Texte de la déclaration du Président Ferhat Abbas du 12 décembre 1960 ?

Tous les pays du globe ont le regard tourné sur l’Algérie. L’agitation fébrile et les slogans dérisoires des ultras, les puissantes démonstrations Patriotiques des Algériens et les fusillades dont ils sont victimes, ces événements soulignant, toute la marge qui existe entre les déclarations officiels françaises et la réalité en Algérie. Dans le but de tromper l’opinion internationale, le gouvernement français a voulu de toute évidence, faire plébisciter sa politique dans notre pays.
M.F. TOUMI
L’armée et l’administration colonialistes qui ont laissé se développer les manifestations et les provocations des ultras, ont tenté de susciter par ailleurs chez les Algériens des mouvements en faveur du statut que le Gouvernement français veut imposer en Algérie. Refusant au péril de leur vie de se prêter à une telle mascarade nos populations ont été amenées à se dresser face à l’armée d’occupation pour crier leur haine de l’oppression française et affirmer leur attachement absolu à l’indépendance nationale et au Gouvernement Provisoire de la République Algérienne. Tout cela, n’est-ce pas le signe évident que le régime colonial a perdu définitivement la partie et que notre peuple avance à grands pas vers la liberté. la guerre de reconquête entreprise par la France contre notre peuple ne peut pas arrêter son élan. Elle ne fait que renforcer sa volonté à l’indépendance. Les colonialistes français tuent, massacrent, torturent et pillent ; mais cette barbarie qui restera l’une des hontes de notre temps, s’est révélée et se révèlera absolument vaine. Nous assistons qu’on le veille ou pas, à la disparition du colonialisme en Algérie et dans le reste du monde.
Sans conteste un des phénomènes les plus marquants de l’histoire contemporaine est l’effondrement du système colonial. Sur les ruines de la domination des anciens impérialistes d’Europe, nous voyons pourtant les peuples reprendre en mains leur destin et édifier leur indépendance sur des bases nouvelles en harmonie avec leur génie propre.
Ces peuples hier encore ignorés et confondus dans l’indistinction de l’exploitation coloniale, affirment avec force leur droit à la vie, au progrès et à la dignité. Ce ne sont plus des peuples esclaves. Ce sont désormais des peuples libres dont on recherche à travers le monde la coopération et dont on s’efforce de gagner l’estime et l’amitié.
Le monde a changé de face, seuls les colonialistes français semblent n’avoir rien appris et rien compris. Qui peut s’étonner alors de l’impossibilité d’un règlement pacifique du conflit qui nous oppose à la France ?
A Melun, la France a démontré que l’autodétermination n’était pour elle qu’un slogan vide de sens. Refusant toute négociation sur les garanties d’application de cette autodétermination, elle a émis la prétention de limiter la discussion aux modalités d’une reddition pure et simple de nos forces combattantes. Nous disons que cela n’est pas sérieux.
Le Gouvernement Provisoire la la République Algérienne étant en droit de considérer comme une manœuvre dilatoire le recours à la consultation populaire. Il a conscience en effet, de représenter pleinement un peuple qui, par combat héroïque, a donné la preuve de son attachement indéfectible à l’indépendance nationale. Mais, s’il a, dans un esprit de conciliation et dans un geste de bonne volonté, accepté la voie du verdict populaire, il n’avait nullement l’intention d’abandonner à l’adversaire, le soin d’organiser, comme bon lui semble, la consultation.
En vérité, c’est une capitulation, c’est un blanc-seing que la France exige de nous. Cela procédé d’une mentalité d’un autre âge, car les temps sont révolus où les peuples écrasés sous le poids de l’oppression se laisser bercer par les promesses illusoires du colonisateur.
Toute négociation valable avec le Gouvernement Français s’étant avérée impossible, nous avons demandé aux Nations Unies d’assurer l’organisation et le contrôle d’une libre consultation en Algérie.
Le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne est prêt à s’incliner devant le verdict populaire. Pourquoi dans ces conditions, la France s’oppose-t-elle à la mise en œuvre de la procédure qu’elle a elle même acceptée ? à moins que le libre choix ne soit qu’une simple clause de style ou expédient, la France ne peut opposer aucun argument valable à l’intervention de l’O.N.U.
Cette instance internationale dont la mission est d’assurer la paix dans le monde et le droit à tous les peuples de disposer d’eux-mêmes, est devant une lourde responsabilité. La question Algérienne dont elle saisie depuis quelques jours se présente à elle cette année en termes clairs. Elle ne peut plus l’esquiver. Si le peuple Algérien a le droit de disposer librement de son destin, cette liberté ne peut être assurée que par un contrôle international.
Nous savons, par l’expérience de ces dernières années, que certains pays et particulièrement ceux de l’OTAN ont apporté leur soutien inconditionnel au Colonialisme. Ce sont là des pays qui croient encore aux vertus de la ruse et de la mystification, alors que les peuples, complétement démystifiés, les observent et les jugent.
Par ailleurs, un nombre important d’Etats Africains viennent d’être admis aux Nations Unies. Parmi les nouveaux membres on compte des pays qui ont connu comme nous la domination Française. En cette phase cruciale de notre lutte leur soutien devrait nous être acquis par avance. Or, semble-t-il, ces Etats s’efforcent de concilier l’inconciliable et de rechercher des justifications là où nous leur demandons d’être simplement conséquents avec eux mêmes.
Nous avons reçu certains de leurs leaders, nous les avons informés objectivement de la situation en Algérie et nous leur avons demandé de joindre leurs efforts aux nôtres pour hâter l’indépendance de l’Algérie et poursuivre en commun le combat pour l’unité et la libération de notre continent. Les responsables de ces pays frères, vont-ils sacrifier une solidarité forgée dans des épreuves communes aux intérêts d’une " communauté " éphémère. Ils risqueraient alors de faire fausse route au détriment de l’Afrique entière.
Bien sûr, pour entretenir l’équivoque, le Gouvernement français à la veille de l’assemblée générale des Nations Unies à pris certaines initiatives en vue d’imposer sa politique en Algérie.
Ainsi après avoir refusé sous différents prétextes de discuter avec nous les garanties de l’autodétermination, la France maintenant ne fait plus mystère d’agir unilatéralement.
Anticipant sur l’opinion du peuple algérien, la France a décidé de réorganiser les "pouvoirs publics" en Algérie en vue de doter notre pays d’un soi-disant Exécutif algérien qui ne serait qu’un paravant pour l’armée d’occupation et pour l’administration colonialiste.
Bien plus, cette réorganisation des "pouvoirs publics" implique une décision d’une partition de notre territoire, constituant ainsi une grave menace à la sécurité dans cette région du monde. Les dernières décisions du Gouvernement Français rendent ainsi plus pressante l’intervention des Nations Unies en Algérie.
Le statut octroyé ne règle rien, loin de hâter l’heure de la paix, il ne fera qu’aggraver la guerre. Nous comme convaincus que la France ne trouvera en Algérie aucun algérien digne de ce nom pour se prêter à une telle mascarade.
Si le gouvernement Français est vraiment converti à la décolonisation de l’Algérie, et si réellement ses actes, comme il le déclare à qui veut bien l’entendre, s’inscrivent dans une telle perspective, nous ne comprenons pas pourquoi il s’est refusé à tout dialogue avec le GPRA, et pourquoi il refuse aujourd’hui que le référendum soit organisé et contrôlé par les Nations Unies.
Le GPRA condamne formellement la politique française à installer un néo-colonialisme aussi nocif que le colonialisme traditionnel. Notre peuple dont on connait la maturité politique ne se laissera pas duper et maintiendra son combat.
A la 7e année de guerre, le GPRA réaffirme la détermination du peuple algérien et de son Armée de Libération Nationale de poursuivre quoi qu’il en coûte, la lutte pour l’indépendance, pour la libération totale du territoire national et pour l’intégrité de la PATRIE ALGERIENNE.
M.F.TOUMI.



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