MALIKA GAÏD LA MARTYRE, ne touchons pas aux icônes !

samedi 28 août 2010
par BENKAM

« Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie. Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau. Toute gloire près d’eux passe et tombe éphémère ; Et comme ferait une mère, La voix d’un peuple entier les berce en leur tombeau. » Victor Hugo

Un article d’El Watan relayé par des sites Internet nous apprend qu’une débaptisation d’une école a eu lieu. Quoi de plus normal dans l’anomie actuelle ? La personnalité débaptisée et du même coup démonétisée est Malika Gaïd, morte les armes à la main à 24 ans. Nous lisons le cri du coeur : « C’est un homme en colère qui nous a contactés hier au siège de la rédaction pour nous dire son indignation et son incompréhension Cet homme s’appelle Gaïd Tahar, ancien moudjahid, ancien ambassadeur, écrivain, islamologue.

Il nous a fait part de sa perplexité devant un fait qui l’a complètement abasourdi. « A El Harrach, on a débaptisé un CEM qui portait le nom de la moudjahida Malika Gaïd, pour lui substituer celui du chanteur Dahmane El Harrachi. Ce n’est pas parce que Malika est ma soeur que je suis outré par un tel acte, car Malika appartient au patrimoine national. Elle a incarné le sacrifice suprême et elle est tombée au champ d’honneur. »1.

Qui est Malika Gaïd ? C’est avant tout une Algérienne, de ces Algériennes avec un caractère trempé qui, reniant le confort relatif d’une vie familiale, renonçant à sa jeunesse ou plutôt la sacrifiant, décide de répondre à l’appel de la liberté pour son pays. Malika Gaïd est une martyre de la guerre d’Algérie née en 1934 à Belcourt et dont la famille est originaire de Timenguache, un village de Beni Yaâla, près de Guenzet, dans la wilaya de Sétif. Elle est une des figures de la résistance des femmes durant la Révolution algérienne. Elle est parmi celles qui ont sacrifié leur jeunesse pour un idéal de liberté, de justice et de dignité. Incorporée dans les rangs de l’ALN en tant qu’infirmière, elle mourut les armes à la main dans une grotte-hôpital dans la région de Iwakouren pres de M’chedallah. Un ouvrage intitulé Ange de Lumière retrace sa vie. Malika Gaïd est le nom qu’a pris, à l’indépendance de l’Algérie en 1962, le Lycée de jeunes filles à Sétif. Malika Gaïd est un symbole de l’homme et de la femme algérienne, combattante, résistante, révolutionnaire. C’est grâce à toutes les moudjahidate et moudjahidine morts au combat que l’Algérie a acquis son indépendance. Il est de ce fait incompréhensible que l’autorité qui a pris sur elle de démonétiser Malika Gaïd - si les faits sont avérés - l’ait fait sans avoir eu les autorisations nécessaires des ministères des Moudjahidine, de la Culture, et de l’Education nationale. En débaptisant les édifices qui portent des noms des maquisards morts pour ce pays, le peuple risque de les oublier. Est-ce une entreprise délibérée, Non ! Je ne crois pas ! On dit que la bêtise humaine est celle qui rend le mieux la notion de l’infini. Malika Gaïd fait partie du Panthéon national, elle est dans le cœur de tous les Algériens libres elle n’a pas besoin d’un lycée pour mettre à l’abri son grand sacrifice et le surpassement de soi. C’est très bien d’honorer Dahmane. Mais pourquoi déshonorer Malika ? Je suis sûr que cela aurait révolté Dahmane lui-même. Pourquoi n’avoir pas donné son nom à un nouvel établissement, à une nouvelle université, à un musée, un théâtre ? Débaptiser un établissement, et effacer le nom qu’il portait sur son fronton, et dans la mémoire de ceux qui l’ont fréquenté ou connu, procède d’une volonté délibérée de déshonorer une mémoire, et sans le vouloir peut-être d’humilier les proches de cette résistante compatriote, qui a donné sa vie pour nous. La personne qui a initié cette véritable forfaiture, a indirectement cherché à tuer Malika Gaïd pour la seconde fois. Qui décide d’une baptisation ? Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Comment peut-on se déjuger à ce point, il y a en l’occurrence un procès à faire à l’incurie ? Malika Gaïd a-t-elle trahi pour ne pas mériter un modeste CEM ? Combien d’hommes et de femmes illustres méritent que leur nom soient au Panthéon ? Quelle est la règle du jeu ? Comment peut-on réfléchir à moraliser les appellations. Nous en sommes encore aux combats d’arrière-garde. On se souvient que du temps de la colonisation, chaque commémoration donnait lieu à une stèle et par exemple dans les lycées, elles étaient plaquées au mur et étaient regardées avec un certain respect. Pour l’histoire, j’avais proposé que toutes les débaptisations devaient se faire dans les règles, tous les Lavigerie, Rovigo, Saint Arnaud, Montagnac, Canrobert qui ont tant fait souffrir nos ancêtres on doit à la face du monde leur lever des stèles ou on rapporte en honnêtes courtiers et sans haine, dans la sérénité la plus totale, leurs faits d’armes, leurs enfumades, leur prosélytisme forcené au besoin. C’est une façon de les juger devant l’histoire et pour tous ceux qui pensent encore à « l’œuvre positive de la colonisation ». Dans ce genre de choses, l’amateurisme ne doit pas avoir cours, s’il est vrai que dans l’euphorie de l’indépendance il y a avait la joyeuse pagaille. 50 ans ont passé, le désordre est passé de mode, le monde nous regarde. Nous devons plus que jamais être cohérents. Si les faits sont avérés, il y a en l’occurrence un vaste dysfonctionnement. Tous les départements ministériels concernés devraient répondre de cela (la culture, l’éducation, les moudjahidine…).

Attention aux symboles Pourquoi avoir substitué celui d’une moudjahida, n’y a-t-il pas d’autres écoles qui peuvent être baptisées du nom de Dahmane El Harrrachi ? Et pourquoi cette reconnaissance tardive et uniquement à El Harrachi ? Nous sommes nombreux à apprécier le grand Dahmane El Harrachi avec sa voix rocailleuse et ses textes de qualité, c’est le Georges Brassens algérien. Pourquoi pas un institut au nom d’El Anka ? Il me semble que les femmes et les hommes qui méritent d’être des symboles ne devraient pas voir leurs noms attachés à un quartier, une ville ou une région. Ils devraient transcender cela. A moins de poursuivre un partage tacite et invisible des symboles, globalement chaque région compte ses billes, baptise les siens… Ainsi, à ma connaissance et à titre d’exemple, il n’y a pas de baptisation de Mouloud Mammeri en dehors de la Kabylie. Un autre exemple, dans l’enseignement supérieur, nous n’avons encore pas vu d’établissement au nom de personnes illustres qui ont servi fébrilement la flamme de la science et de la connaissance loin du m’as-tu-vu et des gens bien en cours. Les exemples sont légion pour ces moudjahidine de la plume (Professeurs Aoudjhane, Ouabdesslam, Lacheraf… et tant d’autres). De ce fait, il est dangereux pour la société de remettre en cause des références et symboles constitutifs de la nation. En détricotant - peut être d’une façon non intentionnée - la trame de l’identité du peuple qui se reconnaît à travers ses repères identitaires, nous allons accentuer l’errance identitaire. Est-ce cela qui est voulu ? Au moment où les pays à même maturité consolident leurs invariants, nous, en Algérie, on remet tout en cause ! En fait, nous payons le prix de l’approximation pour n’avoir pas écrit notre histoire dans sa dimension récente d’une façon apaisée. L’histoire de la Révolution algérienne est à faire. Car ce que nous avons en face de nous et ce que nous faisons ingurgiter à nos enfants, c’est une compilation de faits et de méfaits imposés par les pouvoirs successifs et non une histoire généreuse, reconnue, consolidée et faisant l’objet d’un large consensus qui, véritablement, contribue à ce désir de vivre ensemble qui pour répéter cette belle phrase d’un historien français : « Vouloir être une nation est un plébiscite de tous les jours. » Un feuilleton comme Mostefa Benboulaid a fait beaucoup de bien, il a réellement été porteur d’une certaine idée généreuse de la Révolution. Il faut le savoir, la plupart des révolutionnaires avaient moins de trente ans. D’autre part, tous les grands pays donnent des ancrages universels à leurs symboles. Verra-t-on un jour un institut du nom d’Einstein, ou plus simplement d’Ibn Khaldoun que nos voisins tunisiens apparemment plus futés que nous, monopolisent… ? Ce fait apparemment anodin est symptomatique d’une lame de fond qui consiste à tout remettre en cause pour imposer un nouvel ordre. Malika Gaïd restera toujours une martyre et la débaptisation inexplicable n’enlève rien au respect de la mémoire des Chahids qui sont morts sans avoir goûté les fruits de la liberté.

1.Débaptisation d’un CEM à El Harrach Dahmane El Harrachi à la place de Malika Gaïd. El Watan, 23 août 2010

Pr Chems Eddine CHITOUR

L’Expression


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Réactions

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mardi 30 novembre 2010 à 11h30, par  BENKAM

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invité(e) Posté le : 28/08/2010 15:22 Mis à jour : 28/08/2010 15:29
Re : MALIKA GAÏD LA MARTYRE, ne touchons pas aux icônes !
"..A El Harrach, on a débaptisé un CEM qui portait le nom de la moudjahida Malika Gaïd, pour lui substituer celui du chanteur Dahmane El Harrachi.."
C’est grave et les responsables de cet acte méritent d’étre juger.C’est súr que le chanteur Dahmane mérite une reconnaissance mais pourquoi au détriment d’une martyre ??

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invité(e) Posté le : 28/08/2010 16:00 Mis à jour : 28/08/2010 16:19
Re : MALIKA GAÏD LA MARTYRE, ne touchons pas aux icônes !
pourquoi ne pas baptiser, une maison de la culture au nom de dahmane el harrachi et laisser le nom de malika GAID a ce lycée.dans d’autre pays pour débaptiser un lieu ,il faudrait toute une loi. et chez nous malheureusement ,un chef de daira decide comme il veut.ou est l’organisation des moudjahidine ou sont les moudjahidines ? ALLAH YASTARNA

SALAH

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invité(e) Posté le : 28/08/2010 16:05 Mis à jour : 28/08/2010 16:19
Re : MALIKA GAÏD LA MARTYRE, ne touchons pas aux icônes !
Quand on sait qu’aucune rue ni édifice ne porte le nom de Ferhat Abbas dans la capitale, on se pose des questions.
On a baptisé des rues et édifices dans l’anarchie. Il est vrai qu’il faudrait un jour revoir tout ça, mais pas un chanteur au détriment d’une moudjahida. D’ailleurs le nom d’un lieu d’enseignement devrait pour le mieux porter le nom d’un homme de Lettres, d’un scientifique…Un homme ou une femme qui a eu un parcours universitaire en somme, et qui serait un repère pour les élèves.Pour un chanteur il y aurait mille lieux de la culture pour rendre honneur à sa carrière. Quand on pense que Dahmane El Harachi est mort dans la misère !

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invité(e) Posté le : 28/08/2010 16:16 Mis à jour : 28/08/2010 16:19
Re : MALIKA GAÏD LA MARTYRE, ne touchons pas aux icônes !
Il ont fait la meme chose récemment concernant le grand militant nationaliste Benkhedda. El-Watan lui a consacré un article intitulé ; "Oseront-ils retirer le nom de Benkhedda du fronton de l’université d’Alger ?"

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invité(e) Posté le : 28/08/2010 17:27 Mis à jour : 28/08/2010 17:32
Re : MALIKA GAÏD LA MARTYRE, ne touchons pas aux icônes !
le maire est entièrement responsable des effets de cet acte. la baptisation se fait par délibération du conseil municipal, dument approuvée par le wali, et la débaptisation doit répondre à cette formule administrative, conformement au pricipe de parallélisme des formes et de procédures. De nos jours, il ne faut s’étonner, quand nos maires sont beaucoup plus préoccupés par le couffin du Ramadhan. saha Ramdankoum.

Auteur Conversation
invité(e) Posté le : 28/08/2010 17:31 Mis à jour : 28/08/2010 17:33
Re : MALIKA GAÏD LA MARTYRE, ne touchons pas aux icônes !
Ca ne m’etonne pas vu le nombre d’imbéciles qui squattent nos edidices publics , nos administrations, ainsi que nos institutions qu’on appelle fonctionnaires.Pour vous cité un exemple le nom d’une rue à sidi bel abbes qu’on a baptisé joulan en arabe qui veut dire Golan mais qui est ce golan si ce n’est un général qui a conquis le plateau Syrien et qui est annexé par Israël.Chercher la personne à l’origine de ce nonm de rue et vous trouverez un sioniste caché.

HAMIDOU.

Auteur Conversation
invité(e) Posté le : 28/08/2010 19:02 Mis à jour : 28/08/2010 19:14
Re : MALIKA GAÏD LA MARTYRE, ne touchons pas aux icônes !
Ici même à Jijel, beaucoup de martyrs de la révolution originaires de la ville de Jijel sont ignorés et occultés. Et on baptise des édifices aux noms de martyrs d’autres contrées !
Quelle est la règle du jeu ?

Auteur Conversation
invité(e) Posté le : 28/08/2010 21:30 Mis à jour : 28/08/2010 22:16
Re : MALIKA GAÏD LA MARTYRE, ne touchons pas aux icônes !
L’un des pères de la révolution feu Lakhdar BENTOBBAL……a été négligé par le gnome qui s’est fait représenter par un membre de la monarchie….alors pourquoi s’étonner que l’on débaptise un lycée du nom d’un moudjahida pour celui d’un petit chanteur…..bientôt on verra d’autres bétises sortira …..jijel n’a jamais fourni de moudjahidine ou de martyrs pour ceux qui dirigent de pays…..Elle n’a fourni que ceux de la dernière décennie selon les experts de ce pays à la dérive….pourquoi ne pas emboiter le pays aux kabyles et demander une autonomie notre wilaya à tous les atouts pour y réussir ce détachement….il y a l’exemple des basques, des catalans etc….Un snipper

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Kutama Posté le : 28/08/2010 22:39 Mis à jour : 28/08/2010 22:54
Régulier

Inscrit le : 20/12/2009
De :
Envois : 50 Re : MALIKA GAÏD LA MARTYRE, ne touchons pas aux icônes !
Je me demande où est passé le ministère des moudjahidines, les organisations des fils de chouhadas et toutes les autres organisations appartenant aux "ayants droits". Pourquoi ces organisations ne se manifestent que pendant les élections ? N’est-ce pas l’un des grands révolutionnaires algériens en l’occurrence Benmhidi a dit : « si on avait à mourir défendaient nos mémoires » ? L’Algérie n’est pas seulement une vache à traire, l’Algérie c’est la dignité, et la dignité de cette dignité, bien évidemment, sont nos martyrs.

Auteur Conversation
invité(e) Posté le : 28/08/2010 22:40 Mis à jour : 28/08/2010 22:54
Re : MALIKA GAÏD LA MARTYRE, ne touchons pas aux icônes !
Qui est l’ennemi de nos martyrs ? bien sûr se sont les harkis. Celui qui a pris cette décision ne doit etre qu’un de ces harkis qui pullulent dans les institutions de l’Etat.

Auteur Conversation
invité(e) Posté le : 29/08/2010 01:56 Mis à jour : 29/08/2010 02:23
Re : MALIKA GAÏD LA MARTYRE, ne touchons pas aux icônes !
il ne faut pas oublier aussi la débaptisation d’un lycée a guelma du nom des fréres RAHABI.par vengence ,a l’ancien ministre et rebelle a/aziz RAHABI qui a voulu tenir tete a notre président.

Auteur Conversation
invité(e) Posté le : 29/08/2010 09:23 Mis à jour : 29/08/2010 13:06
Re : MALIKA GAÏD LA MARTYRE, ne touchons pas aux icônes !
demander une autonomie notre wilaya

Et instaurer des visas d’entrée pour nos compatriotes tebessis et msilis

Auteur Conversation
invité(e) Posté le : 29/08/2010 17:11 Mis à jour : 29/08/2010 17:16
Re : MALIKA GAÏD LA MARTYRE, ne touchons pas aux icônes !
Citation :
Et instaurer des visas d’entrée pour nos compatriotes tebessis et msilis

C’est malsain ce type de commentaire sous l’image d’une glorieuse martyre, tombée au champ d’honneur pour que vive l’Algérie de nous tous.
sahha ftorkom.

Auteur Conversation
invité(e) Posté le : 30/08/2010 09:48 Mis à jour : 30/08/2010 12:17
Re : MALIKA GAÏD LA MARTYRE, ne touchons pas aux icônes !
"demander une autonomie notre wilaya"
je suis prêt d’abandonner Alger pour retrouver ma
terre natale à Bénifoughal

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