Medelci l’a assuré à Juppé, “L’Algérie n’a pas fourni d’armes à Kadhafi”

Les assurances de Mourad Medelci à son homologue français, au cours d’une conversation téléphonique, interviennent en réponse à la nouvelle charge du Conseil de transition libyen qui accuse l’Algérie de se mettre aux côtés de Kadhafi.
Entre Alger et Paris, le courant ne semble pas pouvoir passer sans un accès de tension. Le contact à peine rétabli que de nouvelles étincelles jaillissent, laissant poindre une crise majeure. Elle découle de la situation en Libye où la France conduit une “croisade” contre le colonel Kadhafi quand l’Algérie refuse de prendre position pour l’une ou l’autre partie s’attirant les foudres de la rébellion. Elle l’accuse de fournir des armes et de transporter des mercenaires pour le compte de Kadhafi.
Les allégations semblent avoir été prises au sérieux par la coalition internationale au point de susciter un entretien téléphonique entre Mourad Medelci et Alain Juppé. “J’ai eu un entretien très cordial avec mon homologue. Je lui ai dit voilà, il y a des informations qui circulent selon lesquelles Kadhafi aurait reçu plusieurs centaines de véhicules armés et transportant des munitions en provenance d’Algérie”, a déclaré le ministre français, lors d’une rencontre avec l’Association de la presse diplomatique française. “Je lui ai posé la question et il m’a assuré que (…) ce n’était pas vrai”, a ajouté Alain Juppé. Avant cette déclaration de Juppé, le ministère des Affaires étrangères a diffusé un communiqué ne mentionnant pas cet aspect de la conversation. M. Medelci “s’est entretenu lundi au téléphone avec son homologue français, Alain Juppé”, selon le texte. L’entretien a porté sur “l’état et les perspectives de développement des relations bilatérales algéro-françaises ainsi que sur la situation qui prévaut dans la région du Maghreb”, ajoute ce communiqué. Cet entretien intervient alors que le Conseil national de transition libyen s’est plaint de l’Algérie auprès de la Ligue arabe et alors que son président Mustapha Abdouljalil doit être reçu aujourd’hui à Paris par le président Nicolas Sarkozy. La France a été le premier pays à reconnaître le CNT comme “représentant légitime” du peuple libyen, le 10 mars, jour où le chef de l’État avait déjà reçu, à l’Élysée, trois de ses émissaires. C’est ce même Abdouljalil qui persiste à mettre en cause l’Algérie alors qu’il était revenu sur ses premières accusations. Dans un mémorandum de trois pages adressé dimanche à la Ligue arabe et révélé par le quotien Al-Charq Al-Awsat, le CNT accuse l’Algérie d’avoir violé la zone d’exclusion aérienne et transporté grâce à 15 vols secrets des équipements militaires ainsi que des mercenaires pour le compte de Kadhafi. Les accusations émanent d’un document de l’ONG Libyan Human Rights Solidarity (LHRS), basée à Genève en Suisse. La semaine dernière, le porte-parole du Quai s’Orsay avait affirmé que “l’implication d’étrangers dans des actions criminelles contre la population civile serait grave et en contradiction avec les résolutions 1970 et 1973 du Conseil de sécurité”. Il était interrogé sur les accusations du CNT contre l’Algérie. “Votre question est pertinente. Aujourd’hui, je n’ai pas d’information sur ce sujet. L’implication d’étrangers dans des actions criminelles contre la population civile serait grave et en contradiction avec les résolutions 1970 et 1973 du Conseil de sécurité”, avait répondu Bernard Valéro, suscitant l’étonnement d’Alger. “Laissez-moi vous dire que la règle voudrait que l’on ne porte pas une appréciation quelconque sur une question lorsque l’on affirme, en même temps, ne pas avoir d’information sur les sujets en question”, a réagi éclaré à l’AFP le ministère des Affaires étrangères. L’Algérie et la Libye, qui étaient sur le point de former une “union” en 1988 sur le modèle de la République arabe unie (Égypte et Syrie) sont appelés à un voisinage difficile dans l’hypothèse d’une prise de pouvoir par le CNT qu’Alger soupçonne d’être un jouet aux mains de la coalition internationale contre Kadhafi. L’Algérie se dit la cible d’une “conspiration” et d’un “acharnement irresponsable”. “Cet acharnement irresponsable à vouloir impliquer, à tout prix, les autorités algériennes nous interpelle sur les desseins et les motivations de ceux qui sont derrière cette conspiration contre un pays dont le tort est de refuser de s’immiscer dans les affaires intérieures libyennes”, avait déploré le ministère des Affaires étrangères. “L’Algérie n’ayant pas pris partie pour l’un des deux camps”, les rebelles “considèrent que celui qui n’est pas avec eux est contre eux”, a observé le ministre de l’Intérieur, Daho Ould Kablia. Elle demande les preuves de ces accusations, encouragée par la position de l’UA qui a indiqué à ce sujet qu’il s’agissait de “manipulation de faits” et de “propagande”. Les rebelles ont indiqué dimanche avoir capturé 15 mercenaires algériens à Ajdabiya et en avoir tué trois pendant de violents combats dans cette ville, dans l’est du pays. Si des mercenaires algériens ont bien été arrêtés, ils seraient des individus “motivés par le désir de gagner de l’argent comme c’est le cas pour la drogue” et qui “sont en infraction avec la loi”, a estimé M. Ould Kablia. Ce ministre, qui a multiplié les déplacements dans les zones frontalières, a mis en doute l’indépendance des insurgés libyens. “Ce sont les forces de la coalition qui leur dictent leur position”, a-t-il dit soulignant que “l’Algérie n’entre pas directement dans la stratégie des pays de la coalition qui font pression sur beaucoup de pays arabes et qui font de l’ingérence”.
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