Quand Ferhat Abbas prend la défense du prophète (1re partie)

vendredi 30 mai 2008
par BENKAM

Vu de l’Occident, le monde de l’Islam apparaît complètement étrange, avec des règles, des lois, des coutumes et une logique totalement différentes de celle auxquelles les occidentaux sont habitués. Et cela ne vaut pas que pour le passé. Autrefois, l’ignorance et le la méconnaissance mutuelles furent des difficultés majeures pour se rencontrer pour établir un dialogue ; ce qui pouvait justifier les images stéréotypées à l’égard des musulmans.

Introduction et présentation : M. Khaldoun Source : le Jeune Algérien.

De nos jours, alors qu’il est évident que les contacts se sont multipliés et que de profonds changements sont intervenus dans les rapports entre les deux entités, les préjugés, certaines hostilités et une haine parfois viscérale demeurent bien enracinés ; les exemples les plus marquants, sans parler de la littérature abondante à ce sujet, restent les caricatures du prophète et le film « Fitna » anti-islam du député populiste Geert Wilders. Pour ce qui est de la colonisation, l’Islam et les musulmans ont toujours été l’objet d’une représentation qui n’a pas cessé de grossir avec le temps. La montée du mouvement nationaliste, après la 1re guerre mondiale, poussa la presse colonialiste et certains hommes de lettres, tels que Louis Bertrand et André Servier, à lancer une campagne hostile contre l’islam ; dans cette campagne ni les musulmans, ni leur civilisation, ni leurs symboles ne furent épargnés d’où la réaction de certaines personnalités nationalistes de l’époque. Pour Ferhat Abbas, tout cela méritait d’être relevé, il rédigea alors l’article suivant, intitulé : « la colonisation et la haine religieuse contre l’islam, Le Prophète ».

Le Texte de F. Abbas La colonisation et la haine religieuse contre l’islam, Le Prophète A la théorie de la supériorité raciale, inventée par l’impérialisme occidental, il faut ajouter la méconnaissance de la civilisation musulmane. En réalité, l’œuvre sociale de l’Islam est immense. Il a réalisé ce miracle qu’en éduquant l’intelligence il a éduqué le sentiment. Entre les peuples divers il a crée un lien indissoluble, une fraternité sans égale. Voila sa force. Car la civilisation n’est pas dans le perfectionnement d’un matériel industriel et guerrier ; elle est dans « le cœur de l’homme ou elle n’est nulle part ». Il est bon de le rappeler à l’heure où l’Europe chrétienne, douloureusement éprouvée par l’égoïsme des économies nationales, cherche vainement son équilibre et une formule de paix et d’entente. L’Islam, à l’époque de sa splendeur, n’a pas connu ces difficultés. Son organisation sociale a fait disparaître simultanément les frontières et les luttes de classes. C’est beaucoup. Cette société n’était pas parfaite, c’est entendu. Mais la civilisation européenne serait-elle aujourd’hui sans défaut ? Le monde chrétien a méconnu cette civilisation particulière de l’Islam. Certains ont même écrit que rien n’existait en dehors de la pensée gréco-latine. C’est là un argument facile. L’histoire universelle ne commence pas, j’imagine, avec Rome et la Grèce. Il y a eu des civilisations antérieures, et M. le professeur Gautier nous le dit, avec sa netteté habituelle : « Cette même civilisation, nous l’avons reçue, il y a un petit nombre de siècle. Elle est apparue très loin de chez nous, au Levant, en Egypte, en Chaldée, chez l’homme méditerranéen, sémite ou proto-sémite . »(E.F. Gauthier, Les siècles obscurs du Maghreb, Payot, 1927). Anatole France ne dira pas autre chose. C’est dans le Jardin d’Epicure que l’antique Phénicien Dadmus, ressuscité, entretient le grand maitre des temps anciens : « J’ai trouvé en Grèce des sauvages armés de bois de cerfs et de pierres éclatées. Je leur ai donné le bronze et c’est par moi qu’ils ont connu tous les arts. » Telles sont les origines de la civilisation hellénique, qui n’a fait, en réalité, que continuer des civilisations antérieures, et qui s’est perpétuée elle-même à travers la civilisation romaine. Lorsque cette dernière, décadente, laissa tomber de ses mains ce flambeau déjà millénaire, ce fut l’Islam naissant qui le recueillit, acceptant la lourde tâche d’entretenir et de vivifier la flamme. Et, en vérité, elle brûla d’un vif éclat durant des siècles. C’est cette civilisation musulmane, parvenue jusqu’à l’aurore des temps modernes, qui préludera au réveil du moyen Age européen. Par elle, il connut l’interminable chaine des connaissances humaines forgées par des peuples divers et dont les premiers anneaux se perdent dans la nuit des temps. Il ressort cependant d’un examen général que, quelle que soit la part de chacun, l’Asie reste la mère de toutes les idées généreuses. C’est la terre bénie des civilisations de l’Inde et de la Chine ; la terre de Moïse, de Cadmus, du Christianisme de l’Islam, de Ghandi. C’est, en quelque sorte, le cerveau de l’humanité. Lorsque donc l’outrecuidance de certains Européens vient nous dire : ceci est romain, ceci est à nous, ne nous appartient-il pas de répondre qu’il fut à nous avant même qu’il fût à Rome ? Ce sont là, à vrai dire, de pures chicaneries que nous laissons volontiers à nos détracteurs. Ce qui demeure, c’est que chaque civilisation a enrichi ce patrimoine universel du fruit de sa pensée et de son travail, et que la part de la civilisation arabe, fut, en ce temps, grande et utile. « Les Arabes doivent être regardés comme les véritables fondateurs des sciences physiques expérimentales en prenant cette dénomination dans le sens auquel nous sommes habitués aujourd’hui. Ils s’élevèrent à un degré d’expérimentation presque inconnu des Anciens . » (Humbolt : « Cosmos »). Le Dr Gustave le Bon, dans son ouvrage « La Civilisation arabe » affirme la même chose : « Quand on étudie leurs travaux scientifiques, dit-il, et leurs découvertes, on voit qu’aucun peuple n’en produisit un aussi grand nombre dans un temps aussi court. Lorsqu’on examine leurs actes, on reconnait qu’ils possèdent une originalité qu’on n’a pas dépassée… Expérimenter et observer, telle fut la méthode des Arabes. » Si l’on me permettait un exemple, pour illustrer encore ma pensée, je choisirais celui-ci : l’étude de la littérature française, pour un esprit non averti ne révélerait aucune originalité. Là c’est du romain et du grec ; ailleurs, c’est de l’italien, de l’espagnol, de l’anglais, voire de l’arabe. Faut-il conclure que le Français n’a fait que copier et que la littérature française n’existe pas ? En réalité, l’impossibilité de dégager ce qui est essentiellement français qui n’appartient qu’à la France, à Molière ou à Racine, par exemple, ne doit pas nous amener à la conception de la stérilité de la pensée française, mais plutôt à la conclusion que notre étude a été superficielle ou que nous sommes de mauvaise foi. Or, précisément, l’Europe a été non seulement ignorante des choses de l’Islam, mais encore prévenue contre lui ; elle fut dans ses jugements partiales et de mauvaise foi. Les haines religieuses ont faussé la vérité historique. Des détracteurs passionnés donnèrent libre cours à leur antipathies, ce qui nous valut les opinions les plus fantaisistes et les plus contradictoires sur l’Islam. Notre prophète bien aimé n’était lui-même qu’un « sale et perfide Arabe », et l’Islamisme « un amas de dogmes abrutissants et sauvages ». Dans ces conditions, était-il possible de parler d’Histoire ? Aujourd’hui, malgré sa supériorité incontestable et la déchéance du monde musulman, la chrétienté n’a pas désarmé. Elle persiste dans sa lutte séculaire contre un ennemi depuis longtemps terrassé. Tout récemment, elle nous permit d’apprécier un ouvrage qui est, il faut en convenir, un chef d’œuvre de haine. Nous voulons parler de « L’Islam et la Psychologie du musulman », de M. André Servier. Ce dernier écrit : « Mahomet, c’est un bédouin mekkois, mais un bédouin dégénéré. « Dépourvu d’imagination, comme la plupart des Bédouins, ce n’est pas à l’avenir que songeait Mahomet dans sa caverne du mont Hira : c’est au passé et au présent. Il revivait sa jeunesse de misère, de privation et d’humiliations parmi les riches mekkois…Il songeait à l’orgueil insolent de ces caravaniers, surtout à cette bataille malheureuse où il avait connu toutes les transes de la peur, et où il avait encouru la honte de fuir sous les yeux de ses concitoyens… « Mahomet n’a pas parlé de l’instruction de la femme. Aucun souci moralisateur. Mahomet obéit en toutes circonstances à des préoccupations politiques. C’est un chef de parti qui lutte pour imposer son influence ; le succès, à ses yeux, n’a d’autres consécrations que la suprématie matérielle. » Nous pourrions multiplier les citations. Les cinq cents pages sont écrites avec ce parti-pris toujours égal et une haine à peine contenue. De la littérature arabe, M. Servier ignore tout, sauf les quelques contes des « Mille et une Nuits » qui servent à la préparation de la « Prime d’Arabe » (Examen que passaient les fonctionnaires en Algérie et qui leur permettait d’avoir un supplément de traitement) en Algérie. Et il nous confesse que son « seul mérite est d’avoir réuni en vingt-cinq années de recherches les preuves qui établissent la morne stérile de l’Islam et l’éternelle vigueur de la pensée gréco-latine ». Ceci, bien entendu, il le dit à son maître, M. Louis Bertrand, qui le félicite et l’approuve. C’est fort bien. Pour nous, vingt-cinq années de recherches pour établir que Mahomet n’a pas parlé de l’instruction de la femme, qu’il n’a eu aucun souci moralisateur, qu’il ne songeait pas à l’avenir, qu’il ne visait que la suprématie matérielle, nous paraissent du temps perdu. Mais ce n’est certes pas ce tissu d’erreurs, de contradictions et de références empruntées aux pires ennemis de l’Islam qui nous émeut et nous chagrine. Ne pourrait-on pas aussi bien écrire que Victor Hugo fut un rimailleur et Napoléon Bonaparte un petit Corse dégénéré ? C’est là une question de mesure. Mais où la déloyauté apparaît, c’est qu’après avoir posé comme principe la neutralité absolue à l’égard de la religion musulmane, M. Servier préconise dans son programme de politique nord-africaine la christianisation de l’Algérie musulmane et la destruction de l’Islam. Et cette destruction ne se fera pas franchement, au grand jour, mais par un petit travail de termites, dont les indigènes ne pourront pas s’apercevoir. Une mosquée tombé, ne la relevons pas ; encourageons et subventionnons les Pères Blancs ; cachons avec soin aux musulmans leur passé ; disons que la civilisation arabe n’a jamais existé. Cette politique témoigne d’une criminelle aberration et d’une méconnaissance absolue de la religion musulmane. C’est dire qu’elle marche vers une faillite certaine. Il faut le redire : l’Islam n’est pas la Mosquée et le marabout et ce cadre oriental créé par une littérature superficielle. L’Islam c’est la foi simple et sans décor. C’est le culte de la famille, celle de l’organisation sociale, c’est l’ordre fondé sur une morale égalitaire. L’Islam c’est la démocratie subordonnée à la culture. Le savant, voila le noble ; le génie scientifique voila l’homme supérieur. Nos politiciens « expérimentés » croient que l’Islam se disloque parce qu’un Mosquée tombe ou que le Khalifat est renversé. Allons donc ! Je porte dans mon cœur une mosquée de « granit et d’acier » qui ne s’écroulera jamais. N’a-t-elle pas résisté à la plus lamentable décadence ? Craindra-t-elle alors la paix et la lumière des temps présents ? On nous permettra d’en douter, au risque de décourager l’œuvre de la nouvelle et étrange croisade. « Nous avons sous la main d’admirables ouvriers capables d’accomplir cette œuvre : ce sont les Pères Blanc du cardinal Lavigerie. » (André Servier, L’islam et la psychologie du musulman, Augustin Challamel, Editeur, Paris, 1923.) La haine est mauvaise inspiratrice. Quand elle fait descendre la religion musulmane au rang du fétichisme, elle peut faire naître le rêve de remplacer le croissant par la croix. C’est là une erreur grossière, qu’il n’est plus permis de commettre. L’Islam ne reculera pas d’un pas. On peut bien l’asservir puisque, de ce côté-là, la puissance morale est d’un faible secours ; le khalifat peut être aboli : l’Islam demeure. Cela dépasse la compréhension de l’Europe, habituée au faste de son clergé et de ses églises. Notre fois religieuse a résisté victorieusement à tous ses malheurs. Sa force est dans sa morale et dans son dogme. « L’Islam, en tant que religion, est une puissance morale trop grande et trop digne de respect… » A Suivre.


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lundi 11 octobre 2010 à 12h03, par  BENKAM

invité(e) Posté le : 30/05/2008 21:59 Mis à jour : 30/05/2008 22:00
Re : Quand Ferhat Abbas prend la défense du prophète (1re
Les Sétifiens ne l’appellent le "tigre" pour rien !
el-moussafir

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