Réflexions sur le livre de Leïla Benammar Benmansour Ferhat Abbas : l’injustice

samedi 7 mai 2011
par BNIBRAS

Enfin voilà un livre exhaustif, érudit et stimulant qui comble, sur le plan éditorial, un vide sur un personnage historique qui a dominé la scène algérienne sous le régime colonial pendant des décades à une époque où il fallait du courage pour affronter le colonialisme arrogant et triomphant. Certes, il y a eu déjà deux livres sur Ferhat Abbas. Le premier, par Ammar Naroun, qui a été son adversaire politique lors des élections en Algérie avant 1954, est partial et surtout tendancieux. L’autre, par Germain Stera et Zakia Daoud, connus par leurs idées trotskystes, le moins qu’on puisse dire, est idéologique car minimisant le combat d’un homme que l’histoire a réhabilité et le situe dans la lignée des grands réformateurs et combattants de la liberté. Enfin, dans tous les livres sur la guerre d’Algérie (1954-1962), la référence à Ferhat Abbas est incontournable, tant son action politique anticoloniale le situe comme un grand patriote, nationaliste et contestataire. Guide éclairé, Ferhat Abbas le fut et, comme ceux de sa génération des années 1920, suivait avec sympathie et intérêt le combat de Mustapha Kamel dans la modernisation de la Turquie. C’est pourquoi il publie entre 1922 et 1928 de nombreux articles sous le pseudonyme de Kamel Abencérage. Ces articles relataient son combat pour plus de justice et de dignité pour ses compatriotes alors qu’il était encore étudiant en pharmacie à Alger. Ils seront réunis en 1930 en un livre, Le jeune algérien, qui est tout un programme d’un humaniste qui aspirait dans un premier temps à faire émanciper pacifiquement ses frères. Dans son livre à la fois essai et étude historique, Leïla Benammar Benmansour relate, avec brio — comme dans une démonstration scientifique — la prise de conscience aiguë du jeune Algérien qui cherche avant tout à faire évoluer son peuple, dont il est issu, vers un avenir meilleur par l’éducation tout en préservant sa personnalité et son authenticité. Pour cela, Ferhat Abbas se lance dans le journalisme politique pour contester l’ordre établi en Algérie depuis 1830. Face à l’inertie de l’administration coloniale qui défend les intérêts des seuls colons et de la minorité européenne, Ferhat Abbas ne rate aucune occasion pour rappeler le sacrifice des milliers d’Algériens morts lors de la Première Guerre mondiale pour la défense de la France sans que pour autant, en compensation, le peuple algérien ait acquis certains avantages matériels ou politiques. Il faut rappeler que Ferhat Abbas a pris ses classes dans l’action politique auprès du Dr Bendjelloul, fondateur en 1934 de la Fédération des élus de Constantine et qui, à son époque, a été un défenseur de ses frères algériens et reste lui aussi à ce jour ignoré dans l’histographie algérienne. Pour faire entendre la voix des humbles, c’est-à-dire de la masse silencieuse, Ferhat Abbas se lance dans l’action politique élective et se fera élire tour à tour, malgré les entraves administratives sociales, conseiller municipal de Sétif, conseiller général du département de Constantine et enfin délégué financier à l’échelon national. Dans toutes ces assemblées, il sera le trouble-fête par ses interventions énergiques bien fondées sur la situation de paupérisation des Algériens. Des événements vont accélérer la grogne des jeunes Algériens et poussent Ferhat Abbas à être plus exigeant pour faire accélérer la marche de l’histoire vers plus de justice et de liberté. C’est ainsi que les fêtes grandioses organisées en 1930 à l’occasion du 1er Centenaire de l’occupation de l’Algérie furent considérées comme une provocation par les Algériens et les discours prononcés lors des cérémonies perçus pour eux comme une insulte à l’égard de leurs ancêtres. Relever le défi obscurantiste des colonialistes, des lettrés de langue arabe créent l’Association des oulémas algériens en 1931 présidée par Cheïkh Ben Badis. C’est une riposte pour faire connaître à l’impérialisme français que la lutte n’est pas interrompue et qu’elle se poursuivra pour le triomphe des droits de l’homme et des peuples. La parution en 1931 en France du livre Histoire de l’Afrique du Nord en 2 tomes du professeur Charles André Julien, connu pour ses idées anticolonialistes, qui a vécu et enseigné à Oran, sonne comme une bombe à retardement. Il sera le livre de chevet des Algériens francophones qui se réapproprient le passé glorieux de leurs ancêtres alors que l’administration coloniale n’a cessé de les déculturaliser. Enfin, Cheïkh Abderrahmane Djillali, Cheïkh M’barek El Mili, Cheïkh Tawfik El Madani de leurs côtés, éditent en arabe des ouvrages historiques sur l’Algérie et qui contribuent à donner plus de souffle à l’action politique des jeunes Algériens et à leur tête Ferhat Abbas et ses compagnons de la première heure. Avec l’avènement, en 1936, du gouvernement du Front populaire en France, le président du conseil, Léon Blum, en association avec l’ancien gouverneur général Violette, veut doter l’Algérie d’un nouveau statut par l’octroi aux élus algériens de certaines prérogatives dans leurs conditions municipales quoique minimes. Ce statut fut saboté par le lobby colonial et ne sera repris qu’en 1947 sans aucun résultat probant. Le sénateur Maurice Violette publie en 1931 un livre prémonitoire L’Algérie vivra-telle ? C’est-à-dire l’Algérie des impérialistes et profiteurs. Il faut se rappeler aussi que pour cadrer la politique coloniale dans un sens plus positif, acceptable et endiguer les revendications nationalistes en Afrique du Nord, Léon Blum institue au sein de son équipe un secrétariat d’Etat aux affaires étrangères, chargé de coordonner la politique musulmane de la France, confié à M. Pierre Vienot réputé comme un libéral et crée à cette même occasion un Haut-Comité méditerranéen et de l’Afrique du Nord, qui peut être considéré comme l’ancêtre de l’Union pour la Méditerranée annoncée en 2008 par le président français, Nicolas Sarkozy. Les hommes changent mais les politiques néocolonialistes demeurent malgré la marche de l’histoire considérée par certains comme étant un éternel recommencement. Déçu par les atermoiements du gouvernement Léon Blum, et mesurant la puissance grandissante et insatiable du lobby colonial en France, Ferhat Abbas se détache avec amertume et regret du Dr Bendjelloul considéré comme trop modéré et fonde en 1938 un parti : l’Union du peuple algérien (UPA), comme s’il voulait faire comprendre que l’immobilisme n’a que trop duré et que le peuple algérien, en revanche, n’a rien de commun avec le peuple français et que l’Algérie a sa propre personnalité. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, Ferhat Abbas est conscient en 1940 que le futur conflit dont les prémices se précisaient déjà en Europe sera plus global que le premier mais sa fin entraînera des répercussions importantes dans les mentalités des peuples. Alors que la guerre faisait déjà rage en Europe, le président des Etats-Unis, Roosevelt, désigne à Alger comme son représentant personnel le diplomate Robert Murphy pour coordonner l’action politique des Alliés et de la Résistance française ? À Alger, Robert Murphy s’active tous azimuts et craint que le peuple algérien profitant de la défaite de la France en guerre contre Hitler et le nazisme ne se soulève. Il reçoit longuement Ferhat Abbas qui profite pour lui soulever certaines revendications du peuple algérien après la fin de la guerre, d’autant plus que des milliers d’Algériens sont enrôlés dans l’armée française à l’effort de guerre contre le nazisme et Hitler. Dans son livre Un diplomate parmi les guerriers (Robert Laffont, Paris 1965), Robert Murphy écrit : « Comme d’habitude, je reçus de nombreux visiteurs ; souvent inattendus notamment Ferhat Abbas qui, à cette époque (1940), était déjà un ardent nationaliste arabe. Il m’avait parlé à plusieurs reprises de l’indépendance de l’Algérie(…) » « (…)Abbas me donnait l’impression d’un homme modéré et raisonnable(…) » (P. 136 et 137). Ce témoignage d’un diplomate américain donc neutre doit être apprécié à juste valeur car résumant le combat conséquent de Ferhat Abbas. Certaines déclarations qui lui sont imputées mais rapportées ou détachées hors de leur contexte ne peuvent diminuer ni porter ombrage à son action à faire régénérer l’Algérie colonisée mais toujours debout par la volonté de ses fils comme lui et de ceux qui étaient dans son sillage. La participation des Algériens dans l’effet de guerre contre le nazisme et le décès des milliers d’entre eux sur les champs de bataille en Europe incitent Ferhat Abbas à présenter en 1944 aux Alliés et au gouvernement français le Manifeste du peuple algérien et crée la même année le Journal égalité qui prend en 1948 le nom de République algérienne. Mais les massacres de Mai 1945 à Sétif et dans d’autres villes algériennes au moment où les Alliés fêtaient la victoire sur Hitler et le nazisme, le peuple algérien subit une nouvelle répression sauvage pour étouffer toute revendication politique. Le colonialisme, mauvais élève, ne comprend pas que le monde d’après-guerre aspire à plus de justice et de liberté. D’ailleurs, la charte de l’Organisation des nations unies (ONU) créée en 1945 dans ce but proclame la libération de tous les pays sous domination. Après la création des AMI (Amis de Manifeste et de la Liberté) en 1944, Ferhat Abbas fonde en 1946 un nouveau parti : l’UDMA (Union démocratique du manifeste algérien). Le combat politique s’avère difficile mais une cause juste, rien ne peut rebuter les hommes de foi en la liberté et la dignité. Ferhat Abbas s’investit dans le combat politique libérateur avec le concours de personnalités de haute valeur morale et intellectuelle (les Boumendjel, les Sater, les Français…). Les élections locales ou nationales vont permettre aux candidats de porter la voie de la liberté dans les coins les plus reculés du pays. Les élus UDMA font entendre la voix d’un peuple qui aspire être lui-même et veut rejeter à jamais la domination rétrograde et inhumaine. Les nombreuses élections qui ont eu lieu en France et en Algérie seront une occasion pour les élus de l’UDMA de faire connaître les aspirations du peuple algérien à vouloir reprendre ses destinées par lui-même. Devant le triomphe des listes des candidats nationalistes lors des premières élections, l’administration coloniale en Algérie va s’adonner à cœur joie au bourrage des urnes pour faire élire ses mercenaires appelés à juste titre les béni-oui-oui. C’est le régné des élections à la Naegelen du nom du gouverneur général socialiste de l’Algérie (1947- 1951) de l’époque. Toutes les entraves cumulées ou ourdies pour étouffer l’aspiration du peuple algérien à plus de liberté ne font que radicaliser l’action politique des militants nationalistes algériens. Ferhat Abbas et ses amis suivent le mouvement et s’attendent à une explosion populaire pour arracher les droits d’hommes libres à un colonialisme qui est une négation à l’humble humanité. Le 1er Novembre 1954 sera l’aboutissement de plusieurs années de combat politique parce que Paris a toujours privilégié une minorité européenne sans tenir compte des aspirations de la majorité des Algériens musulmans humiliés, taillables et corvéables à merci. C’est pourquoi quelques jours après le déclenchement de la glorieuse Révolution du 1er Novembre 1954, Ferhat Abbas pouvait déclarer au journal tunisien l’Action : « Mon parti et moi-même avons déclaré clairement notre soutien total à la cause défendue par le Front de libération national. Mon rôle aujourd’hui est de m’effarer devant les chefs de la résistance armée. Les méthodes que j’ai défendues pendant 15 ans : coopération, discussion, persuasion se sont avérées inefficaces… » Il rejoindra juste après le Caire pour renforcer la délégation extérieure du FLN ; jusqu’à la victoire finale le 5 Juillet 1962. Le livre de Leïla Benammar Benmansour est venu à son heure pour combattre l’amnésie culturelle et politique qui est la plus grande source d’aliénation et une source majeure du sous-développement économique et social. Mme Leïla Benammar Benmansour a fait œuvre utile et le lecteur passionné de l’histoire devient à travers le récit son complice qui avec un talent et un style envoûtants fait partager et participer, comme si on y était, l’itinéraire de ce grand homme hors commun, Ferhat Abbas, qui, après des critiques et l’oubli bien entretenus, le fait revivre comme s’il était encore en vie. Preudhon disait : « Ce ne sont pas les hommes qui gouvernent les sociétés, ce sont les principes ; à défaut des principes ce sont les situations. » C’est le combat de Ferhat Abbas qui a tenté de fléchir le colonialisme par des principes universels et n’ayant pas pu le faire par cette méthode, il a dû épouser une situation seule à même de faire émanciper le peuple algérien, le combat armé. Ce livre est déjà un classique dans l’histographie algérienne. En traçant l’itinéraire politique de Ferhat Abbas, et son action pour le triomphe des idées de justice, de liberté, de dignité et de démocratie, Leïla Benammar Benmansour lui a redonné vie et le fait placer parmi les grands hommes qui ont jalonné l’histoire algérienne. Ferhat Abbas a eu la satisfaction intense de célébrer, en triomphateur, le 5 Juillet 1962 l’indépendance de son pays auquel il a sacrifié toute sa vie. Ni l’emprisonnement, ni l’exil, ni les souffrance morales et physiques n’ont entamé sa foi en Dieu à la justesse de son combat nourri par sa vaste culture historique. Merci à Mme Leïla Benammar Benmansour pour son travail minutieux et convaincant sur un homme qui a mérité de la Patrie. Maître Rahal Redouane, avocat-Oran Ferhat Abbas : l’injustice. Ed. Alger Livres éditions - 2010./Le Soir d’Algéie


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Réactions

mardi 19 juillet 2011 à 21h27

je voulait juste commenté l’ouvrage " demain se lévera le jour" de ferhat abbas puisque je n est eu l’occasion de lire cet ouvrage , excusé moi c est une catastrophe …. j’avait l’impresion de lire un livre traduit par un alphabéte qui cherche a collé des phrases , des idées éparpillé non organisé en plus qu’ont a utilisé des expresions traduite qui ont changés le sens propre des idées , surtous cet expresion
… je n’apartien a bni afér …. en plus de ces statistiques de sucre et de café et sa comparaison avec les prix de l’alimentation quotidienne , ça relettait cet personnalité qui voulait rendre les algeriens des vaux a rien … il defendé son mariage avec cet française avec des proverbe traduite …. les chat chinois ………………………..
c’est une puré non mixé !!!! ce cahier journal qui devait étre publié lorsque le régime de boumediene serra déchu !!!!!
l’heur est venue ….

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