Messaoud Djennas, auteur de « La Saga des rois numides », « L’accès limité aux archives pénalise l’écriture

samedi 19 mars 2011
par BNIBRAS

AN : Vous êtes ophtalmologue de profession et vous venez de faire paraître un livre sur les Berbères dans l’Histoire d’Algérie, intitulé « La Saga des rois numides de Rome à Carthage ». Pouvez-vous nous éclairer sur votre intérêt pour l’Histoire ?

Messaoud Djennas : Adolescent, clandestinement, je faisais partie du mouvement national indépendantiste. A la sortie de prison, je me suis entièrement consacré aux études médicales.

De tout temps, j’avais la hantise d’éclairer les épisodes de notre histoire. Je faisais partie d’un processus historique qui au fil des années, m’a donné l’envie de raconter notre passé. En fait, c’est par la force des choses qu’on se penche sur tel ou tel épisode de l’Histoire. Comme je faisais partie du mouvement national pour l’indépendance, j’avais conscience du processus historique. En plus de mes études en médecine, je voulais faire une licence en sciences politiques et histoire mais la vie en a décidé autrement. Cela ne m’empêche pas d’écrire sur l’Histoire maintenant car j’ai plus de temps.

Vous avez évoqué dans l’introduction de votre livre, cette soif d’Histoire chez les jeunes et que votre ouvrage s’adresse particulièrement à eux. Comment voyez-vous ce rapport entre jeunes et Histoire ?

La soif de l’Histoire existe effectivement. Cela est dû à un système éducatif qui manque de performance. Les jeunes savent peu de choses si ce n’est rien de l’Histoire ancienne et récente. Ajoutez à cela les problèmes du quotidien qui font que l’Histoire soit le dernier souci des jeunes. Il ne faut pas perdre de vue par ailleurs, que les jeunes ont la volonté de prendre leur destin en main, il faut juste les aider. Et puis le passé n’est pas seulement une histoire de beaux jours. Il y eut des moments difficiles, de mauvais jours. C’est tout cela l’Histoire qu’il faut inculquer aux différentes générations.

Que dites-vous aux gens qui disent que l’Histoire est prisonnière de l’idéologie dominante ?

Je ne suis pas d’accord car l’idéologie renvoie à l’endoctrinement dans un ensemble d’idées. Mais nous, nous sommes dans une version dominante de l’Histoire. Sachez qu’ici en Algérie, nous sommes dans un système qui subsiste au jour le jour. Et puis nous sommes tous responsables de ce processus, chacun dans son domaine.

Que pensez-vous de l’écriture de l’Histoire dans notre pays ? Ne pensez-vous pas qu’on souffre d’un déficit en la matière ?

La liberté d’expression a été étouffée pendant vingt ans, c’est important de le rappeler. La décennie noire a déstabilisé le pays sur tous les plans. Ce qui fait que : primo, les historiens ont peu écrit, deuxio, il y a aussi un problème de lectorat, les auteurs algériens se font éditer à l’étranger, pour cela, il est nécessaire d’engager une sérieuse politique d’encouragement de la lecture ; et tertio, et c’est un point important, c’est le problème d’accès aux archives qui demeure restreint. Et puis le livre que j’ai moi-même écrit, demeure une petite contribution par rapport à l’ampleur de la tâche à accomplir.

Entretien réalisé par Hamida Méchaï


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