Mohammed Lakhdar Maougal : « Le retour des démagogies décadentes »

lundi 13 juin 2011
par BNIBRAS

Algérie News : Présenté comme événement national majeur, les états généraux de la société civile, convoqués par le gouvernement et confiés aux Conseil national économique et social (CNES), débuteront mardi prochain. D’abord, avez-vous reçu une invitation ? Ensuite, que pensez-vous de cette initiative pour le moins inédite ? Mohammed Lakhdar Maougal : Non, et je ne souhaite pas en recevoir. Je ne me sens nullement concerné par cette agitation qui prend maintenant des allures de marche avec tambours et zorna et dont le but manifeste, il me semble, est de faire gagner du temps à des manipulateurs et des saltimbanques. Cet évé- nement est une diversion au moment où le pays traverse une des plus graves et des plus dangereuses crises qu’il ait pu connaître depuis l’Indépendance (menaces sournoises à l’intérieur, complots à l’extérieur et sarabande guignolesque dans les hautes sphères). Des personnalités nationales de haut rang, des associations et de nombreux syndicats sont attendus pour débattre 3 jours durantsur la société civile, ses perspectives et sa place dans les mutations et bouleversements que connaît notre pays depuis janvier dernier. Quelle interprétation en faites-vous et quel intérêt accordez-vous à ces débats ? Les personnalités nationales dont vous parlez, nous ne les entendons et voyons que lors des curées quand il s’agit de se partager les héritages des défunts, voire des moribonds. Quant aux associations et syndicats, je crois qu’il n’en existe plus depuis des lustres dans notre pays. La rente et son partage en auront eu raison. De fait, c’est l’inexistence d’un tissu réellement associatif et corporatif qui traduit mieux que tout autre discours l’absence totale de société dite civile. Tout le reste n’est que « zerda wa taam ». Ces débats n’ont aucune portée réellement fonctionnelle. Ils seront ce que furent les débats passés : des mots, encore des mots, toujours des mots, comme le disait autrefois William Shakespeare pour stigmatiser ceux qui péroraient sur les cadavres des guerres civiles qui agitèrent la Grande Bretagne Mis à part une instruction du président de la République, les meneurs d’une telle initiative, le Cnes notamment, parlent d’un pacte social révolutionnaire. Pourquoi maintenant ? Quoi ! Babès (président du Cnes, ndlr) a renoué avec ses vieux démons de troskyste ? Bigre ! un pacte social révolutionnaire ! C’est le retour des démagogies décadentes. Non, les Algériens ont tout juste besoin d’un vrai « contrat social » et d’une Constitution qui ne soit pas violée à répétition et de manière sté- rile. L’agitation qui s’intensifie semble présager des jours sombres. Les vents d’Est soufflent-ils déjà en tempêtes ? La passation du pouvoir serait-elle pour bientôt ? Il est encore temps de couper court à la comédie et se rendre à l’évidence, comme le disait Mouloud Mammeri : « Chez nous le printemps ne dure pas. » Il faut croire qu’il laissera bientôt la place à « l’incendie » de l’été. C’est pourquoi en Algérie c’est toujours l’automne qui reste porteur de grandes espérances, comme en octobre 1988. Prenons donc rendez-vous ! Le pouvoir semble avoir compris la nécessité du changement. Pour autant, puisse-t-il (le changement) aboutir sous l’unique chapelle des pouvoirs publics ? Autrement dit, le système peut-il changer de l’intérieur ou est-ce juste une manière de gagner du temps comme l’affirment certains observateurs de la scène politique ? Le pouvoir algérien ne comprend que le langage musclé des multinationales et des puissances de tutelle qui contrôlent l’économie de notre pays et nos finances dont le Cnes de Babès le révolutionnaire et de ses épigones n’a jamais réussi à nous émanciper. La question cruciale qui se pose aujourd’hui à notre patrie c’est celle de son sauvetage des griffes des lobbies maffieux qui l’assassinent chaque jour un peu plus avec la bénédiction des puissances néocoloniales et de leurs agents infiltrés à tous les niveaux de rouages des institutions et de l’Etat par les mécanismes et la compradorisation effrénée qui s’est imposée à l’Algérie depuis une dizaine d’années. Je suis de l’avis de tous ceux qui trouvent que la démarche actuelle est une fuite en avant pour gagner du temps. Mais à ce prix c’est l’Algérie entière qui est bradée et assassinée. Vous-vous intéressez de très près à la sociologie et à d’autres sujets relatifs à la communauté. À votre avis, dans quelle phase se trouve la société algérienne qui est rentrée, comme vous le savez, dans une dynamique très mouvementée depuis janvier, mais pas assez pour reproduire les révolutions arabes ? Les révolutions arabes ont été incitées de l’extérieur et consolidées par des laboratoires et des cabinets noirs. Les voilà soutenues maintenant de manière claire et nette par des interventions militaires de puissance régionales comme l‘Arabie saoudite ou encore par des coalitions néocoloniales euro-atlantiques. Les régimes qui ont tenu plus ou moins sont les régimes qui se sont le plus rapprochés de leurs maîtres (Yémen de Ali Saleh, l’agent de la CIA). La société algérienne a été usée et abusée jusqu’à en perdre tout ressort et ne fonctionne plus dans la moindre rationalité. Le semblant de dynamique dont elle avait commencé à faire montre en janvier 2011 a été torpillé et n’a pas résisté à l’épreuve de solidité. Entretien réalisé par Karim Benamar


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Réactions

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mardi 14 juin 2011 à 05h51, par  Hamid

Voila des recontres pour gagner du temps et faire semblant qu’il existe un débat politqiue. Non le débat politique n’existe pas et n’existera avec ce régime actuel qui est d’essence autocratique. Alors arrêtons ce simulacre de débat ! Un autre carnaval fe Dechra !

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