Pratiques des rites religieux/Le danger de l’église méthodiste

mardi 10 juin 2008
par BENKAM

Les procès, relatés par la presse ces derniers jours, d’Algériens convertis au christianisme nous renvoient à une réalité que nous n’avons fait qu’entrevoir, à travers des cas d’évangélisation signalés ça et là, en Kabylie, à Oran et Constantine. Cette réalité signifie que le christianisme est bel et bien présent chez nous, et plus qu’on ne l’imagine. Qu’on le veuille ou non, cette religion a fait son chemin doucement mais sûrement. Nous sommes bien loin du début des années 70 quand la propagande évangélique était timide, discrète et à la limite de la clandestinité.

Les principaux vecteurs de cette époque étaient des étudiants subsahariens de l’église méthodiste, qui distribuaient en cachette une documentation en langue française à l’université. A partir de là, des conversions ont pu être effectués en Kabylie, essentiellement dans la région des Ouahdias. Des pasteurs français et suisses qui sillonnaient la région avaient entrepris un travail de fourmi et instauré des groupes de prière. Ces missionnaires, qui avaient récolté des adresses dans plusieurs régions (Kabylie, Oranie et Sud algérien) entreprirent un minutieux travail de correspondance. Les nouveaux convertis avaient pour mission de ramener « le plus grand nombre de brebis égarées dans le giron du Seigneur » et d’investir ensuite ces brebis de la même mission, afin de leur donner l’impression qu’ils accomplissent une mission noble. Pour mener à bien leur mission, les pasteurs disposaient d’une littérature considérable et de Bibles traduites en langue arabe puis en berbère durant les années 1990. Comme quoi, rien n’est laissé au hasard et tous les efforts sont consentis pour la réussite de leur œuvre. Un argument de taille les aidait dans leur mission : ils promettaient des titres de séjour en Europe, au Canada, en Australie mais aussi du travail et un logement pour ceux qui acceptaient de se faire baptiser.

Des approches étudiées

C’est dire que les missionnaires ne travaillent pas n’importe comment et procèdent de façon intelligente, à commencer par les techniques d’approche et les promesses qu’on fait miroiter à ceux qui n’ont presque rien. Quand les gens approchés affichent une quelconque hésitation ou du recul, la riposte est immédiate : les missionnaires n’hésitent pas à leur proposer des vacances en Europe. C’est carrément le rêve pour des gens qui n’ont aucune possibilité de s’offrir de vraies vacances, alors l’hésitation est reléguée au second plan et la perspective d’aller en Europe fait baisser toutes les gardes. Une fois l’étranger, ils sont hébergés dans des camps où des pères aguerris les prennent en charge. Randonnées de montagne, soirées autour du feu, sollicitude fraternelle de tous ceux qui se trouvent dans ces camps bibliques, car en réalité ce n’est que pour mieux amadouer les récalcitrants qu’on leur offre ces vacances. Le résultat est généralement à la mesure des efforts déployés et les conversions ne tardent jamais à se produire. Mais il faut dire que ces conversions, qui se chiffraient tout au plus à des centaines, restaient sans grande importance surtout que beaucoup de convertis disparaissaient dans la nature et ne laissaient aucune adresse, la plupart ayant réussi à s’installer dans leur nouvelle vie de l’autre côté de la mer.

Comment se fait-il donc que ce qui était une propagande timide soit devenu un phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur ? La réponse est toute simple et réside dans l’assiduité et la rigueur des missionnaires de l’église méthodiste qui ne laissent rien au hasard. En effet, ces délégués disposent de cellules mobiles qui les informent de tout et les guident dans leur travail. A Oran par exemple, ils se mêlent dès les premières heures du jour aux demandeurs de visas aux consulats de France et d’Espagne. Ces demandeurs, qui ne sont pas tous originaires d’Oran, viennent souvent de Mascara, Relizane, Mostaganem… des petites villes de l’arrière-pays où règne une grande pauvreté et des conditions de vie déplorables. Y a-t-il meilleure cible et meilleure victime qu’une personne qui vit dans la misère et attend depuis des jours et des jours d’avoir enfin le document magique qui puisse mettre fin à cette situation ?

Toujours à Oran, d’autres missionnaires choisissent les femmes seules, celles qui vivent dans la rue et les filles-mères que la société rejette. Cette frange de la société affaiblie et fragile constitue une cible des plus visées. Certaines de ces femmes ont pu, grâce à l’aide des missionnaires, quitter le pays et recommencer une vie nouvelle sous d’autres cieux.

En Kabylie, l’approche est autre : les missionnaires développent un discours islamophobe et aussi arabophobe. Ce discours a eu l’effet escompté auprès d’une jeunesse berbérophone qui a vécu l’arabisation comme une agression contre son identité culturelle. Maintenant que des Algériens sont devant la justice pour s’être convertis au christianisme, l’on comprend aisément que le travail des missionnaires de l’église méthodiste a porté ses fruits. A Tiaret, dans l’Ouest algérien, six jeunes hommes ont été condamnés à deux ans de prison et à une amende de 500 000 DA pour avoir organisé une messe sans autorisation. A Tissemsilt (350 km au sud-ouest d’Alger), deux jeunes ont été condamnés à deux ans de prison et une amende de 50 000 DA chacun pour exercice illégal d’un culte non musulman. Le procès controversé de Habiba Kouider, 37ans, convertie au christianisme, arrêtée en mars dernier en possession d’une dizaine de Bibles, attire l’attention des médias internationaux et provoque une polémique en Algérie.

Dilemme

Faut-il laisser les gens assumer leur choix de croyance ou bien leur interdire d’embrasser une autre religion que l’islam ? Il faut rappeler que depuis plusieurs mois, les autorités religieuses algériennes font de leur mieux pour contrer le prosélytisme. Les procès pour délit chrétien se multiplient à l’ouest du pays, où 26 lieux de culte non autorisés sont fermés. Mais cela ne change en rien le fait que le nombre des convertis est de plus en plus important. Le ministère des Affaires religieuses voit d’un très mauvais œil ces conversions et explique que ces évangélistes seraient probablement en train de constituer une minorité de chrétiens en vue d’immixtions étrangères dans les affaires du pays. C’est peut-être pour mettre fin à cette anarchie que la loi 2006, qui régit la pratique des cultes non musulmans, prévoit des peines et des sanctions contre l’exercice d’un culte autre qu l’islam et conditionne l’exercice d’un autre culte à l’obtention d’une autorisation.

Il est à rappeler que l’église catholique d’Algérie, présente depuis les premiers siècles du christianisme, n’a jamais usé de ces procédés pour attirer les Algériens et les détourner de leur religion. Donc ce n’est pas tant le spectre du christianisme qui fait peur, mais plutôt le prosélytisme de l’église méthodiste et sa haine de l’islam qui doit nous alerter. Khadidja Mohamed Bouziane

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Pratiques des rites religieux

A-t-on besoin d’une telle loi ?

Par quel espèce de pirouette sommes-nous passés de l’application de la loi contre le prosélytisme à ce qui ressemble à un procès moyenâgeux pour apostasie ?

Habiba Kouider, dont le procès est en attente de compléments d’informations, serait poursuivie en vertu de la loi de mars 2006. Celle-ci comporte une série de mesures administratives et des sanctions pénales à l’encontre de qui « incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion (…), fabrique, entrepose ou distribue des documents imprimés ou métrages audiovisuels ou tout autre support ou moyen qui visent à ébranler la foi musulmane » ou qui exerce un culte autre que musulman « en dehors des édifices prévus à cet effet et subordonne l’affectation des édifices pour l’exercice du culte à l’obtention d’une autorisation préalable ». Le texte crée également une commission nationale des cultes chargée de donner "un avis préalable à l’agrément" des associations à caractère religieux et à l’affectation d’un édifice à l’exercice du culte.

Cette loi est sensée lutter contre le prosélytisme, mais elle avait suscité au moment de son adoption des craintes, notamment de l’église catholique, alors qu’un représentant de monseigneur Tessier déclarait à l’AFP, en mars 2006, que « cette loi n’est pas très rassurante. Dans la formulation nous ne sommes pas très satisfaits. Des gens mal intentionnés peuvent en faire un usage abusif ». Des craintes fondées dans la mesure où le premier procès religieux qui aura défrayé la chronique aura été celui d’un prêtre catholique, condamné par le tribunal d’Oran à un an de prison avec sursis pour avoir « célébré un rite dans un lieu non reconnu par le gouvernement ». Selon l’ancien archevêque d’Alger, monseigneur Henri Teissier, « ce qui surprend le plus est que la condamnation a été émise parce que le prêtre avait rendu visite à un groupe de chrétiens du Cameroun : il n’avait pas célébré de messe, il avait seulement prié avec eux, le 29 décembre 2007, juste après Noël ».

Contre qui ?

Persécution, le mot est dit. Mais persécution de tous les chrétiens sans distinction, serait-on tentés de croire puisque dans un autre cadre, mais au même moment, le pasteur Hugh Johnson, qui vivait en Algérie depuis plus de 45 ans et qui a été pendant plusieurs décennies le président de l’église protestante algérienne, s’est vu refuser le renouvellement de son titre de séjour début mars et a dû quitter le pays.

Pourtant, lors de la promulgation de la loi de 2006, les doigts étaient pointés vers les actions de prosélytisme. Sans le dire, on regardait vers les églises évangéliques qui, au-delà de la religion, proposeraient visas, argent et autres cadeaux en nature pour séduire des musulmans, apparemment à la foi chancelante et aux besoins sociaux économiques impérieux, qui seraient finalement assez nombreux pour obliger les pouvoirs publics à promulguer une loi dans un souci de préservation de l’ordre public.

La bonne foi de Abderrahmane Chibane, président de l’association des ulémas, ne peut être remise en question à ce propos alors qu’il déclarait à El Watan, en mars 2007, que les investigations des membres de son association dans différentes wilayas « ont démontré que l’église évangélique applique des méthodes qui doivent susciter la réaction de services de sécurité (…). Cette église ne peut suivre une vraie voie catholique ou protestante, quoi qu’elle se déclare protestante. Les missionnaires évangéliques nord-américains qui visitent l’Algérie pour rejoindre leurs amis dans les wilayas appartiennent tous aux groupes de néo-conservateurs… L’église évangélique cible la Kabylie, supposée être le maillon faible, Aïn Sefra, Sidi Bel Abbès, Mostaganem, Oran pour leur prétendue mentalité espagnole et française, puis le Sahara en se basant sur Timimoun et Tamanrasset… Nous avons des exemples répétés dans toutes les régions du pays visées par l’église évangélique ».

Péril en la demeure ?

Déclaration assez péremptoire alors que l’on sait que le monde évangélique, aujourd’hui, est une véritable mosaïque. La diversité qui y règne est à l’image des firaq en islam et entre autres reproches que l’on doit faire à la loi, c’est qu’elle manque de préciser les détails. Effectivement, au-delà des églises évangéliques qui peuvent faire usage de moyens pas très « catholiques » pour convaincre des brebis musulmanes égarées, il y a aussi un tas de sectes ou de mouvements spirituels qui peuvent agir dans le cadre de l’application de la clause sur la liberté de conscience inscrite dans la Constitution. Dès lors, on voit bien que la loi veut agir sur les aspects matériels de ce qui pourrait constituer une manipulation des esprits et cela devient insuffisant et même provoque des errements préjudiciables à l’image du pays. Effectivement, comble du paradoxe, il aura fallu qu’au nom d’une loi républicaine, on aille intenter des procès en apostasie alors que rien dans les lois algériennes n’interdit en principe le choix libre de sa foi.

Amine Esseghir

Les églises évangéliques et le monde arabe

Selon le politologue français Charles Saint-Prot, grand connaisseur du monde arabe et musulman - il fut ami de Michel Aflaq – l’action des églises évangéliques dans les pays arabes se présente sous un triple aspect. D’abord une propagande anti-musulmane qui dispose de moyens considérables et qui vise à accuser les musulmans de tous les maux de la terre. Pour lui, les évangéliques sont les premiers à organiser, en liaison avec les néoconservateurs américains, connus pour leur engagement pro-israélien, des campagnes visant à assimiler l’islam au terrorisme, donc à « l’axe du mal ». Le premier terrain de cette propagande serait, selon Saint-Prot, l’Arabie saoudite contre laquelle ils poursuivent une propagande inlassable tout en encourageant certaines confréries, des sortes de sectes d’obédience musulmane donc, à semer la division religieuse au sein du royaume.

Ensuite, l’instrumentalisation des communautés chrétiennes arabes est en action au Liban, en Palestine, en Syrie, en Irak.

Enfin, pour lui, la conversion des musulmans est l’aspect le plus spectaculaire de l’activité des évangéliques. Pour lui, il ne fait aucun doute que l’évangélisation de communautés musulmanes dont les origines ethniques peuvent suscité des projets sécessionnistes et anti-arabes chez les Kurdes d’Irak et de Syrie, en Kabylie ou dans les régions berbérophones au Maroc, tiennent de cette dimension.

Il faut savoir que depuis 1947, de nombreux dirigeants militaires et politiques américains, dont les Bush, appartiennent à un groupe évangélique, secret apparemment, dit « la famille ». Cette organisation s’était alliée au Vatican, en Amérique latine, contre les théologiens de la libération, elle conduirait aujourd’hui, selon Saint-Prot, une double offensive contre les catholiques et contre les musulmans. Selon de nombreuses analyses jugées certes exagérées, « la famille » fournit désormais le principal encadrement politique aux États-Unis, et étendrait son influence dans le monde via ses missionnaires.

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Pratique des rites religieux

Que cache l’affaire de Tiaret ?

L’affaire de la jeune chrétienne de Tiaret a provoqué récemment une polémique sur la question de la liberté de conscience. Elle a surtout relancé le débat sur l’instrumentalisation du fait religieux.

Habiba Kouider, 37 ans, interpellée pour prosélytisme, est passée devant le tribunal de Tiaret le 25 mai dernier. Le procureur avait demandé trois ans de prison ferme contre cette éducatrice, mais le tribunal a décidé de surseoir au verdict en ordonnant un complément d’enquête. Le même tribunal a également reporté le verdict au 3 juin 2008, dans une affaire similaire d’exercice « illégal » du culte non musulman, impliquant six autres personnes de Tiaret, Tizi-Ouzou et Oran.

Interpellé par les témoignages d’Algériens de confession chrétienne, ainsi que par les commentaires des titres dénonçant « le temps de l’inquisition », « le retour en force des repentis islamistes » et « la montée en puissance des lobbies islamo-conservateurs », le procureur général près de la Cour de Tiaret a fini par défendre la neutralité de la justice qui, selon lui, respecte les individus et les associations qui pratiquent leurs rites religieux, en référence au cadre défini par la loi 2006.

A Alger, l’Etat, faisant écho à ces déclarations, a réaffirmé, par la voix du ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, sa volonté de veiller sur « le respect de la liberté de culte » consacrée par la Constitution. Mais en dépit de tous ces rappels, la décision d’enjoindre un complément d’enquête a été contestée par la défense de Habiba, qui a estimé que le verdict du tribunal n’est qu’« une décision intermédiaire » destinée à apaiser les esprits et non pas à trancher sur le fond du problème, à savoir la condamnation ou la relaxation de sa cliente.

Le procès médiatisé de Habiba a mis à nu les transgressions faites à l’islam, puisque cette religion n’identifie pas d’intermédiaire entre Dieu et le fidèle (la conscience du croyant). Il met en outre en avant les contradictions qui tiraillent un pays en transition, ayant un pied dans le moule passéiste et l’autre dans la modernité. La population, certes majoritairement musulmane, comprend aussi des musulmans appartenant à des écoles autres que le malékisme, de chrétiens (catholiques et protestants), ainsi que des agnostiques et même des non-croyants. Cette vérité, résultat à la fois de l’histoire du pays, des mutations subies et des influences d’un monde devenu un grand village planétaire, est souvent dissimulée sous prétexte que la société n’est pas prête à assumer ses différentes composantes. Pourtant, l’occultation fait le jeu, d’une part des clergés autoproclamés qui sont allergiques aux droits fondamentaux de l’individu, et de l’autre, de ceux opposés à une critique sans complaisance des discours instrumentalisés par l’Etat, des hommes de religion ou des partis politiques. Méditons les propos du Mufti de Marseille, Souheil Bencheikh, rapportés récemment par Liberté : « Il n’y a que les fois fragiles qui fuient le dialogue et la comparaison. »

Une croisade contre qui ?

La Constitution algérienne stipule que l’islam est religion d’État. Mais elle garantit en même temps l’exercice d’autres cultes et respecte les libertés de conscience. Dans les faits, cette fonction est revue au gré des projets politiques du régime en place, des projets tributaires du niveau d’ouverture, des convictions doctrinales des gouvernants et de leur propre vision sur l’Algérie. Le 28 février 2006, le ministère des Affaires religieuses a élaboré une loi en vue d’organiser le culte musulman et de mettre fin à l’ouverture anarchique des salles de prière. Par ailleurs, cette loi est venue réguler la pratique des cultes non musulmans, la conditionnant notamment à une autorisation préalable auprès du wali. Cette loi a suscité des critiques, internes et surtout externes. Dans un rapport publié au lendemain de l’adoption de l’ordonnance contre le prosélytisme religieux, le département d’Etat américain a réagi, laissant entendre que la liberté du culte a régressé en Algérie. De son côté, la communauté chrétienne, notamment protestante, a dénoncé « le zèle » avec lequel sont appliquées les dispositions de la loi de 2006. Au lieu de se doter de programmes de sensibilisation et de rapprochement entre les Algériens, une campagne contre l’évangélisation a été lancée pendant l’année 2007, par les autorités publiques, favorisant, sciemment ou involontairement, la voie de la confrontation islam-christianisme. Une cellule spécialisée dans la surveillance des activités d’évangélisation en Algérie a été installée par la présidence de la République, ciblant spécialement les wilayas de Tizi-Ouzou, Mascara et Sidi Bel-Abbès, ainsi que des régions du Sud. Notre confrère El Khabar, ayant reçu une copie du rapport de ladite cellule, rédigé par des cheikhs et ulémas, et transmis au Chef de l’Etat en janvier dernier, a informé qu’un plan est en préparation. Celui-ci comprendrait, entre autre, la création d’une commission chargée de la lutte contre la christianisation, qui serait coordonnée par la présidence de la République et la chefferie du gouvernement, afin de « réagir devant la croisade ».

Un vide à combler par l’Etat de droit

Cela nous renvoie au fameux projet de la Grande mosquée d’Alger, initié par le président Bouteflika et dévoilé en octobre 2007 : celui-ci semble obéir à la même logique, même si sa présentation en termes de capacité d’accueil (120.000 fidèles) et de coût (3,5 milliards de dollars) laisse présupposer la domination de l’islam sur les autres religions. Dans ce cas, le recours à la tactique vise à conforter la majorité des Algériens, en vue de les conditionner au fait religieux et de procéder à la révision constitutionnelle au moment opportun. Aujourd’hui, tout laisse croire que le projet d’Etat théocratique (islamiste), bloqué au début des années 1990, est en train de se réanimer au détriment de la culture d’Etat moderne et de l’ancrage républicain-démocratique. Les déclarations défaitistes du ministre des Affaires religieuses, qualifiant les évangélistes de « hors-la-loi » et les accusant de vouloir constituer « une minorité (de chrétiens) en vue d’immixtions étrangères » dans les affaires intérieures du pays, sont là pour le prouver. Quant à la sortie médiatique, le 22 mai dernier, du chef du gouvernement, loin de contribuer à l’apaisement des esprits, constitue une grave dérive. En proclamant que la société algérienne « a pour Constitution le Saint Coran », Abdelaziz Belkhadem se dessaisit de sa casquette neutre de haut responsable de l’Etat et s’aligne sur les revendications islamiques, dont celles avancées par l’ex-FIS. Il cherche à alimenter le climat de défiance, mais confirme dans le même temps l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques. Il ne faut pas exclure d’autres logiques et enjeux, telle que la volonté délibérée de politiser certaines affaires, comme le procès de Habiba, en prévision des prochaines échéances électorales et d’annonces de changements politiques.

La question de fond reste néanmoins posée : en dépit de l’existence des lois et de la ratification, par notre pays, de conventions internationales, y compris celle relative à la défense des droits de l’homme, l’Algérie contemporaine tarde à se doter d’une politique claire en matière de traitement judiciaire, particulièrement celui des affaires liées aux libertés publiques. Ce vide paraît convenir à certains milieux, qui l’exploitent à fond pour détourner l’attention des Algériens de leur droit de demander des comptes sur l’usage des richesses de l’Algérie.

Z’hor Chérief Source : Les Débats


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Réactions

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mardi 12 octobre 2010 à 09h04, par  BENKAM

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invité(e) Posté le : 10/06/2008 16:47 Mis à jour : 10/06/2008 17:06
Re : Pratiques des rites religieux/Le danger de l’ég…
C’est donc bien les Etats Unis qui sont en cause dans ces affaires d’évangelistes.
Ils sont ""la parole des néoconservateurs américains" actuellement au pouvoir. Ce sont les porte paroles de ces églises "protestantes" évangéliques dérivées au fil des années des premières religions réformées du XVe siècle et qui étaient les luthériens et les calvinistes.

Aux Etats Unis, tous les autres créateurs "d’églises" et il y en a un paquet, y ont vu une façon de faire parler d’eux et, accessoirement, de gagner de l’argent.
La dérive ultime étant l’établissement de sectes dont vous connaissez tous les noms…


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invité(e) Posté le : 11/06/2008 18:52 Mis à jour : 11/06/2008 19:04
Re : Pratiques des rites religieux/Le danger de l’ég…
Tous les moyens sont bons pour faire abdiquer cette Algerie qui ne veut pas se soumettre au didakt français.Alors, vigilance !

hidjara.

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