de l’anéantissement total car les Mongols détruisaient tout sur leur passage et on se souvient ce qu’il advint de l’empire chinois ou de Baghdad qui fut détruite et incendiée. Cette victoire protégea également le monde occidental d’un mal auquel aucun roi d’Europe ne pourrait prétendre se mesurer ni le repousser. Elle permit en outre de libérer la Syrie de l’emprise mongole qui avait duré plus de sept mois. Qoutuz entra à Damas le 27 Ramadhan 658 et entreprit de sécuriser l’ensemble des villes syriennes, tout comme il réorganisa le pays, en y nommant des gouverneurs. Cette bataille démontra également que la sécurité de l’Égypte dépendait directement de celle de la Syrie et de la Palestine. Cette vérité avait eu et aurait l’occasion d’être redémontrée à maintes reprises dans l’histoire de la toute la région du Moyen-Orient. Enfin, l’une des conséquences les plus importantes de cette bataille fut la réunification de l’Égypte, de la Syrie et de la Palestine sous l’autorité des Mamelouks pendant plus de 270 ans.. Les musulmans mamelouks sont parvenus , quelques temps après, à chasser les Mongols de toute la région. Beaucoup parmi eux adoptèrent, d’ailleurs, la religion musulmane. Ainsi, cette victoire mémorable sur une puissance sans égale à l’époque permit au monde musulman de survivre longtemps encore et d’esquisser une certaine renaissance avant de tomber, encore, dans un état de faiblesse, au cours des siècles suivants.

04-08-2008 Rachid Mihoubi


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