Militants d’origine européenne : une mémoire otage de l’ingratitude

Hommage à la militante Evelyne Lavalette
dimanche 3 juillet 2011
par BNIBRAS

Ancienne militante pour la cause nationale pendant la guerre de Libération, Evelyne Lavalette fait partie de cette liste des militants d’origine européenne qui ont dévoué leur vie pour “qu’une Algérie juste et fraternelle puisse exister un jour” laisset-elle entendre lors de l’hommage qui lui a été rendu hier matin au Centre de presse El-Moudjahid dans le cadre de la célébration du 49e anniversaire de l’indépendance. Cependant, un constat malheureux est aussitôt soulevé parmi l’assistance quant à la reconnaissance que doit aujourd’hui l’Algérie à ces “Européens” de la cause nationale.

La conférence portant sur le thème “La contribution des militants d’origine européenne à la Révolution de Novembre”, proposée par l’association Michaal Echahid avec l’étroite collaboration de l’APC d’Alger Centre, s’est déroulée encore une fois sur un fond de confusion qui dit long sur la méconnaissance et l’ingratitude de l’Etat algérien non seulement envers les militants algériens mais surtout aux militants d’origine européenne. Les interventions ont dévié de manière inattendue vers la question de la reconnaissance et des faits historiques encore dans les archives de l’oubli que détiennent depuis l’indépendance les décideurs au pouvoir. Une histoire en otage qui “échappe” des mémoires de ceux qui l’ont vécue puisque les manuels scolaires n’aident pas vraiment à comprendre l’Histoire vraie de son pays. Ainsi Bekkadour Zoulikha, ancienne moudjahida et première élue du bureau exécutif à l’UGEMA (Union des étudiants musulmans algériens), a vivement déploré le statut de la femme algérienne au lendemain de l’indé- pendance alors qu’elle a participé farouchement dans la lutte à titre de citoyenne et avec son savoir-faire intellectuel considérable. “La participation de la femme a été importante, son rôle n’était pas réduità une poseuse de bombes, elle était aussi agent de liaison, secrétaire, infirmière et même médecin comme le fut Nafissa Hamouda…”soulignet-elle. Aujourd’hui, la femme est consdérée comme mineure et “un code infâme nous retire notre statut de combattante contesté par des militants de dernière heure”dit-elle. Des militantes , Zoulikha Bekkadour apporte un témoignage éminent sur le rôle des Européennes et leur détermination à arracher la liberté. Rencontrées durant son parcours de militante au sein de l’UGEMA, elle se retrouve dans le réseau (presse propagande) de Hadj Benalla alias Henri dans lequel elle activait avec 7 Européennes dont Evelyne Lavalette qui servait d’agent de liaison, Jacqueline Orengo et Blanche Moine Masson, membres du PCA. “ Il est important de noter que les militantes que j’ai rencontrées n’étaient pas forcément de tendance communiste” ajoute Bekkadour avant de souligner également qu’“ avec l’arrestation du réseau de Hadj Benalla, on découvrit l’existence d’intellectuels qui militaient pour la cause algérienne,une affaire qui lui a valu la nomination de procès des intellectuels”. Comparue devant le tribunal d’Oran avant d’être transférée à la prison d’El Harrach fraichement inaugurée, Zoulikha Bekkadour découvre un nombre important de militantes européennes qui côtoyait les nombreuses militantes algériennes, elle cite une longue liste dont l’histoire n’a jamais parlé aujourd’hui. Elle conclut par ailleurs son témoignage sur la présentation de deux livres récemment publiés l’un “Les témoignages d’une ancienne militante européenne nommée Anne Beaumanoir et le deuxième intitulé “Les pieds rouges” signé Annette Roger, qui parle des témoignages d’anciens militants européens qui ont été expulsés suite au coup d’Etat de 1965. “Dans ce recueil, des personnes disent aujourd’hui leur rancœur, rongé par l’injustice de l’expulsion après le coup d’Etat de 1965” Une reconnaissance s’impose Ancien ministre des Droits de l’homme, Ali Haroun a été invité à prendre la parole suite aux interventions qui ont été données lors de cette journée. Il s’étale donc à la lumière de ces mémoires sur le rôle important des réseaux européens dans la médiatisation de la cause algérienne à travers les instances internationales, à l’instar du célèbre réseau Jeanson. Plusieurs réseaux existaient pour le soutien de la cause de l’Algérie) à travers d’autres villes de France comme Marseille et Lyon où encore dans les pays européens comme la Belgique, l’Allemagne ou l’Italie “ En Belgique, les deux fils du ministre de l’Education et de l’Instruction public que étaient dans le FLN, ils mettaient à la disposition des militants le véhicule de service du ministère. Un agent des services secrets hollandais faisait partie d’un atelier de confection de fausse monnaie avec le responsable de la 4 e Internationale Raptis qui s’apprêtait à imprimer un montant de 15 milliards de francs à expédier en France avant l’intervention des polices allemande et anglaise pour démanteler le réseau la veille de l’opération. Le procès ayant eu lieu à Amsterdam et s’agissant de Reptis, une grande mobilisation internationale s’est faite alors pour soutenir les condamnés et porter davantage la voix de la cause algérienne” témoigne Ali Haroun, qui soulève que la majorité des militants en Europe apportaient soutien par conviction et humanisme pour une cause qu’ils pensaient juste. “Jeanson, lors de son procès, ne revendiquait pas son algéranité mais dénonce une France qui a trahi ses valeurs ». Il ajoute que ces Européens, qui ont dévoué leur vie pour l’Algérie alors qu’ils n’y ont jamais mis les pieds, méritent une meilleure reconnaissance “de la part d’un pays qu’ils ne connaissaient pas mais qu’ils avaient au fond du cœur”. C’est avec des bouquets de roses et des attestations de remerciement que les organisateurs ont décoré les invités de cette rencontre, à leur tête Evelyne Lavalette, qui disait n’avoir rien fait que son devoir de ‘militante de base” et a remercié tous ceux et celles avec qui elle a participé pour rendre la construction d’une Algérie juste et fraternelle possible. Parmi les invités aussi, Georges Accapora, d’origine italienne ancien condamné à mort et colonel des sapeurs pompiers à Alger qui n’a jamais quitté le quartier de Bab El Oued, Yvette Malon, Les anciens déserteurs légionnaires étrangers et aussi Félix Collosi, ancien compagnon de Fernand Yveton condamné aux travaux forcés à perpétuité, déchu de sa nationalité après le coup d’Etat de 1965. Celui-ci revendique aujourd’hui sa nationalité confisquée mais en vain. Il est à souligner que le code de la nationalité stipule que les militants d’origine européenne peuvent être déchus de leur nationalité à n’importe quel moment, alors que ces mêmes militants dont certains ont payé leur engagement chè- rement de leur vie, n’ont jamais hésité à lutter pour ce pays qui n’est pas génétiquement le leur. Encore une autre preuve de l’ingratitude de l’Histoire. Fatma Baroudi


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