Non à l’intervention de l’OTAN en Libye

dimanche 13 mars 2011
par Chérif Boudelal

Que nos amis libyens refusent toute ingérence étrangère dans leur Révolution ; ils sont capables de triompher seuls sur le régime sanguinaire de leur bourreau : « zanga zanga ». Que le peuple libyen sache que si l’OTAN intervient, les premiers à être décapités seront les opposants au régime Kadhafi. Bien sûr, on va user de tous les mensonges possibles pour présenter « l’incident » comme « des erreurs de frappes collatérales », avant de justifier le maintien de leurs troupes dans le pays. Ils inventeront les suspicions des « armes de destruction massive », comme l’ont fait en Irak, en présentant au monde un certificat de légitimation, en bonne et due forme, émanant de la « Ligue arabe », ce « machin » qui n’est qu’une marionnette de complaisance pour les impérialistes.

Et qui sont les membres de cette « Ligue arabe » ? Cette institution de façade est composée de ces régimes corrompus, valets de l’impérialisme et tortionnaires de leurs peuples. Ce n’est pas dans leur intérêt de voir réussir la révolution libyenne après celles de Tunisie et d’Egypte ; car ils savent que le tsunami risque d’emporter chacun d’entre eux, dont le « vent de sable » libyen aidera l’accélération pour écourter la durée de leurs gouvernances. Donner leur accord à l’OTAN d’intervenir militairement en Libye sera pour ces régimes arabes une façon de se laver les mains aux yeux de leurs peuples en se faisant passer pour les bienfaiteurs du peuple libyen ; ainsi ils éviteront d’être accusés d’avoir été eux-mêmes les précurseurs directs dans l’organisation d’une quelconque contre révolution.

Que le peuple libyen refuse toute intervention étrangère, même s’il doit passer encore des mois avant de venir à bout du régime sanguinaire de Kadhafi, en sacrifiant des martyrs supplémentaires pour sa délivrance. L’Histoire nous a appris que les droits ne se donnent pas mais ils s’arrachent, et que la liberté ne vient pas sans sacrifice. Les Libyens doivent savoir que les vautours qui les guettent ne leur feront pas de cadeau s’ils parvenaient à poser leurs pattes sur le sol libyen. L’Histoire que les révolutionnaires sont en train d’écrire avec leur sang doit rester propre, pure, noble, et que la victoire qu’ils vont réaliser bientôt doit être au service du peuple libyen, le seul héros et maître de son destin. Les libyens sont capables de libérer eux-mêmes leur pays de ce régime sanguinaire, et n’ont nullement besoin d’aides militaires étrangères pour se libérer de leurs bourreaux.

Que les peuples des grandes puissances occidentales descendent dans les rues pour s’opposer à toute intervention militaire de leurs pays respectifs qui ne sera qu’au profit du régime en place et au détriment de la révolution du peuple libyen. A eux de faire leur propre révolution chez eux afin de se libérer de leurs régimes dont les dirigeants ne vivent que des malheurs des autres. La victoire des peuples arabes contre leurs régimes est aussi la victoire des peuples occidentaux dont les gouvernements dilapident des milliards de dollars et d’euros des contribuables pour entretenir des guerres chez les autres ; aussi, ils envoient leurs enfants aux fronts pour tuer les peuples chez eux et s’exposer eux-mêmes à la mort pour le plaisir de leurs dirigeants dont l’objectif est de dominer les autres et s’accaparer de leurs richesses.

Refuser les aides empoisonnées des capitalo-impérialistes, c’est assurer son indépendance ; les accepter c’est perdre sa souveraineté nationale

Que les peuples arabes qui se sont libérés, et ceux qui se libéreront ultérieurement refusent toute aide, de quelque nature qu’elle soit, provenant des grandes puissances. Nous savons que les régimes arabes dont les pays n’ont pas de richesses pétrolières, reçoivent des aides provenant des pays occidentaux riches, et notamment des USA. Comme nous savons que la totalité de ces pays « bénéficie » des prêts du FMI - Fonds Monétaire International - (affameur des peuples) ; mais aussi des autres moyens financiers qui s’attribuent le qualificatif d’« aide au développement » ou « aide humanitaire » en direction des pays du tiers monde. Ces « aides » empoisonnent la vie des peuples et obligent leurs dirigeants d’appliquer les politiques des préteurs.

Ensuite, les « donneurs » font du chantage aux dirigeants receveurs, les commandent et leur ordonnent de se soumettre à leurs exigences ; les receveurs obéissent sous le poids des dettes, voire sous la menace des coups d’Etats. C’est ce qu’on appelle le nouvel impérialisme qui occupe en douceur les différents pays du tiers monde et plonge leurs peuples dans la misère. Quant aux régimes arabes dont les pays regorgent de richesses, ce sont eux-mêmes qui financent les guerres impérialistes que les USA et leurs alliés mènent contre les peuples arabes et musulmans. Par ailleurs, les USA emploient les armées de certains pays « amis » pour faire le sale boulot ; beaucoup de ces pays le font sous contrainte, car ils dépendent financièrement des « aides » empoisonnées qu’ils reçoivent de ces derniers sous des formes différentes.

La perte de la souveraineté des Etats

Les aides financières que les impérialistes « offrent » à ces pays arabes (mais aussi à beaucoup d’autres pays du tiers monde) sous forme de subventions, sont exclusivement destinées à l’armée et à la police ; et bien entendu ceci n’est pas innocent. Pourquoi ces « aides » sont-elles destinées précisément à ces institutions ? Ce n’est pas nécessaire d’être diplômé de l’école militaire de Saint-Cyr pour le comprendre. D’une pierre plusieurs coups. D’une part ils se débarrassant des armes obsolètes encombrantes pour armer « leurs amis » qui ont le pouvoir dans ces pays et protègent leurs intérêts. D’autre part ils ont accès au secret de l’Etat concerné à travers des « conseillers » militaires, lesquels sont là en réalité pour diriger eux-mêmes ces institutions qui constituent le fondement même de la nation du pays en question. Et de ce fait le pays receveur de ces aides empoisonnées perd automatiquement sa souveraineté vis-à-vis du pays qui le subventionne, instruit et contrôle son armée et sa police.

A travers leurs diplomates, leurs « commerciaux », leurs instructeurs militaires, ceux de la police et des renseignements généraux des deux corps, les « subventionneurs » connaissent tous les secrets des institutions chargées de protéger l’Etat et le pays auquel ces « prestations de services » sont destinées. Ces « humanitaires » militaro-policiers sont mieux informés de ce qui se passe dans les rouages des institutions de l’Etat que les dirigeants du pays en question. C’est à travers leurs relations de « travail » que les USA et leurs concurrents européens se font des « amis » parmi les hauts responsables de différentes institutions chargées de la défense du pays et de la sécurité de l’Etat de chacun de ces pays arabes. Ces « amis » leur transmettent tous les renseignements dont ils ont besoins, en échange des avantages en nature ; c’est ce qu’on appelle en langage simple : l’espionnage des uns et la haute trahison des autres.

Si au Liban on a révélé l’arrestation de plusieurs dizaines de ces espions ayant des responsabilités au sein des institutions de l‘Etat, y compris de hauts gradés de l’armée au service d’Israël, les autres pays arabes n’ont pas que des saints chez eux. Si on n’en parle pas c’est parce que ceux qui sont au pouvoir sont eux-mêmes, en majorité, corrompus jusqu’au trognon. Ils sont soumis au dictat de leurs maîtres qui les tiennent en laisse ; ceux qui essaient de résister parmi eux on leur fait du chantage de toute sorte, en maintenant l’épée de Damoclès suspendue sur leur tête : marche ou crève. Alors ceux qui ne veulent pas crever ils marchent.

Les pétrodollars financent les guerres des USA

On trouve cette situation chez les pétrodollars qui paient le prix fort pour « l’entretien » de leurs armées et polices par les « conseillers » militaires occidentaux. Les régimes de ces pays déboursent des milliards de dollars chaque année pour le renouvellement des armes, avions de combat, navires militaire, et d’autres matériels militaires. C’est pour toutes ces raisons qu’aucun pays arabe ne s’est opposé aux deux invasions de l’Irak ; au contraire il y en a qui y ont participé lors de la première attaque contre ce pays par « la coalition internationale » au début des années 1990. Lors de la seconde invasion qui s’est terminée par l’occupation de l’Irak en 2003, aucun des chefs d’Etats arabes n’a osé condamner les envahisseurs. Pis encore : les cheikhs du Golfe ont abrité leurs bases militaires et financé à coup de centaines de milliards de dollars cette guerre qui a détruit l’Irak ! Comme ils financent toutes les autres guerres impérialistes conduites par les USA à travers le monde arabo-musulman, (en Palestine, au Yémen, en Afghanistan, au Pakistan, au Soudan et en Somalie) ; et ceci se fait au détriment de leurs peuples dont une grande partie vit en dessous du seuil de pauvreté. Ce n’est pas par hasard que toutes ces guerres se passent dans les pays arabes et musulmans. La « croisade » dont parlait G. W. Bush en 2003 contre les peuples musulmans a été mise en exécution par ce dernier et maintenue par son successeur ; sauf que cette croisade est menée par les lobbies pétroliers et fabricants d’armes qui sont surreprésentés dans les institutions des USA - mais pas seulement - qui ont le pouvoir de décision ; à travers leur pouvoir dans ces institutions ils maintiennent cet état de guerre permanent afin d’en tirer profit.

La « Ligue arabe »

Nous assistons à une mascarade de la « Ligue arabe » qui s’agite depuis plus d’un demi-siècle sans aucun intérêt pour les pays qui la composent et à leurs peuples. A l’exception de la seule et dernière menace de fermer les vannes du pétrole aux Occidentaux qui soutenaient l’Etat d’Israël lors de la guerre de 1973 avec les pays arabes limitrophes à la Palestine, aucune action de cette dite Ligue arabe n’a jamais servi à quoi que ce soit. Aucune autre décision commune n’a été prise contre ces même grandes puissances qui continuent pourtant à soutenir Israël dans toutes les circonstances, y compris lorsque ce dernier commet les pires des crimes contre les Palestiniens et les peuples de la région. Tous les pays de différents continents qui ont décidé de s’unir, comme en Europe et en Amérique par exemple, ont une direction commune pour négocier le cas échéant avec les autres pays hors de leur union ou fédération. Mais les régimes arabes, bien qu’ils aient une institution appelée « Ligue arabe », accourent à discuter individuellement avec les USA, l’UE ou l’ONU d’un problème aussi complexe que le conflit palestino israélien. D’une part ils le font parce qu’ils ne sont d’accord sur rien ; et d’autre part pour que chacun d’entre eux se montre plus « modéré » afin d’être mieux noté que les autres par leurs maîtres de la Maison blanche. Si les membres de cette Ligue avaient été unis, avaient eu un brin de dignité et d’honneur, les USA n’auraient jamais osé s’aventurer en Irak, et les Palestiniens n’auraient pas souffert tant d’années. Ceci prouve que ce sont ces régimes arabes qui constituent le malheur de leurs peuples, voire leurs premiers ennemis avant les USA et Israël.

Le FMI (affameur des peuples) ne fait pas de cadeaux

Sur le plan économique, les dettes accordées à ces pays arabes, et à d’autres pays du tiers monde par le FMI, et d’autres banques, ne sont que de la poudre aux yeux. Ce ne sont pas de l’aide humanitaire, ni des cadeaux offerts aux Etats et peuples en désarroi ; au contraire, ces dettes constituent une catastrophe pour l’économie des pays emprunteurs. Par ces dettes, le FMI les plonge dans un sous-développement à l’infini, du fait qu’ils sont obligés de payer les intérêts plusieurs fois le montant emprunté. L’échelonnement de chaque dette est généralement étalé sur des dizaines d’années pendant lesquelles ces pays sont dépendants des prêteurs qui leur imposent leurs propres politiques. Il convient de savoir que ces grandes puissances ne subventionnent jamais des projets qui puissent jouer un rôle dans le développement industriel et scientifique des pays du tiers monde. Cette stratégie consiste à maintenir ces pays dans le sous développement afin que les pays industrialisés qui contrôlent le FMI, et les autres banques créancières, continuent à vendre leurs produits aux pays receveurs, les maintenant ainsi sous leur dépendance totale. Cette dépendance économique est ajoutée à la dépendance militaire mentionnée plus haut, dont pratiquement tous les pays du tiers monde sont soumis. Ceci dit, le pays qui accepte ces aides empoisonnées des pays industrialisés perd complètement sa souveraineté. Toutes les formes d’aide venant de ces pays ne peuvent qu’entrainer les pays du tiers monde dans un sous-développement profond. C’est pourquoi les peuples qui veulent être réellement libres et indépendants, doivent refuser catégoriquement toutes les propositions d’aide venant des Etat à caractère impérialiste, telles les USA et l’UE. Ces peuples doivent compter sur eux-mêmes et faire en sorte qu’ils développent leurs propres économies. Car ce ne sont pas les compétences qui manquent dans les pays arabes et ceux du tiers monde ; ce qui manque dans ces pays ce sont les dirigeants intègres qui servent les intérêts de leurs peuples avec dévouement. Si les futurs dirigeants des nouvelles sociétés arabes devaient accepter la coopération des pays industrialisés, ils devraient veiller à ce que celle-ci soit entreprise dans le cadre des échanges d’égal à égal et du respect mutuel de la souveraineté nationale de chacun.

Ceci dit, gare aux ingérences militaires et/ou civiles des grandes puissances dans les affaires intérieures des peuples qui se sont libérés, ou se libéreront de leurs régimes corrompus. Le contraire ne peut que les ramener à des situations analogues, sinon pires que celles contre lesquelles ils se sont battus et sacrifiés des milliers de leurs compatriotes pour recouvrer leur liberté. Donc vigilance, vigilance et mille fois vigilance.

Par Chérif BOUDELAL – 12 mars 2011 - immigrationstorys@yahoo.fr


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