Lettre ouverte aux députés des pays de l’Union européenne, mais aussi au reste de l’humanité

Mesdames et Messieurs les députés, Voici (ci-dessous et en pièce jointe) une lettre, en français et en anglais, d’un prisonnier palestinien qui devrait vous interpeller pour plusieurs raisons majeures :
1) En tant que représentants de vos peuples qui vous ont élus sur la base des valeurs que vos institutions ont choisies comme étant leurs devises 2) Si Israël se permet de vanter son arrogance et son cynisme sans se cacher, en piétinent tous les droits de l’Homme et résolutions internationales, c’est grâce au silence des uns et la collaboration des autres.
4) C’est grâce au soutien apporté par vos gouvernements à cet Etat de l’apartheid que le peuple palestinien souffre de traitement inhumains depuis 1948.
Ce rappel à la raison ne signifie pas que l’on vous demande de prendre position pour le peuple palestinien et contre Israël, mais d’être logiques avec vous-mêmes. C’est vrai que le traumatisme du génocide nazi contre les juifs reste dans les mémoires et culpabilise beaucoup de gens, notamment ceux dont les régimes avaient collaboré avec le nazisme. Mais, est-ce que cela justifie le silence sur le même traitement fait aux palestiniens par ceux qui se disent descendants de ces mêmes victimes du nazisme ? A vous de vous libérer, Mesdames et Messieurs, de cette culpabilité et d’œuvrer plutôt pour le triomphe de la Justice dans le monde, sans aucune discrimination « positive ou négative » entre les victimes et entre leurs bourreaux. Ayez à l’esprit qu’aucun individu ou peuple ne doit se sentir responsable de ce que ses ancêtres ou ses gouvernants ont commis comme injustice ou crimes ; mais il est exclusivement responsable de ce qu’il a fait lui-même ; il porte aussi une responsabilité lorsqu’il observe le silence sur des crimes commis. Tel est le cas pour ce qu’Israël a commis et commet comme crimes de guerre ou crimes contre l’humanité à l’encontre des Palestiniens, au su et au vu de tous, sans qu’aucune sanction, ni même une menace de sanction n’ait été prise à l’encontre de cet Etat raciste et xénophobe. Le silence est une forme de complicité, et donc condamnable par la loi dans les sociétés considérées comme « Etats de droit » comme les vôtres, aussi bien par la morale que par les lois humaines. Les lois de ces Etats ne disent-elles pas que la non assistance à personne en danger (donc à peuple en danger) est condamnable par la loi ? Libérez-vous donc, et ne soyez pas complices des crimes d’Israël. Même si on se sent protégé aujourd’hui, ce n’est pas si sûr qu’on puise l’être demain. Le sort des collabos du nazisme et de ceux qui ont observé le silence en témoigne ; que l’on soit directement ou indirectement responsable, l’Histoire n’oubliera personne. Ces exemples devraient servir de leçons à chaque être humain sur Terre pour dire « Non » ! « Plus jamais ça » ! Ni collaboration ni silence ne doit échapper à la sanction.
Chérif BOUDELAL (Collectif Paix Comme Palestine) – France
Lettre d’Ameer Mahkoul depuis la prison de Gilboa
[Palestine occupée]
« J’ai beaucoup d’énergie pour lutter »
Ce qui suit est un extrait d’une lettre d’Ameer Makhoul, prisonnier politique palestinien et membre éminent de la société civile palestinienne. Elle a été écrite en réponse à une carte envoyée par un des journalistes de « Electronic Intifada », Adri Nieuwhof, carte postale qui représentait un phare. Citoyen d’Israël Makhoul a été arrêté chez lui le 6 Mai 2010 et mis à l’isolement pendant 12 jours après son arrestation ; il ne pouvait recevoir aucune visite, ni de sa famille ni des avocats. Le gouvernement israélien a porté contre Makhoul des accusations « d’espionnage et de collaboration avec l’ennemi en temps de guerre », accusations montées de toutes pièces. AMeer Makhoul a déclaré que durant cette période les autorités israéliennes l’ont soumis à des interrogatoires très durs, entraînant pour lui des dégâts physiques et psychologiques. Le mois dernier Makhoul a accepté un accord pour éviter un emprisonnement de très longue durée et risque maintenant une condamnation de sept à dix ans.
Le phare, « al-manar » en arabe, est une inspiration. Ici, en prison, j’ai bâti un phare. Je l’ai bâti dans mon esprit car je ne peux le bâtir dans l’espace, mais mon esprit m’appartient totalement. Le phare est devenu partie intégrante de ma vision et de mon rêve de liberté et de dignité humaine. Le phare est hors de la prison alors que le rôle de l’ancre est d’être enracinée et sûre. En fait, j’ai besoin des deux : du phare pour donner une direction à ma vision, et de l’ancre pour comprendre où je suis actuellement. J’ai besoin d’équilibre et de réalisme pour agir dans une réalité totalement déséquilibrée. J’ai besoin de défi et de changement. J’ai besoin et nous avons besoin de changement. L’ancre est nécessaire pour agir. Le phare éclaire et direction, le but à atteindre.
Ce n’est pas facile d’avoir ces deux éléments, surtout pour les « nouveaux » prisonniers de la liberté. Je suis considéré comme un nouveau prisonnier et pourtant cela fait presque six mois que je suis en prison. Plusieurs prisonniers sont ici depuis 23 ou 28 ans. Donc, je suis plutôt nouveau ici, mais pour moi, chaque jour est très long et comporte beaucoup de souffrance et de réflexion sur ce que c’est qu’être palestinien sur ma terre natale. Etre reconnu innocent n’est pas absolument acceptable par le tribunal. Des milliers de cas sont là pour prouver que le nombre et le taux de palestiniens relâchés parce qu’innocent est égal à zéro. Les Palestiniens sont coupables : voilà la seule option possible. La Shabak a surveillé et enregistré 30 000 de mes coups de téléphone. Ils ont surveillé mes mails, Skype, internet et tous les moyens de communication électroniques. Et pourtant ils ont déclaré au tribunal qu’ils n’avaient aucune preuve matérielle.
D’après mon expérience et les études sur les 7000 prisonniers palestiniens détenus dans les prisons israéliennes. Que le Shabak [Le Shabak est le service de sécurité intérieure d’Israël] n’ait pas de preuve ne signifie pas l’innocence des accusés. Ils ont [les Israéliens] leur arme secrète, qui est la soi-disant « preuve secrète ». Ils la présentent aux juges mais ni mes avocats ni moi n’avons le droit de savoir de quoi il s’agit. Le système israélien ne blâmera jamais l’Etat ou le Shabak, mais blâmera leurs victimes palestiniennes. Les statistiques montrent que sans accord avec le procureur général la peine de prison peut être doublée. Alors le manque de preuves n’est pas la voie de la liberté. Israël n’autorisera jamais la cour à me déclarer innocent. D’un autre côté, chaque réfugié palestinien qui a des amis ou des relations de travail dans le monde arabe est potentiellement considéré comme ce qu’ils appellent « un agent de l’étranger ». Le rôle de l’Etat est d’accuser, le rôle de la victime est d’expliquer, voire de prouver qu’il ou elle est innocent. J’ai tant d’amis et de relations dans tout le monde arabe et parmi les gens dans ma terre natale et dans la « diaspora »… Je n’ai pas d’illusions mais j’ai beaucoup d’énergie pour lutter pour la liberté et la dignité.
Objet : Letter from prison : I have a lot of energy to struggle
Letter from prison : I have a lot of energy to struggle Ameer Makhoul writing from Gilboa prison, Live from Palestine, 29 November 2010
Ameer Makhoul (Adri Nieuwhof)
The following is an excerpt from a letter by Palestinian political prisoner and civil society leader Ameer Makhoul, written in response to a postcard featuring an image of a lighthouse sent by The Electronic Intifada contributor Adri Nieuwhof. A citizen of Israel, Makhoul was arrested in his home on 6 May 2010 and held in isolation and refused a meeting with his lawyers or family for 12 days following the arrest. The Israeli government indicted Makhoul with trumped-up charges of espionage and assistance to the enemy in a time of war, which carries a life sentence. According to Makhoul, during that time the Israeli authorities used severe interrogation methods that caused him both psychological and physical harm. Last month Makhoul agreed to a plea deal to avoid lengthy imprisonment and now faces a maximum sentence of seven to ten years.
The lighthouse, al-fanar in Arabic, is an inspiration. I have built a lighthouse here in jail. It has been built in my mind because I am not allowed to use the space, but my mind is totally mine. Al-fanar became part of my vision and dream for freedom and human dignity. The lighthouse is out of prison, while the role of the anchor is to be rooted and safe. In fact, I need both — al-fanar to give direction to my vision, while the role of the anchor is to understand where I currently am. I need to be balanced and realistic to act within a totally unbalanced reality. I need to challenge and to change. I need, and we need to change. The anchor is needed in order to act. The lighthouse shows how and where and for what.
It is not easy to have both elements, especially to "new" prisoners of freedom. It is defined as new but it is almost half a year that I have been in prison. Several prisoners have already been here 23 to 28 years. So I am relatively new here, but for me every day is a lot of time, with a lot of suffering and reflecting on the reality of being Palestinian in my homeland.
To be proven innocent is totally not accepted by the court. Thousands of cases show that both the rate and the number of Palestinians who have been released as innocents is zero. Palestinians are guilty, it is the only option. The Shabak [Israel’s internal intelligence agency, also known as the Shin Bet] monitored and recorded 30,000 of my telephone calls and those in relevant circles ; in addition they surveilled all email, Skype, Internet and electronic media. Yet they declared in the court that they have no material evidence.
Based on my experience and on the findings regarding 7,000 Palestinian prisoners in Israeli jails, the Shabak having no evidence does not mean the end of the game. They have their secret weapon, which is the so-called "secret evidence." They present it to the judges, but neither me nor my lawyers are allowed to know what it is about. The Israeli system will never blame the state or the Shabak, but will blame their Palestinian victims.
Statistics and experience show that without a deal with the attorney general the sentence would be double the length ! So the lack of evidence is not the road to freedom. Israel will never allow its court to declare me as innocent. On the other hand, every Palestinian refugee of Arab friend or partner in the Arab world is potentially considered a so-called "foreign agent." The state’s role is to blame and the victim’s role is to explain, even to prove that he or she is innocent. I have so many friends and partners all around the Arab world and among people in the homeland and diaspora. I have no illusions, but I have a lot of energy to struggle for freedom and dignity.



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