Modernité, Coca Cola et Rai

L’humanité contemporaine,qui s’émiette en Etats souverains de plus en plus nombreux,voit en même temps son unité renforcée sans cesse par le progrès des moyens de transport et de communication de la pensée,par le caractère mondiale des grands problèmes économiques,diplomatiques et militaires. Une interdépendance réelle existe désormais entre tous les groupements humains. Elle trouve son expression dans la volonté accrue des pays du Tiers-monde d’accéder au modernisme.
Si nous définissons la notion de modernisme par "le caractère de ce qui est moderne" ou encore par "le goût pour ce qui est moderne", nous constatons que dans la plupart des cas, les pays en voie de développement ont un goût de plus en plus prononcé pour ce qui se fait de mieux en Occident. Technologie de pointe, robotisation, consommation de masse, informatisation. L’imitation s’étend à tous les niveaux,du vêtement à la philosophie, des institutions politiques aux arts à l’économie. Il faut faire table rase avec le passé, transplanter l’Occident dans les pays en voie de développement.
Dans "The Solitary Crowd", David Reisman, sociologue américain, divise l’histoire de l’humanité en trois périodes :
La société primitive archaïque,
La phase du développement capitaliste concurrentiel,
La période que nous vivons, celle de la société industrielle.
A la première phase correspondrait un homme dominé par le mythe en tant que phénomène social réglementant le comportement du clan ou de la tribu.
La deuxième phase est celle de l’homme "introverti" tourné sur lui-même, phase qui serait celle des pionniers, des premiers capitalistes individuels et enfin, la troisième phase serait celle de l’homme "extraverti", l’homme des masses, celui qui ne réagit qu’en fonction des stimulis de la publicité, des modes de comportement créés à son insu, celui qui sait faire la différence entre Coca Cola et Pepsi Cola.
Le Tiers-monde importe (peut-être malgré lui) ce dernier type de société. Il serait certes plus judicieux de faire une typologie des pays du Tiers-monde, mais d’une façon générale, on peut retrouver les mêmes constantes dans les grandes villes. Que ce soit à Sao Paulo,à Buenos-Aires, à Abidjan,ou à New Delhi, on aura la même image. Super-marchés,publicité criarde,grandes lumières, mêmes rythmes, disco, rock…
La technologie n’est pas neutre, elle véhicule un type de comportement, des valeurs, un rêve : "L’American Dream of Life", est en ce sens un danger réel pour les pays du Tiers-monde, dans la mesure où il signifie frustration et manque. L’Africain, l’Asiatique ou encore le Latino-américain rêvent comme l’Américain, mais à la différence de ce dernier, ils réalisent leur rêve dans l’imaginaire et le fantasme.
Cette similitude des valeurs et espoirs,ce style de vie en commun, cette assimilation sociale sont le reflet d’une intégration constante des pays de la périphérie à la mouvance du capitalisme international.
Dans "The Analysis of International Relations "K.Deutsh définit la communauté intégrée ou amalgamée par les conditions suivantes :
Similitude des valeurs et espoirs,
Style de vie en commun,
Espoirs de liens économiques étroits,
Augmentation de la capacité politique d’au moins quelques-unes des unités membres (Etats-Unis et un degré moindre les pays européens),
Existence de liens continus de communications sociales entre diverses régions et diverses couches sociales,
Élargissement des élites politiques,
Mobilité des personnes,spécialement au niveau des couches influentes (cadres,étudiants…),
Multiplicité des modes de communication et d’échanges,
Importante prédictibilité (amitié mutuelle de comportement).
En reprenant une à une ces différentes conditions,on remarque qu’elles rendent compte de l’état actuel de la société internationale.
Une société internationale dominée dans ses transactions,sa nature et son essence par le capitalisme international,dont le centre moteur se trouve aux Etats-Unis.
La motivation économique -financière n’est pas toujours la motivation essentielle. Alors qu’elle reste telle dans le cas des Etats impérialistes de moindre importance,dans le cas des Etats-Unis,l’enjeu est tout autre. Contrôle du processus d’orientation,de régulation et de décision de l’évolution du monde à partir du monopole des secteurs avancés de la connaissance et de la créativité idéelle capitalistes.
Faut-il pour autant condamner le " Modernisme " ? Rejeter tout ce qui vient de l’Occident,vivre en autarcie,loin du monde ?
Une telle façon de voir serait-elle à même d’induire le développement des pays du Tiers-monde ?



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