Les moyens qui justifiaient la fin (suite et fin)

Les moyens qui justifiaient la fin (suite et fin)
Le manifeste demande la création d’une république fédérée à la France. L’additif au manifeste,rédigé par Abbas et voté par les délégués financiers musulmans suggère la création dès la fin de la guerre d’une république algérienne autonome avec son parlement et ses couleurs. Devant l’accueil fait aussi bien au manifeste qu’à l’additif,Abbas fait voter une motion de protestation. Le général Catroux dissout les sections arabes et kabyles des délégations financières et fait mettre Abbas et Sayah en résidence surveillée. Abbas qui avait déclaré,après le vote de l’additif, "je serai ministre ou pendu", devait cruellement déchanter.
L’ordonnance du 7 mars 1944,reprenant à son compte le sujet Blum-Violette largement dépassé par les événements est une déception pour l’ensemble des mouvements nationaux. Abbas propose,alors, la création d’une sorte de front regroupant toutes les tendances. Après accord PPA et des Ulémas,il crée en avril 1944,un mois après la promoulgation de l’ordonnance,les AML (Amis du manifeste et de la Liberté) qui connait immédiatement un immense succès populaire. Le 15 juin,à Khenchela,il déclare dans un meeting populaire,qu’il faut "forcer la main à la France". Ce qui lui vaut l’interdiction de prendre la parole en public. Avec la création puis l’implantation du Parti du peuple algérien en Algérie même,la disparition du congrés musulman,l’opposition des masses populaires au projet Blum-Violette d’assimiliation,les thèses de Abbas sont battues en brèche,surtout après le rapprochement graduel des Uléma des positions du PPA. Abbas,mesurant les limites de la fédération des élus se sépare de Bendjelloul et décide de créer un parti : "Pour vaincre un régime aussi puissant que le régime colonial,le transformer et le détruire,c’est peu des associations d’élus. Il faut une action de masse,de toute la masse. La devise de notre parti est donc, par le peuple et pour le peuple. Son mot d’ordre est : Allez de l’avant !" Abbas a pris conscience de l’importance des masses populaires du "nombre" ; Ce qui l’a incité a ceéer en 1938 l’"Union populaire algérienne pour la conquête des droits de l’Homme et du citoyen". Mais s’il y a changement dans la forme, le fond reste le même,en parfaite continuité avec le trop célèbre éditorial paru dans l’entente franco-musulmane" de février 1936 :" L’Algérie en tant que nation est un mythe…je ne l’ai pas découverte,j’ai intérrogé les morts et les vivants,j’ai visité les cimetières,personne ne m’en a parlé…Nous avons donc écarté,une fois pour toutes les nuées et les chimères pour lier définitivement notre avenir à celui de l’œuvre française en Algérie !… La France c’est moi, parce que moi,je suis le nombre". Abbas pensait qu’un parti politique s’appuyant sur les masses pourra faire pression sur le pouvoir français et obtenir quelques concessions. Mais trop éloignée des préoccupations de ces masses, l’UPA n’aura aucun impact. Les événements de mai 1945 allaient ouvrir bien des yeux qui refusaient de voir la réalité. Abbas est arrêté avec le docteur Saâdane, et ne sera libéré qu’en mars 1946,avec tous les amnisties. Si Abbas ne parle plus de l’assimililation qui est devenue "une chimère inaccessible", il s’en tient toujours au gouvernement fédéré du manifeste. Après les événements de mai,tous las partis ont été dissous. Echaudé par l’expérience des AML, noyauté par le PPA,qui avait échappé à son contôle, il décide de créer un parti élitiste,de cadres et d’intellectuels : l’UDMA (Union démocratique du manifeste algérien) prône "la collaboration franco-musulmane et l’acquisition de la culture et des techniques modernes". L’assimilation,définitivement rejetée. Abbas affirme que "les musulmans ont pris pleinement conscience de leur personnalité. Celle-ci résistera désormais à toutes les tentatives de désagrégation". Contre ceux qui lui reprochaient sa laïcité et même son indifférence envers l’Islam,il répond :" je porte dans mon cœur une mosquée de granit et d’acier qui ne s’écoulera jamais". Mais il demeure convaincu de la nécessité de rester dans la communauté française. Voyant la tournure prise par les événements,après le 8 mai 45,la radicalisation progressive des positions du PPA,passé à la clandestinité,et des Ulémas,il lance un avertissement à l’assemblée,en 1946 :"c’est votre dernière chance,nous sommes le dernier barrage." En 1951,il s’associe au "front algérien pour la défence et le respect des libertés" regroupant le MTLD, l’UDMA,les Ulémas et le parti Communiste algérien. Ce front tombera en désuétude,comme toutes les autres tentatives d’union. Toutefois,l’évolution des mentalités,la prise de conscience populaire n’échappent pas à Abbas. Mais il s’obstine à rechercher,dans la légalité,la brèche,le défaut de la cuirasse qui lui permettraient de s’introduire dans la forteresse du systhème français. En 1953,devant l’épreuve de force des patriotes en Tunisie et au Maroc, Abbas semble s’être rendu à l’évidence :"Il n’y a plus d’autre solution que les mitraillettes". Mais en homme prudent,en politicien cherchant toujours à ménager ses arrières,il ne se ralliera au FLN et à la lutte armée qu’en 1956,après avoir acquis la conviction que cette fois,aucune dérobade n’était plus permise et que le peuple ayant adhéré à cette forme de lutte,l’issue ne pouvait être que la victoire. Lui,qui rêvait en 1943 d’être "ministre ou pendu", sera le premier président du gouvernement provisoire de la république algérienne le premier président de l’Assemblée Nationale de l’Algérie indépendante.
Par A.B.A



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