Lettre ouverte au Ministre algérien du transport et au Président Bouteflika

Air Algérie et la souffrance éternelle de ses voyageurs !
Monsieur le Ministre, Monsieur le Président,
En tant qu’Algérien émigré en France, je m’adresse à vous ainsi qu’au peuple algérien, pour attirer votre attention et vous mettre en garde sur la destruction de la société « Air Algérie » dont les démolisseurs se trouvent en son sein (donc ils détruisent leur propre outil de travail !) Voici l’histoire que j’ai vécue moi-même (avec mon épouse et mes enfants) hier à l’aéroport de Marignane - malheureusement ceci n’est que la partie apparente de l’iceberg.
Par Chérif BOUDELAL
Ce vendredi 16 juillet 2010, mon épouse et mes enfants (comme beaucoup d’autres passagers) devaient prendre l’avion « Air Algérie » à 16h 40 (Marignane – Oran). Sauf qu’il y avait eu un « changement d’horaire », pour le moins incompréhensible, alors que beaucoup de gens n’en ont pas été avertis. On nous a annoncé que le départ sera effectué à 23 H au lieu de 16 H 40. La seule explication qui nous a été donnée était : « l’avion est en rotation » ! Une phrase apprise par cœur et répétée inlassablement par les « exécutants ».
Un repas froid (et un petit gobelet d’eau !) ont été distribués aux voyageurs (qui mangent à même le sol dans le hall ou à l’extérieur). A 23 H on nous a annoncé que l’avion est encore à Oran et n’arrive à Marignane que 2 H après (c’est-à-dire à 1 H du matin), et son départ sera à 2 H. Les voyageurs commencent à passer le contrôle de la police de l’air et de la douane à une heure du matin. Une fois dans la salle, ils ont attendu encore trois autres heures avant d’embarquer à quatre heures, et arriver à Oran deux heures plus tard.
Un chef de service invisible
Monsieur le « chef de service » à qui l’agent « exécutant », impuissant, a téléphoné plusieurs fois pour lui dire que les voyageurs s’impatientent et le réclamaient pour leur donner des informations exactes, n’a pas trouvé utile de se déplacer ! Et le malheureux agent qui ne trouvait pas quoi dire pour répondre à nos questions, nous disait qu’il risquait sa place s’il donnait d’autres informations que ce que les responsables lui ont dit de dire ; et ce dernier ne s’est pas empêché de compatir avec les voyageurs qui exprimaient leur colère qui ne comprenaient pas pourquoi ce « chef de service » ne voulait pas venir parler avec eux, en leur disant : « Oui, c’est une honte ! »
Ceci nous amène à demander à Monsieur le Ministre de tutelle, à Monsieur le Président de la République et aux « responsables compétents ? » d’Air Algérie, de chercher ce qu’il y a derrière ces « rotations » et de nous l’expliquer à travers la presse. A défaut, ils ne doivent pas être étonnés d’être considérés par les citoyens comme des complices eux-mêmes. Car les citoyens ont besoin qu’on leur explique chaque dysfonctionnement des services de l’Etat dont ils sont victimes ; comme ils exigent que les fraudeurs soient sévèrement sanctionnés. Ceci est dans l’intérêt de ceux qui font leur travail de façon intègre de clarifier les ambiguïtés existants pour qu’il n’y ait pas d’amalgame entre ceux qui méritent leurs salaires et ceux qui ne les méritent pas.
Cette affaire nous rappelle, malheureusement, d’autres dysfonctionnements et escroqueries des services de cette société qui devrait être la fierté de l’Algérie à l’étranger, puisqu’elle dessert tous les pays du monde, et par conséquent elle est l’« ambassadeur » de l’Algérie. Oui, au lieu de nous doter de cette fierté, Air Algérie est devenue la honte de tous les Algérien à l’étranger, puisque ce genre de problème est devenu presque banal dans tous les aéroports - du moins les aéroports de France que nous connaissons le mieux, dont les souffrances subies par les voyageurs d’Air Algérie sont aussi grandes et montrent le caractère destructeur de ceux qui commettent ce genre de pratiques immorales.
Ces dysfonctionnements et escroqueries sont devenus tel un virus dont la contamination ronge tout le corps, lequel virus nous paraît incurable tant que la corruption fait loi en Algérie. Aujourd’hui comme hier, nous avons entendu plusieurs personnes jurer de ne plus jamais prendre Air Algérie ! Et c’est la majorité écrasante des Algériens de l’émigration qui, s’ils ne sont pas obligés de prendre Air Algérie, ne la prennent pas à cause de ces dysfonctionnements et escroqueries provenant d’un réseau mafieux et d’incompétents salissent leurs collègues qui font honnêtement leur travail. La réalité amère est là et nous laisse un goût acerbe. Nous aurions aimé nous montrer fiers de cette société nationale qui porte le nom de notre pays ; le pays des un millions et demi de martyrs qui, malheureusement, souillé par la corruption d’une bureaucratie malsaine et sans morale.
Une gangrène difficilement curable
Pendant toutes les périodes des vacances et des fêtes (comme Aïd El-Adha) beaucoup d’émigrés algériens rentrent passer quelques semaines avec leurs familles en Algérie, mais ils se heurtent à des problèmes énormes. Des problèmes parfois plus graves puisqu’il s’agit d’escroquerie en plein jour : des gens se voient réclamer des sommes importantes à l’aéroport pour pouvoir prendre l’avion, alors qu’ils ont déjà payé leurs places en plein tarif ! Certains voyageurs cèdent et paient, mais ceux qui refusent ou ne peuvent pas payer la corruption doivent attendre dont certains passent plusieurs nuits à l’aéroport avec leurs enfants ! Et souvent les avions partent avec 10, 15, voire 20 places vides, alors qu’on a refuse d’embarquer les gens qui ne paient pas le « supplément » !
Les hauts responsables d’Air Algérie ne peuvent pas ignorer ces dysfonctionnements. Et s’ils prétendent les ignorer, ils avouent qu’ils ne font pas leur travail comme il se doit. C’est une gangrène difficilement curable. Ces prédateurs savent que la colère des gens ne va pas plus loin que l’aéroport, car ils ne protestent pas auprès de la haute hiérarchie telle le ministère de tutelle, voire la présidence de la République elle-même, comme nous l’avons déjà fait à deux reprises par le passé, et nos protestations n’ont pas été vaines. Espérons que celle-ci ne le sera pas non plus.
Imaginez des familles avec leurs enfants, souvent de bas âges dont certaines d’entre elles étaient arrivées le matin, car elles habitent à 150, voire 200 KMS de l’aéroport ! Les gens dormaient à même le sol avec leurs enfants. Une honte pour le pays. Oui, c’est une honte pour notre pays que les autorités laissent persister, car ceux qui sont censés veiller sur le bon fonctionnement des services d’Air Algérien, et donc de l’Etat, à l’instar de ce chef de service qui a refusé de se déplacer pour parler aux voyageurs, sont corrompus jusqu’au trognon. Comme dit le vieil adage populaire de chez nous : « La canne est tordue de la tête ». Espérant que le peuple la redressera un jour.
Chérif BOUDELAL - le 17 juillet 2010
Contact : immigrationstorys@yahoo.fr



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