Les réunions secrètes à Alger et les changements attendus

Une source proche de l’Alliance présidentielle confirme le prochain retour de l’ex-FIS
Comme nous l’annoncions il y a cinq jours (L’axe Bouteflika – Ait Ahmed a fait éclater la CNCD), puis dans (L’initiative Mehri : 1. Les dessous), le retour de l’ex-FIS figure bien dans les projets immédiats du président Bouteflika. Une source proche de l’Alliance présidentielle l’a confirmé à notre confrère Tout sur l’Algérie. Abordant le volet de la prochaine révision constitutionnelle, le journal électronique rapporte que " cette révision devrait permettre également le retour des islamistes dans le jeu politique national, y compris ceux de l’ex‑FIS ou de l’ex‑AIS. Notre source n’a ainsi pas exclu qu’un agrément soit délivré à une formation politique dirigée par l’ex‑chef de l’AIS Madani Mezrag." Cette disposition est clairement énoncée dans la lettre d’Abdelhamid Mehri au président Bouteflika, l’invitant à un "changement pacifique", lettre qui fut soutenue immédiatement par le fondateur du FFS, Hocine Ait Ahmed.
Pour rappel, nous précisions dans que le plan de « transition démocratique » formulé par les partis de Sant’Egidio repose, avant tout, sur le maintien de Bouteflika, la mise à l’écart des généraux dont Toufik et la réhabilitation des islamistes.
Depuis 1999, il existe, en effet, un accord non écrit entre le président Bouteflika, les partis signataires du contrat de Sant’Egidio et les chefs islamistes de l’ex-FIS pour exécuter l’accord de Sant’Egidio (rétablissement de l’ex-FIS et retour à la case 1992). Cette convention secrète, régulièrement bloquée par la caste militaire, repose essentiellement sur Bouteflika. Elle devait être mis en application dès l’entame du troisième mandat de Bouteflika.
Tenue secrète durant plusieurs années, la transaction fut dévoilée publiquement par le chef de l’Armée islamique du salut, Madani Mezrag en juillet 2007 puis par son adjoint Ahmed Benaïcha, l’ancien émir de la branche armée du FIS, en décembre de la même année, dans les colonnes du journal arabophone El Bilad : « Dès sa réélection en 2009, Bouteflika prononcera une amnistie générale et permettra au FIS de retourner sur la scène politique ; oui, le champ sera rouvert aux enfants du Front dans le cadre d’un parti politique », avait déjà révélé, en décembre, Ahmed Benaïcha, l’ancien émir de la branche armée du FIS, dans les colonnes du journal arabophone El Bilad. Cette solution politique, Benaïcha l’appelle « solution finale », celle qui solderait le contentieux de 1992 né de l’annulation des législatives remportées par les islamistes et de la dissolution du FIS. Elle prévoit une réhabilitation totale et publique du parti dissous et un progressif transfert de pouvoir. » Comme nous l’annoncions aussi, la mise à l’écart des généraux est privilégiée par le plan Bouteflika.
La dite source proche de l’Alliance présidentielle indique en effet que "le rôle de l’armée et des services de renseignement devrait également être sérieusement modifié dans cette nouvelle Constitution. Leur influence sur la vie politique serait ainsi considérablement réduite".
L.M.
Le Matin dz
BOUTEFLIKA, BENSALAH, ZIARI, BESSAÏEH, OUYAHIA ET BELKHADEM Seconde réunion secrète
Abdelaziz Bouteflika a présidé une autre rencontre avec les plus hauts responsables de l’Etat au niveau de la présidence. Elle a eu lieu, avant-hier, lundi, dans l’après-midi, et dans le plus grand secret, avons-nous appris de source bien informée. Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - Y ont pris part le président du Sénat, Abdelkader Bensalah, le président de l’Assemblée populaire nationale, Abdelaziz Ziari, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, le président du Conseil constitutionnel, Boualem Bessaïeh, ainsi que le ministre d’Etat, représentant personnel du président de la République, Abdelaziz Belkhadem. Ce sommet de la haute hiérarchie institutionnelle intervient après celui tenu dans les mêmes conditions entre les mêmes responsables, mercredi puis jeudi dernier. Et, bien entendu, rien n’a filtré publiquement de ce conclave. Mais leur nature, de même que la proximité dans le temps de ces réunion ne laissent plus de doute quant à l’importance des décisions que s’apprête à prendre Bouteflika. Comme nous l’annoncions dans l’une de nos précédentes éditions, Bouteflika prépare une révision constitutionnelle. « Le président prend ainsi l’avis des principaux responsables sur la situation générale du pays, et les implications induites par la nouvelle conjoncture internationale », nous confie notre source. Avant de préciser : « Pour sûr, une révision de la Constitution est à l’ordre du jour. Mais pas dans les formes spectaculaires sur lesquelles on spécule ici ou là. Il s’agira de la révision de quelques articles seulement. » D’ailleurs, cette même révision était annoncée par Bouteflika en 2008 puis en 2009, déjà. « Les changements les plus probables concerneraient un renforcement des prérogatives du Parlement et du Premier ministre. » Le retour également à la limitation des mandats présidentiels ? « Seul le président le sait, pour le moment », se contente de répondre notre source. Une autre question aurait été évoquée lors de ces réunions autour de Bouteflika : « Une éventuelle dissolution de l’Assemblée populaire nationale. Mais ceci dépendra de l’évolution de la situation. » Ziari, Ouyahia et Belkhadem en conclave nocturne à l’APN Avant-hier lundi, également, une autre réunion restreinte et secrète s’est tenue dans le bureau du président de l’APN, Abdelaziz Ziari, qui a reçu, jusqu’à une heure tardive, le Premier ministre Ahmed Ouyahia et Abdelaziz Belkhadem, le ministre d’Etat représentant personnel du président. Une longue séance de travail a regroupé ces trois hommes « autour de plusieurs questions », nous confie-t-on de bonne source. « Comme le veut le protocole, c’est Ziari, président de l’Assemblée et troisième personnage de l’Etat, qui reçoit. Il s’agit donc d’une séance de travail officielle au sujet de textes législatifs. Ce qui suffit pour comprendre le caractère urgent de la chose », commente encore notre source, qui croit savoir qu’il « s’agit essentiellement du code communal ». Le texte en question, actuellement en débat au niveau de l’Assemblée, a été préparé dans une conjoncture qui n’a plus rien à voir avec celle d’aujourd’hui. « Ce texte, qui prévoit une hégémonie certaine de l’administration sur les élus, ne cadre plus avec le nouveau contexte national et international et doit être impérativement revu et de façon substantielle. » Selon notre interlocuteur, « les trois hommes se sont, entre autres, penchés sur la meilleure manière de rattraper le coup ». Retrait du texte ? Rectificatifs à travers la procédure des amendements ? Une chose est sûre, en tout cas, le code communal, tel qu’envoyé à l’APN, est une copie à revoir. Report de la réunion du gouvernement Ahmed Ouyahia a finalement reporté la réunion du gouvernement qui devait se tenir en deux jours, hier et aujourd’hui « à une date ultérieure », selon une source proche du Premier ministère. « La visite du Premier ministre tunisien, hier à Alger, et qui n’était pas programmée de longue date, a tout chamboulé. Mais ce n’est pas tout. Il y a d’autres priorités en ce moment, particulièrement le code communale à rattraper. » K. A.
Le soir d’Algérie
Des changements attendus
Le projet d’amendement du texte fondamental serait en réalité la première étape d’une série de mesures entre celles de la révision de la loi électorale et celle sur les partis politiques. Selon une source proche de la présidence de la République le chef de l’État Abdelaziz Bouteflika s’apprête à enclencher dans les prochains jours un débat auquel seront conviés les différents acteurs de la scène politique nationale. Notre source précise que les premiers qui seront convoqués à ce dialogue seront les chefs des partis de l’Alliance présidentielle. Une démarche qui permettra une révision aussi bien de la Constitution, de la loi électorale que de celle des partis politiques durant cette année. Autant de mesures qui, ajoute notre interlocuteur, sront annoncées avant l’été prochain. l’essentiel des préoccupations des partis politique porte sur l’amendement des textes régissant la loi électorale et celle sur les partis politiques avant les prochaines consultations électorales qui se tiendront, selon toute vraisemblance, en 2012. Les textes les régissant tels que définis actuellement ne permettent pas de transition claire.
En février 1989, l’Algérie a introduit une réforme constitutionnelle légalisant le pluralisme après 27 années d’un système à parti unique. En juin 1990, les premières élections pluralistes ont eu lieu pour renouveler les assemblées populaires communales En décembre 1991, ce sont les élections législatives qui ont été annulées pour le second tour. Des élections ont eu lieu depuis, mais elles n’ont apporté aucune solution à la crise due à l’annulation de ces élections législatives. La question qui se pose est de savoir pourquoi la transition pacifique du parti unique au multipartisme a échoué et il s’agit de ne pas refaire les mêmes erreurs ayant engendré la décennie noire. Le processus est enclenché pour aboutir à la finalisation de ces deux chantiers.
Il reste que les partis politiques, même s’ils soulignent la nécessité de la réforme constitutionnelle, appréhendent leur réalisation. Ainsi, le président du MSP, Bouguerra Soltani, a appelé récemment à une révision globale de la Constitution pour garantir une transition claire vers un régime parlementaire. Selon Soltani « c’est d’intérêt national, dans un contexte marqué par des mutations accélérées dans le monde arabe, de procéder à une révision globale de la Constitution ». Idem pour le FLN qui souhaite « une réforme en profondeur ». La secrétaire générale du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune a émis le même vœu souhaitant la révision de la loi électorale avant les prochaines échéances électorales. La SG du PT estime qu’après sa révision, la loi électorale doit « consacrer la démocratie et le respect du mandat pour les députés des partis au Parlement ou dans les assemblées élues ». La dernière révision de cette loi, adoptée en 2007, avait restreint le champ politique. Il impose même des conditions draconiennes aux formations politiques avant toute consultation électorale. Les partis doivent, entre autres, justifier d’un certain nombre de signatures ou justifier d’un score dépassant 5% lors des précédentes échéances électorales avant de présenter des candidats. Mission presque impossible pour certaines formations politiques appelées pratiquement à disparaître. Si le FLN fait feu de tout bois pour demander la révision de la loi, le Rassemblement national démocratique d’Ahmed Ouyahia assure que l’actuelle loi se suffit à elle-même. Ce dernier estime que les choses peuvent évoluer dans les pratiques. Côté opposition, le Parti des travailleurs de Louisa Hanoune a rejoint les doléances du FLN. Le FFS de Hocine Aït Ahmed pense que la révision de la loi électorale n’est en rien une priorité, préférant lui commencer par « une vraie démocratie ». Les partis islamistes, notamment le Mouvement pour le renouveau national, El Islah, demande la révision de la loi électorale. Le système électoral est déjà en débat. Système uninominal à deux tours, ou proportionnel intégral dans le choix des élus. Les deux systèmes mis en place lors des précédentes élections ont montré leurs limites.
Le Midi Libre
Les indus
Le Président, qui ne s’est pas réuni avec son peuple depuis 2010, s’est réuni dernièrement avec l’état-major de l’armée. Lui, qui ne s’est pas prononcé publiquement et ne s’est pas adressé aux Algériens depuis des mois, a préféré s’adresser à l’armée, dans un conclave impubliable. Que se sont-ils dit ? Ce n’est pas le plus important, le Président sait qu’il ne doit pas son poste au peuple mais à l’armée, et c’est à elle qu’il doit parler. Le silence du Président a donc une explication rationnelle, au delà de son mépris naturel, il aura validé une vieille théorie des dirigeants algériens, le peuple n’existe pas, c’est une invention du colonialisme, il n’y a pas de société, c’est une création virtuelle de facebook. En trois mois d’émeutes, de mécontentement général et de spasmes historiques, le Président aura réussi en quelques heures, soit le temps d’une réunion avec les offi ciers supérieurs, à dissoudre 36 millions de personnes. Sauf que même s’il a trouvé un terrain d’entente avec l’armée, à qui il doit tout, la question reste entière, que faire de ces 36 millions d’individus maintenant ? Leur donner à manger, oui. De l’argent pour les plus demandeurs, oui aussi. Du commissariat pour les subversifs, oui encore. Les dissoudre dans de l’huile raffi née s’est avéré impossible, les tuer à petit feu par un diabète à base de sucre d’importation s’est aussi avéré délicat, tout comme les réduire à coups de matraque ou de gaz lacrymogène. Aujourd’hui, le Président, qui a énormément d’argent, un pays immense, des Chinois à la pelle, un DRS comme agent de sécurité et même de la pluie pour l’agriculture, se retrouve face à un seul problème, comment faire disparaître 36 millions d’habitants d’une terre qui lui appartient par un acte de propriété que l’armée lui a donné ? Logiquement, demander à l’armée de chasser ces indus occupants. On ne vend pas un terrain avec des gens dedans.
Par Chawki Amari
El Watan



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