Les moyens qui justifiaient la fin

Un homme, une vie Les moyens qui justifiaient la fin
L’itinéraire d’un homme politique comme Ferhat Abbas, ses atermoiements, ses contradictions révèlent à plus d’un titre toutes les étapes difficiles, les contradictions multiples du mouvement national algérien dans son ensemble, jusqu’au 1er novembre 1954, où l’action unifactrice du FLN a fait taire toutes les dissensions.
En 1912, Abbas avait 13 ans et suivait déjà avec passion les premiers balbutiements d’un mouvement qu’on appellera par la suite "les jeunes Algériens". C’est cette année, en effet, que sortirent les décrets sur la "conscription indigène". La France, acculée à la guerre, s’était rappelé qu’elle avait sous la main des "sujets" qui feront une excellente "chair à canon". Ces jeunes Algériens veulent bien faire le service militaire mais demandent, en échange "l’amélioration de leur sort".
Après la guerre, en 1919, des réformes furent introduites, notamment l’extension du collège électoral. Nombre d’historiens voient dans cette année, une date charnière qui marque réellement une certaine prise de conscience, les débuts du mouvement national. Abbas, en fin observateur, y voit deux faits nouveaux importants, l’ancien combattant et l’élu du peuple. L’ancien combattant qui a fait la guerre, qui est revenu vainqueur, ne veut plus être considéré comme un simple "indigène". Lélu a pris conscience de la force du bulletin de vote. C’est à partir de cette année que se développe le mouvement jeune Algérien grâce à l’action de l’Emir Khaled. Le mouvement est divisé ; Quoique favorables à l’assimilation, les deux tendances ne sont pas d’accord sur le sort réservé à la personnalité algérienne. L’Emir Khaled est pour le maintien du statut personnel, l’autre tendance menée par le docteur Ben Thami est pour l’assimilation totale. Khaled obtient un franc succès populaire mais est vite circoncis par les milieux colons qui l’accusent de nationalisme, de fanatisme religieux et obtiennent son exil à partir de 1923. L’aile assimilationniste s’organise alors,à partir de 1927 en "Fédération des élus musulmans d’Algérie". On y voit graviter autour du docteur Ben Thami, deux personnalités qui marqueront le mouvement assimilationniste, le docteur Bendjelloul et Ferhat Abbas. Abbas, étudiant à la faculté d’Alger, avait adhéré à l’Amicale des étudiants indigènes, créée en 1919. de 1926 à 1931, il en est président et la transforme en AEMAN (Association des étudiants musulmans de l’Afrique du Nord, à ne pas confondre avec l’AEMNA, créée en 1927, en France). L’association à tendance assimilationniste est patronnée par le gouverneur violette. A partir de 1931, sous la houlette de Abbas, paraîtra la revue "Ettelmidh". En 1930 , la Fédération des élus musulmans éclate en trois fédérations régionales : Alger, Oran, Constantine. Celle de Constantine sera la plus active grâce à Bendjelloul mais surtout Ferhat Abbas. Dès le départ, elle donne le ton : "Les élus indigènes sont français tant par la volonté expresse du législateur que conformément à leur désir". 1930 voit également la célébration du centenaire de l’Algérie coloniale. Le faste, l’ostentation de ces festivités sont vécus comme une humiliation par l’ensemble du peuple algérien. Les accents mis sur les conquérants , les civilisateurs d’un côté et les vaincus , les barbares de l’autre sont autant de blessures. Abbas n’y est pas insensible : "Dans tous les domaines, même celui de la conscience, l’occident bouscule l’Orient et prend sa place", mais ne perd pas espoir : "un peuple vaincu n’est pas forcément un peuple perdu". En 1932, paraît son plaidoyer pour les droits du citoyen "de la colonie vers la province, le jeune Algérien". Le fait colonial est dénoncé, mais la France métropolitaine est sollicitée comme arbitre. Abbas n’échappe pas à cette tendance qu’auront tous les mouvements nationaux à s’adresser à la Métropole à travers les mémoires, les pétitions, les manifestes, les délégations, méthode déjà inaugurée, dès les débuts de la conquête par les notables réunis autour de Hamdane Khodha. En 1933, la délégation d’élus, éconduite par le ministre de l’intérieur chautemps est un coup dur pour Abbas et les tenants de l’assimulation qui démissionnent en signe de protestation. Ils s’aperçoivent à leurs dépens que les indigènes sont toujours "Français quant aux devoirs, et sujets quant aux droits". Abbas, combattu par Jules Carde, qu’il appelle "Carde-Chiourme" ignoré par le ministre Régnier qui refuse toute réforme reprend espoir avec l’avènement du Front populaire. Le Congrés musulman qui regroupe, selon le voeu de Ben Badis :"les hommes politiques, les Uléma, les élus, les magistrats, les professeurs", tient son premier congrés en 1936 et élabore "La charte révendicative du peuple musulman algérien" où l’on voit triompher les thèses de Abbas. Le Cheikh El Okbi ira même jusqu’à dire : "Notre opinion, qui concorde avec la réalité, est que la nation algérienne est une des plus incultes qui existent aujourd’hui sur la terre. Elle a besoin d’une aide, celle de la France". L’Etoile nord-africaine exprime son désaccord notamment sur le "rattachement à la France" et "représentation parlementaire". Après une deuxième réunion en 1937, le Congré musulman disparaît sans laisser de traces. Le début de la guerre mondiale suspend toute activité. Abbas s’engage comme volontaire. La France vaincue, occupée, Abbas joue franchement la carte de Vichy et adresse au maréchal Pétain un mémoire "l’Algérie de demain". C’est pratiquement le même programme que reprendra le "Manifeste du peuple algérien" destiné aux forces alliées mais remis, en définitive, au gouverneur Peyronton le 31 mars 1943 après concertation avec les autres partis, quelques corrections et l’adoucissement du ton, jugé trop vif……
B.B ( A.B.A)



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