Sur initiative de Ahmed Benbitour, un « Manifeste pour une Algérie nouvelle »

La nation est en danger, et le pays est à la dérive. C’est le moment d’exprimer notre solidarité avec notre jeunesse. Face à l’impasse et au désespoir, il ne reste à la jeunesse, pour s’exprimer, que la violence qui est devenue le seul moyen de règlement de conflits parmi les individus et entre les individus et l’Etat.
Cette double violence du pouvoir et de la société menace de devenir incontrôlable à tout moment. Comme l’a montré l’expérience tunisienne, lorsque la situation devient insupportable, quand le sentiment d’injustice domine, il suffit d’incidents mineurs pour provoquer des embrasements majeurs. Ce qui prime, aujourd’hui, c’est une prise de conscience collective de la menace sur l’avenir de l’Etat et de la nation.
Chaque citoyen doit intérioriser très fortement l’urgence et l’absolue nécessité du changement du système de gouvernance dans le calme et la sérénité.
Les récentes expériences algérienne, tunisienne et égyptienne, démontrent l’urgente nécessité de construire un interlocuteur valable face à un pouvoir aux abois et une jeunesse décidée à arracher sa liberté, y compris par la violence. Adhérents à ce Manifeste, nous appelons à la constitution de cercles d’initiative citoyenne pour le changement, pour créer dans la société civile les espaces de négociation et de proposition, pour prévenir toute action visant à attiser la violence entre Algériens ou prônant l’anarchie ou l’effondrement de l’administration ou de l’Etat.
Adhérents à ce Manifeste, nous nous mobilisons pour permettre le passage d’une société qui perd ses valeurs humanistes les plus précieuses, connait un incivisme généralisé, intériorise la violence, la prédation et la corruption comme mode de fonctionnement à une société qui repose sur des lois et des règles saines et respectées, sur la confiance et le respect entre citoyens, une société où la bonne éducation et le travail sont des atouts de réussite sociale et individuelle, où la justice prévaut et où la malhonnêteté, le vice et la brutalité comme mode de progression dans la sphère publique, sont proscrits et combattus.
Adhérents à ce Manifeste, nous nous engageons à nous mobiliser sans relâche en tant que citoyens pour que l’Etat algérien assure le plus rapidement possible les missions suivantes :
Mettre fin à la corruption et au mépris trop répandus parmi nos responsables politiques et administratifs ;
Mettre en place une économie de production, qui résorbe rapidement le chômage et la pauvreté ;
Développer une véritable protection sociale conforme à nos valeurs pour une amélioration des conditions de vie de tous, notamment les couches les plus vulnérables de la population ainsi que l’égalité pour tous ;
Améliorer le niveau d’éducation et de formation de l’ensemble de la population, et en priorité des jeunes générations.
Pour cela, nous nous engageons à œuvrer pacifiquement à changer le système de gouvernance algérien et pas seulement les personnes avec les objectifs suivants :
Mettre en place une démocratie moderne avec des institutions qui fonctionnent correctement, qui ne dépendent pas du bon vouloir des individus et qui sont comptables de leurs actes et de leurs résultats ;
Mettre en place des mécanismes politiques fondés sur une saine compétition, arbitrée par le peuple, seule source légitime du pouvoir, lors d’élections non manipulées ;
Promouvoir l’avènement d’une nouvelle génération de dirigeants politiques, compétents et honnêtes, en mesure de mener un véritable programme de développement, à tous les échelons du pouvoir, de l’Etat et de l’administration.
Adhérents à ce Manifeste, nous prenons également l’engagement solennel de ne pas utiliser le combat de la jeunesse de 2011 à des fins personnelles ou idéologiques et de demeurer à la hauteur des enjeux de la situation et des attentes de notre peuple.
Dans une première étape, nous appelons à la mobilisation de tous les citoyens algériens pour faire aboutir les trois revendications suivantes dans les plus brefs délais :
1. L’instauration des conditions minimales de libertés démocratiques
Nous exigeons :
La levée de l’état d’urgence, abusivement utilisé comme instrument de confiscation des libertés publiques et individuelles ;
L’ouverture du champ politique avec la possibilité de créer de nouveaux partis politiques représentatifs de la population, et de la jeunesse en particulier ;
L’ouverture du champ médiatique, notamment des médias lourds que sont la télévision et la radio.
2. La mise en place d’un calendrier politique de transition et de sauvegarde pour parvenir à l’avènement d’une nouvelle république.
Le calendrier politique de transition et de sauvegarde permettra l’avènement du nouveau système de gouvernance et la mise en place des institutions de transition chargées de l’élaboration d’une nouvelle Constitution démocratique et de l’organisation d’élection présidentielle et législatives anticipées.
Un gouvernement de sauvegarde et de transition composé d’une équipe compétente, représentative des différents courants de la société, mettra en œuvre un programme économique et social très clair de protection de nos richesses et de prise en charge des besoins les plus pressants de la population.
Une équipe de sauvegarde de la nation, en nombre restreint mais représentative des différents courants dans la société, élaborera le programme politique de transition et de sauvegarde y compris la rédaction de la nouvelle Constitution.
Dans cette phase cruciale qui s’ouvre, la mission de toutes les institutions républicaines, notamment de l’armée, de la police et de la gendarmerie, les oblige à ne plus permettre le maintien d’un illusoire statu quo, rejeté légitimement et unanimement par notre peuple. Au contraire, elles doivent contribuer, avec l’ensemble des acteurs politiques, économiques, intellectuels ainsi que les médias, à un engagement irréversible du pays dans une transition démocratique qui, à chaque avancée de la société civile, permettra aux institutions républicaines de réoccuper leur espace naturel et constitutionnel.
3. Sauvegarder les ressources de l’Algérie par la constitutionnalisation de l’utilisation des recettes d’hydrocarbures.
Le gouvernement de transition et de sauvegarde appliquera les règles suivantes pour l’allocation des recettes en hydrocarbures, qui seront par la suite inscrites dans la future Constitution :
Une première partie des recettes alimentant un fonds pour les générations futures ;
Une deuxième partie des recettes allant à des investissements avec un fort coefficient budgétaire sur la croissance de long terme, comme la santé et l’éducation ;
Une troisième partie des recettes allant, dans une phase de transition, à la mise à niveau et à la revalorisation de la Fonction publique, tout en préparant un programme urgent de refondation de l’Etat, de l’école et de l’économie.
Tirant les leçons des expériences passées, il sera mis immédiatement fin à l’utilisation des recettes en hydrocarbures pour alimenter le circuit bancaire finançant l’économie rentière et d’importation, ou les comptes du trésor finançant des dépenses d’infrastructures décidées à la va-vite et sources de commissions. Adhérents à ce Manifeste, nous entendons préserver l’avenir de nos enfants et construire dès aujourd’hui les bases saines et durables de l’Algérie dont ils hériteront.
Manifestez-vous dès à présent individuellement ou en groupes en tant que forces du changement en contactant l’adresse électronique suivante et en créant ou rejoignant des cercles d’initiative citoyenne qui porteront nos revendications.
Mobilisés et unis, rien ne nous sera impossible.
Vive l’Algérie, vive les Algériens !
Dr Ahmed Benbitour Adresse électronique : adhesion@cicc-dz.net Février 2011
Lettre publique à Bouteflika
Monsieur le Président,
Je vous écris publiquement pour solliciter votre départ immédiat et organisé, meilleure issue pour l’Algérie et pour votre personne. Votre obsession de vouloir entrer dans l’histoire n’est un secret pour personne. Malheureusement, vous n’avez rien fait d’autre jusque-là que de mériter d’être expulsé. Une chance se présente à vous pourtant aujourd’hui. Saisissez-la, c’est la dernière. De toute façon, si vous ne la chevauchez pas, elle vous piétinera et fera de vous un rebut de l’histoire. Vous avez tellement voulu vous faire un nom que pour répondre à la misère qui gagne la population, vous n’avez rien trouvé de mieux que de faire construire la mosquée la plus grande et la plus chère du continent, juste pour pouvoir y accoler votre nom. Il y a mieux.
Partez de vous-même. Je sais que comme tous les dictateurs de la région, vous ne pouvez que vous refuser à cette idée jusqu’à votre dernier souffle. Mais ayez la lucidité de constater que vous ne pouvez faire autrement. Votre sort est scellé. Il est fatalement le même que ceux de Ben Ali et Moubarak. Ayez le courage de le devancer. Ben Ali a fait 23 ans de pouvoir, Moubarak 30 ans, mais vous, il y a bientôt 50 ans que vous cumulez les postes sensibles au sommet de l’Etat, violant la Constitution pour rester président depuis 12 ans. Vous avez gouverné autant qu’Obama a vécu depuis sa naissance. Cela ne vous suffit-il pas ? Comme eux, vous avez instauré une oligarchie familiale, développé la corruption à un niveau inégalé, enrichi vos proches et voulu faire de votre frère votre successeur héréditaire. Vous avez étouffé toute expression libre, appauvri et réprimé la population, utilisé le terrorisme pour instaurer une chape de plomb, poussé les jeunes à préférer mourir noyés en mer ou plutôt vivre en Israël pendant que vous discourez sur la Palestine.
Vous nous avez fait honte jusque-là par votre mégalomanie aussi grande que vos actions étaient de petites et ridicules gesticulations, y compris vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale pour laquelle vous avez la fascination de celui qui n’est pas reconnu. N’y ajoutez pas une fuite humiliante. Je sais que vous nous avez méprisés en menaçant régulièrement de vous en aller. Faites semblant de croire que vous mettez votre menace à exécution, mais ne nous infligez pas l’humiliation supplémentaire d’une fuite honteuse. PS : Au risque d’égratigner votre ego surdimensionné, vous ne pesez pas si lourd : c’est dans des fourgons militaires que vous avez été ramené et fabriqué président ; le système qui vous a fait vous prépare déjà votre (vos) remplaçant(s). C’est aux « faiseurs de roi de l’ombre » que s’adresse ce post-scriptum : vous ne nous la jouerez pas encore une fois, c’est tout le système qui doit partir. C’est lui qui est nuisible. Bouteflika était un enfant à qui on a donné le sort de l’Algérie comme jouet.
Bensaad Ali. Maître de conférences à l’université de Provence Enseignant-chercheur àl’IREMAM-CNRS Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman Chercheur en délégation CJB-CNRS (Centre Jacques Berque de recherches en sciences humaines et sociales)
Thèmes de recherches :
Migrations internationales,
Espaces et sociétés du Maghreb, espaces transfrontaliers,
Espaces et sociétés du Maghreb,
Relations monde arabe-Afrique noire
Ouvrages publiés
L’Eau et ses enjeux au Sahara. Karthala, Paris, 2011, 382 p
Le Maghreb à l’épreuve des migrations subsahariennes. Immigration sur Emigration. Karthala, 2010, 452 pages
Migrations au Moyen-Orient en collaboration avec Mohamed Kamel Doraï, Maghreb-Machrek, n°199, Choiseul/La documentation française, Paris, 2009, 152 p.
Migrations et territoires de la mobilité en Méditerranée en collaboration avec Virginie Baby Colin et Pierre Sintes, Méditerranée, n°113, 2009, publications de l’université de Provence, 160 p.
Mauritanie : le devenir d’un Etat-charnière. Maghreb-Machrek, n°189, Choiseul/La documentation française, Paris, automne 2006, 182 p.
Marges et mondialisation : les Migrations Transsahariennes. Maghreb-Machrek, n°185, Choiseul/La documentation française, Paris, automne 2005, 146 p.
A paraître :
Le Maghreb dans la mondialisation. Méditerranée, n°116, juin 2011
Mauritanie : pays-frontière, pays-pont.
Direction Ali Bensaâd, Karthala, Paris, 201
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