Plages ou no man’s land

Première étape, le transport vers les plages : les prix sont augmentés d’autorité par les transporteurs qui ont la malice de continuer à délivrer des billets au coût officiellement consenti par les services administratifs concernés.Deuxième étape, les parkings pour ceux qui disposent de leur propre véhicule : ce n’est pas le racket mais c’est tout comme avec le tact en moins. Dès que l’automobiliste accompagné de sa famille pointe le capot de son véhicule, le gardien du parking qui, tranquillement assis protégé par un parasol, se lève, déchire de la liasse un ticket, monte une sorte de barrière improvisée (corde), se positionne vite côté chauffeur et sans esquisser un mot présente le ticket. Là également par rapport à l’année écoulée, le prix a changé mais le gérant n’a pas eu le temps de faire imprimer des carnets actualisés. Pas question de râler, y a qu’à payer.Troisième étape, trouver un endroit pour s’installer et planter son parasol : il faut traverser une barrière d’abris cubiques en toile pour se mettre à une demi-douzaine des derniers remous des vagues. Et cela n’est pas évident car le gérant des abris en question se pointe derechef et vous demande, non sans rouler les mécaniques, de vous mettre derrière le rempart dont il est le propriétaire parce que l’endroit est « sa propriété ». L’alternative ? C’est obtempérer, reculer d’un cran et se placer derrière ledit rempart pour en admirer les couleurs délavées par le soleil. Autrement dit, avoir un mur en face de soi comme si l’estivant n’a jamais quitté sa cité béton. Pour le bleu de la mer… ce sera pour une autre fois. Peut-être le mois de Ramadhan. Pour ceux qui ont l’honneur à fleur de peau, il y a possibilité de renâcler. Sauf que cela ne servira à rien, « le propriétaire des lieux » s’obstine et les gendarmes que tout quidam aura sollicité pour faire valoir un droit lui répondront : « Vous n’êtes là que pour la journée, il n’y a franchement pas de quoi en faire un problème. Ces jeunes galèrent toute l’année et c’est l’unique période pour eux de se faire un peu d’argent. » Il ne faudrait pas également oublier que c’est aussi un investissement pour les hommes du Darak el Watani de s’acheter une paix. Dans tout cela que peut-il être constaté ? En fait, les jeunes sont un peu dans leur droit sauf qu’ils en font trop. Dans leur droit dans la mesure où les espaces qu’ils gèrent leur sont cédés à titre de concession précaire et révocable (sans qu’elle le soit en réalité et le sera jamais) dans le cadre d’une activité saisonnière. Comme ils n’estimeront jamais que leurs droits s’arrêtent là où commencent ceux des autres, c’est forcément le dernier qui a parlé qui a raison. A la lisière de la limite de la wilaya de Jijel et sur toutes les plages qui parsèment le parcours jusqu’à Béjaïa, le discours des mêmes personnages est beaucoup plus persuasif parce que là il est foncièrement teinté d’agressivité aux relents très… culturels.Moralité : à mesure que passent les années, les vacances ne sont plus ce qu’elles étaient. Et dire qu’on reproche à nos compatriotes d’aller en Tunisie quand ce pays était encore en paix et qu’on les met en garde aujourd’hui parce qu’il serait en phase de déstabilisation. A vrai dire, mieux vaut faire le deuxième choix parce qu’il est nettement meilleur et surtout moins coûteux.



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