Quand Ferhat Abbas prend la défense du prophète (2e partie et fin)

Texte présenté par M. Khaldoun
Si les Pères Blanc ont obtenu en Algérie quelques conversions, ils le doivent surtout au prestige du canon. Le christianisme est de nos jours la religion des « cuirassés » et des « mitrailleuses ». Pour les âmes débiles, c’est là une auréole sans égale. Pour le reste, on oublie trop souvent qu’un musulman est aussi chrétien qu’un catholique ou un protestant. L’Islam c’est la croyance en Moïse et en la Sainte Bible ; c’est la croyance en Jésus, souffle de Dieu, et en sans Sainte-Mère. Mais c’est un chrétien avec quelque chose de plus : la croyance à la prophétie de Mohamet. Comment alors espérer, par une conversion, une sorte de retour en arrière ?
« Il est très difficile, sinon impossible, de se faire une idée exacte de ce que pourrait l’état d’âme d’un musulman évangélisé par un chrétien ; on n’en aurait qu’un image approchée en se représentant les sentiments d’un chrétien éclairé, qu’un idolâtre chercherait à convertir à ses superstitions grossières » (Comte Henry de Castries : « L’Islam ») Tel est le sentiment d’un catholique sur le prosélytisme des missionnaires. Puisque-t-il éclairer le pape sur les véritables destinés de l’Eglise ! Il y a en Europe tant de misère à soulager, tant d’âmes à sauver, tant de vies humaines à épargner, que l’or dépensé pour évangéliser les pays musulmans pourrait avoir un meilleur emploi. Quant à nous, musulmans, nous espérons que les temps sont proches où Parole Divine, mise à la portée de tous, sera notre seul guide dans nos relations avec les chrétiens et les juifs : « N’engagez des controverses avec ceux qui sont détenteurs des Ecritures Saintes que de la manière la plus polie, à moins que ce ne soit avec ceux qui vous ont porté du tort. Dites : nous croyons aux Livres qui vous ont été envoyés à vous autant qu’à nous. Vous et nous avons le même Dieu. » (Le Coran, XXXIX, verset 45.) Pour frapper l’Islam dans son essence même et l’atteindre dans ce qu’il a de plus respectable, M. Servier, - après bien d’autres, - a représenté notre Prophète comme un pantin ambitieux et cruel, rancunier ; comme une sorte de candidat à la députation, une espèce d’imposteur hypocrite, sans conviction et sans rêve, quelque chose comme un déchet humain. Ce sont là des mensonges gratuits, inventés de toutes pièces pour soutenir une thèse insoutenable. Mahomet a vécu en pleine lumière historique et tout concorde pour montrer en lui un homme sain, fort et résistant. Il a été pauvre mais n’a jamais connu la misère. Né à la Mecque, il fut élevé à la campagne nourri de lait et habillé de laine. Jusqu’à l’âge de quarante ans, il se consacra à différentes travaux où il excella. Il est tour à tour caravanier, gérant, commerçant. Sa vie est simple, vertueuse ; ses avis sont équitables, ses jugements sûrs. Ses contemporains le surnommèrent le Fidèle, l’Arbitre. Quand l’heure sonna du bouleversement de son existence, il ne pensait pas le moins du monde à se venger d’une cité qui l’honorait et le respectait, encore moins songeait-il à la suprématie matérielle. C’est la Mission à remplir qui troublera cette quiétude. C’est le rêve qui s’emparera de cet homme. Mahomet est humble, tremblant, doutant de lui-même. Il souhaiterait pouvoir revenir en arrière, ne plus entrevoir cet avenir radieux effrayant. Il lutte contre cette œuvre étrangement grande ? Mais Volonté de Dieu doit s’accomplir. « Nous allons te révéler une parole bien lourde » (Coran). Il le sait aussi : aussi ne l’accepte-t-il pas : il la subit. Il sera l’Elu qui portera à l’humanité la dernière parole divine : « le caractère religieux de Mahomet frappe l’observateur impartial par sa sincérité. Mahomet fut un réformateur religieux, aux convictions profondes et ce n’est qu’après une longue période de méditation qu’arrivé à l’âge mûr il entreprit l’œuvre missionnaire d’une immense portée qui devait faire de lui l’une des plus éclatantes lumières de l’humanité religieuse. « En combattant le polythéisme et l’immoralité de ses contemporains, il apparaît en Arabie dans les mêmes conditions que ces Prophètes d’Israël qui nous semblent si prodigieusement grands dans l’histoire de leurs pays » (E. Montet : « Islam ») Voila l’homme dans toute sa simplicité et sa force. Si un tel homme n’est pas un Prophète, comment Abraham, Jacob, Moïse et Jésus pourraient-ils l’être ? Il dira : « J’ai été envoyé pour parfaire ce qu’il y a de généreux dans la nature de l’homme. « Les créature humaines sont la famille de Dieu et celle d’entre elle qui est la plus chère au Seigneur est celle qui est la plus utile à sa famille. » « Une seule âme vaut mieux que les plus les plus riches conquêtes. » (Hadits) « Pas de contrainte en religion » (Coran) Il ne sera pas uniquement moralisateur ; sa prophétie s’élèvera au degré d’une organisation sociale équitable. Elle concentrera toutes les forces éparses. Une grande révolution s’accomplira, à un tel point que le fier prince du Yémen dira à l’esclave : mon frère. Les énergies s’accumulenlleront. Il ne restera plus qu’à provoquer le réveil du Monde. « Travaille ici bas comme si tu devais vivre éternellement et prépare-toi à la vie future comme un homme qui doit mourir demain. » « L’instruction est obligatoire pour tout musulman et toute musulmane. » « Parmi les droits du fils sur le père, il y a celui de lui donner l’instruction. » « Un seul mot de science a plus de valeur que la récitation de cent prières. » « Celui qui s’endort rassasié, sachant que son voisin a faim, n’est pas des nôtres. » « Quand l’Humanité a faim, personne ne peut plus se réclamer de la propriété privée. » (Hadiths) « O peuple, écoute mes paroles et grave les bien dans ta mémoire. » »Sache, O peuple, que ton sang, tes biens et ta dignité te sont sacrés comme est sacré ce jour-ci, dans cette ville-ci, dans ce mois-ci, depuis ce jour, jusqu’au jour où vous comparaitrez devant Dieu. » « O peuple, sois clément et équitable envers toi-même. » « Sache que tout musulman est le frère de l’autre, que tous les musulmans sont frères entre eux et que vous êtes égaux entre vous, et que vous n’êtes qu’une famille de frères. » « O peuple ! Sache que nul n’a le droit de s’approprier ce qui appartient à son frère à moins qu’il ne le reçoive de lui son plein gré. » « Gardez-vous de l’injustice, personne ne doit la commettre au détriment de son frère, elle entrainerait votre ruine perpétuelle. » (dernier Sermon du Prophète à Arafa). « Dieu ne change l’état d’un peuple que si les individus changent eux-mêmes » (Coran) Voila la morale de l’Eglise et l’Effort qui a fait la grandeur de l’Islam ; voila l’enseignement, hélas, oublié ! du Prophète, que M. Servier et la Chrétienté fanatique ont trainé dans la boue, sans respect pour notre Croyance et notre Foi, sans respect pour la vérité historique. Connaît-on un seul ouvrage où l’Islam ait calomnié avec tant d’âpreté le Christ et la religion chrétienne. Nous n’avons pas la prétention de détruire irrémédiablement l’erreur. La tâche est grande et requiert des connaissances que nous possédons pas. Dans ces conditions, il convenait peut-être mieux de pleurer en silence les malheurs de l’Islam à l’exemple de Salambô pleurant l’antique gloire de Carthage. « Ah ! pauvre Carthage, lamentable ville ! Tu n’as plus pour te défendre les hommes forts d’autrefois, qui allaient au-delà des océans bâtir des temples sur les rivages. » Il sied aux musulmans, comme à la fille d’Amilcar, de porter le deuil des bons bergers d’autrefois.



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