Les vrais pirates

samedi 13 août 2011
par Chérif Abdedaïm

Aujourd’hui, les premiers chiffres commencent à arriver sur la situation en Somalie. Et prédisent une catastrophe de grande ampleur. Un chiffre pour rendre la réalité tangible. En seulement 90 jours, plus de 29.000 enfants sont morts à cause de la famine qui ravage actuellement le pays. La Food and Agriculture Organization (FAO) indique que sur 7.5 millions de Somaliens, 3.7 millions sont en situation de crise. Pour l’ONU, ce sont 3.2 millions de personnes qui ont besoin d’une assistance immédiate pour leur survie. Et près de 450.000 Somaliens vivent encore dans les cinq zones de famine. Aujourd’hui la Somalie a subi près de deux décennies de chaos et de conflit. Le pays avait commencé à apprécier une certaine stabilité dans la seconde moitié de 2006 lorsque l’Union des Tribunaux Islamiques (UTI) a pris le contrôle de Mogadiscio et d’autres parties du sud, après avoir vaincu les seigneurs de guerre. Après des années d’anarchie, l’UTI a travaillé pour apporter une certaine loi et l’ordre repose sur la mise en œuvre des aspects de la charia d’Allah. Chose insupportable pour les amerloques qui ont ordonné à leur mandataire, l’Éthiopie, d’envahir le pays pour retirer la Cour suprême des Tribunaux Islamiques (CSTI), conduisant ainsi plus d’un million de réfugiés au déplacement à la suite des combats. Alors que la famine causée par la sécheresse est un phénomène naturel, l’interférence étrangère a aggravé les problèmes de la Corne de l’Afrique. Bien que l’Occident, connu pour son hypocrisie, n’ait pas manqué d’intervenir partout dans le monde en dépensant des billions de dollars pour faire la guerre tout en tuant des milliers de civils, il a montré une négligence volontaire de la catastrophe humanitaire qui peut facilement être éliminée avec un coût plus faible que la somme des interventions militaires. Ce n’est pas la première fois que le monde voit des bébés affamés en Afrique ! La réponse des gouvernements musulmans n’a pas été meilleure : selon certaines sources, le Qatar, comble des combles, a importé 430 millions de dollars d’œuvres d’art à partir des seuls États-Unis durant les six dernières années ; ajouté à cela, un prolongement d’une ligne de crédit illimitée aux banques américaines durant la crise financière mondiale. Ces mesures ne contrastent-elles pas avec l’abandon de la Oumma de Somalie en temps de besoin ? Comble de l’ironie, quand les enfants périssent à cause de la malnutrition, les dirigeants musulmans sont trop occupés à enrichir les banques américaines. La famine en Afrique de l’Est est un problème pour tous les musulmans et la solution à ces problèmes réside dans leur réunification. Ceci permettra de mettre fin à l’ingérence étrangère une bonne fois pour toutes et de fournir les ressources nécessaires afin résoudre le problème des besoins de base des populations. Ceci est la principale raison de l’existence d’un État. C’est un échec moral que d’accepter la charité hypocrite de l’Ouest pour résoudre le problème de la faim, alors qu’en fait c’est le rôle de l’État d’y répondre.

Quand on crie au loup, il faut toujours accuser le fameux Guillot, berger de La Fontaine. Oui, messieurs, cette sécheresse et cette famine qui ont tant été médiatisées par les Occidentaux « compatissants » et partisans des guerres humanitaires ne sont en fait que les conséquences de cette même ingérence occidentale dont l’unique but est d’instaurer une nouvelle colonisation dans ce pays d’une importance stratégique majeure. La Somalie avait tout pour réussir, nous dit Mohamed Hassan, un spécialiste de la géopolitique et du monde arabe. Elle a une situation géographique avantageuse, du pétrole, des minerais et, fait plutôt rare en Afrique, une seule religion et une seule langue pour tout le territoire. La Somalie aurait pu être une grande puissance de la région. Mais la réalité est toute différente : famine, guerres, pillages, piraterie, attentats… Comment ce pays a-t-il sombré ? Pourquoi n’y a-t-il pas de gouvernement somalien depuis presque vingt ans ? Quels scandales se cachent derrière ces pirates qui détournent les navires ? Pourquoi et comment les puissances impérialistes ontelles appliqué en Somalie une théorie du chaos ? Beaucoup de questions qui tarauderaient l’implicite. Dans cette logorrhée, on alimente la lutte contre la piraterie pour mieux en occulter les vraies causes. Plutôt que de dire la vérité et payer des compensations pour ce qu’elles ont occasionné aux Somaliens (ce qui serait utopique), ces mêmes puissances criminalisent le phénomène afin de justifier leur position dans la région. Et sous prétexte de combattre la piraterie, l’Otan positionne sa marine militaire dans l’océan Indien. Et pourtant, cette piraterie a ses raisons profondes. Comment s’est-elle développée en Somalie ? Qui sont ces pirates ? Depuis 1990, il n’y a plus de gouvernement en Somalie. Le pays est aux mains de seigneurs de la guerre. Des navires européens et asiatiques ont profité de cette situation chaotique pour pêcher le long des côtes somaliennes sans aucune licence et sans respecter les règles élémentaires. Ils n’ont pas respecté les quotas en vigueur dans leurs propres pays pour préserver les espèces et ont employé des techniques de pêche – notamment des bombes ! – qui ont créé d’énormes dégâts aux richesses des mers somaliennes. Et ce n’est pas tout ! Profitant également de cette absence d’autorité politique, des compagnies européennes, avec l’aide de la mafia, ont déversé des déchets nucléaires aux larges des côtes somaliennes. Tout en étant au courant de la situation, l’Europe approuvait, du moment que cette solution présentait un avantage pratique et économique pour le traitement des déchets nucléaires. Cela a été d’une conséquence désastreuse pour les pêcheurs somaliens qui ne disposaient que de techniques rudimentaires. Que faudrait-il faire dans un tel cas ? Bien évidemment, se protéger et protéger son espace vital, à savoir leurs mers. C’est exactement ce que les Etats-Unis ont fait durant la guerre civile contre les Britanniques (1756 – 1763) : ne disposant pas de forces navales, le président Georges Washington passa un accord avec des pirates pour protéger les richesses des mers américaines. Alors, qui sont les vrais pirates ? En tout cas, pas les somaliens.

La Nouvelle République


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