Malek Bennabi parle du "génial Ibn Khaldoun"

mercredi 1er juin 2011
par BNIBRAS

Il y a plusieurs siècles, un monument de la pensée islamique a voulu secouer la conscience musulmane en lançant un cri d’alarme. Ibn Khaldoun, était le témoin de troubles politiques qu’il a vécus en homme de cabnet sous différent règnes. Il était témoin surtout de la décomposition sociale et des signes qui indiquent que le danger ne menaçait pas l’ordre politique mais plutôt l’ordre social, c’est-à-dire l’entité civilisationnelle, elle même.

A près avoir brossé avec brio un tableau aux couleurs sombres et pathétiques, les couleurs d’une

société dans laquelle il vivait, il a écrit, alors qu’il vivait à l’intérieur de la citadelle de Béni Salem, non loin de Constantine : « On dirait que le Machrek (le Levant) est atteint du même symptôme que celui du Maghreb (le Couchant) mais proportionnellement à son urbanité et corrélativement à celle-ci. On dirait que l’univers appelle au raidissement et au repli ». Ces propos sont plus graves encore que ceux prononcés par André Malraux. Ils sont plus clairs et plus explicites et dévoilent un sentiment plus précis et une conception plus claire des circonstances que traversait à l’époque la société musulmane. Il voulait faire entendre à ses contemporains la voix de l’univers sans que personne ne lui prêtasse attention. Il avait raison dans sa perception pessimiste par laquelle il nous a brossé le tableau.

Je voudrais, ici et en cette occasion, remercier notre cher frère le Dr Ali Abdelouahad Wafi qui nous a permis de redécouvrir la précieuse « Moquadîmât Ibnaldoun », puisée dans notre patrimoine, dans sa forme et son contenu.

Les siècles se sont succédés et le monde musulman s’est assoupi dans un long sommeil. C’est l’époque qu’il m’a semblé pertinent d’intituler l’ère pos almohadienne, clans mon étude : « vocation de l’Islam ». Une ère qui a vu le foisonnement des maux dans le monde musulman et qui ont conduit à la colonisation.

Je regrette beaucoup de ne pas avoir préservé un document qui était en ma possession. Il s’agit d’une étude historique consignée dans un livre et qui relate comment à la fin du XVIe siècle, Philippe II, roi d’Espagne, a dépêché un ambassadeur au Maroc pour suivre de près la situation. Il lui a fait parvenir ce qu’on peut désigner dans le langage de nos jours, un rapport. Après avoir observé, contacté, vécu, pratiqué ou écouté en sa qualité d’envoyé, il lui y avait écrit cette phrase étrange : « …C’est comme si la Providence prépare les choses à mon maître ». Il voulait lui dire dans l’expression de notre époque : les circonstances préparent la voie à l’avènement du colonialisme.

Cette supposition n’est ni géniale ni étrange, c’est une interprétation réaliste des choses telles que perçues par l’envoyé espagnol. Le génial Ibn Khaldoun, son prédécesseur, l’avait augurée dans son

ouvrage. Il avait lancé son appel un siècle avant la chute de Grenade et le départ des musulmans de la terre d’Andalousie et un siècle après la chute de Bagdad, la capitale du califat, sous les coups des hordes et des chevaux de Hollokô. Il ne se doutait pas alors qu’il rédigeait ses lignes, ici, aux environs de Constantine, qu’il allait lui aussi, être nommé ambassadeur dont la mission était d’aller demander au despote Tamerlan, comme il l’avait qualifié lui-même, la grâce pour les habitants de la ville.

Les siècles se succédèrent et, comme l’avaient prédit aussi bien Ibn Khaldoun que l’ambassadeur de Philippe II au Maroc, des centres de colonisation portugais et espagnols commencèrent à se créer sur l’axe Tunis, Alger et Marrakech, avant l’arrivée des Français.

EXTRAIT de la conférence donnée par Bennabi à constantine Aout 1970/

Traduction N.E.Khendoudi


Documents joints

Malek Bennabi /Le génial Ibn Khaldoun
Malek Bennabi /Le génial Ibn Khaldoun

Noter cette article :
bottom

Réactions

tonimage tonimage

Top Articles