Quand l’errance devient fardeau

Ce qui est déjà une légende raconte que, gorge pour gorge, l’ancêtre sur le qui-vive vint, fugitif,désemparé à cause de son extrême jeunesse et de sa solitude, poursuivi par la vendetta. Il tua, la dette le suivit fidèle. Ici, il planta son destin,celui de sa prolifique descendance, dressa une demeure fruste au milieu d’un champ aride et rocailleux, la main sur la pioche et l’oeil sur l’adversité remuante et décidée qui a fait urbi et orbi, le serment d’avoir sa tête.
La légende reste vague sur les raisons qui le conduisirent à réanimer le cycle infernal de la dette. On sait seulement que l’homme qu’il tua,était entrain de réparer le toit de sa maison et que le coup de feu l’envoya à travers la cheminée. Dernier d’une lignée en voie d’extinction,l’ancêtre avait tiré le coup de feu qui allait presque l’éteindre,lui mais, sur le conseil de ses amis,il prit la fuite. Il essaya un village de la vallée,comptant sur la protection d’un cheikh prestigieux. Un jour de marche, le hasard le mit en face du fils de sa victime qui n’avait, selon la légende,on ne sait trop pourquoi du reste, aucune intention belliqueuse. Sur la défensive, l’ancêtre, tira de nouveau, allongeant la dette. Le cheikh retira sa protection et l’ancêtre, plus solitaire que jamais, gagna la montagne en quête d’un refuge, la mort à ses trousses. Il arriva, les mains nues, la vie tenant à un fil, il travailla, ici, d’arrache-pied pour le compte de ses hôtes, piocha à n’en plus finir des terres rocailleuses, bêcha, ramassa du bois dans la vallée. Debout de la nuit à la nuit, il construisit la vie nouvelle qui seule, pouvait enterrer le souvenir des turbulences et de la dette. Il prit femme, bâtit, sur un lopin de terre que lui cédèrent ses hôtes,une maison de ses mains. Petit à petit, son travail donna ses fruits : il acheta des terres, agrandit sa maison. A la naissance du premier fils que lui donna la femme du village il n’était déjà plus un étranger. Patiné,tenant à peine l’équilibre au-dessus du vide, le village est encore là, muet dans le silence des pierres et des tombes. Apre, il délimite en conscience l’espace d’enfances souvent interrompues par la frénésie hasardeuse de la ville. Il reste alors,quand l’errance devient fardeau,le bercail où on se remet de ses plaies et de ses amertumes.
A.B.A.



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