Diversité floristique de la Kabylie des Babors (Algérie)

lundi 18 juillet 2011
par BENKAM

Auteur(s) : Rachid Gharzouli1, Yamna Djellouli2

1Département des sciences biologiques, Université Ferhat Abbas, 1900 Sétif, Algérie 2Espaces géographiques et sociétés – unité mixte de recherche (UMR) 6590 – CNRS, Département de géographie, Université du Maine, 72085 Le Mans, France En raison de ses particularités orographiques et essentiellement climatiques, la diversité floristique des forêts de la Kabylie des Babors est beaucoup plus accusée que celle de la plupart des autres régions d’Algérie. Elle présente une grande richesse floristique, avec plus de 500 espèces de plantes vasculaires. Elle se distingue aussi par la présence d’un nombre appréciable en espèces ligneuses (arbres et arbustes) avec plus d’une quarantaine de taxons (tableau I).L’objet de ce travail est l’analyse chorologique de la flore vasculaire de quatre djebels de la chaîne des Babors. Si la majorité des espèces appartient à l’élément chorologique méditerranéen, cette région se distingue aussi par une forte présence d’espèces appartenant aux éléments chorologiques septentrionaux (européen, eurasiatique, eurosibérien, paléotempéré et paléoboréal). Caractères de la zone d’étude

Situation géographique ( Tableau I )La chaîne des Babors se situe entre le littoral de Béjaïa, au nord, et les Hautes Plaines sétifiennes, au sud. À l’ouest elle est limitée par la vallée de la Soummam, à l’est par une ligne qui va d’El Aouana à Oued Deheb, au sud de Taxana (( figure 1 )). Tableau I Flore ligneuse de la région des Babors. Tableau I Flore ligneuse de la région des Babors.

Taxus baccata L

Rubus incanescens Bert.

Juniperus oxycedrus L.

Rubus ulmifolius Schott

Juniperus phoenicea L

Sorbus aria (L.) Crantz

Cedrus atlantica Manetti

Sorbus torminalis (L.) Crantz

Abies numidica De Lanno

Cytisus villosus Pourret

Populus alba L.

Ceratonia siliqua L.

Populus nigra L.

Buxus sempervirens L.

Populus tremula L.

Pistacia terebinthus L.

Salix pedicellata Desf.

Ilex aquifolium L.

Quercus rotundifolia Lam.

Evonymus latifolius Miller

Quercus canariensis Willd.

Acer campestre L.

Berberis hispanica Boiss. & Reuter

Acer monspessulanum L. subsp. martini (Jord) P.

Amelanchier ovalis Medicus

Four.

Cotoneaster nebrodensis (Guss.) C. Koch.

Acer obtusatum Waldst. & Kit. ex Willd.

Crataegus laciniata Ucria

Rhamnus alaternus L. subsp. myrtifolia (Willk) Maire

Crataegus laevigata (Poiret) D.C.

Rhamnus alpina L.

Prunus avium L.

Rhamnus cathartica L.

Prunus prostrata Labill.

Rhamnus lycioides L..

Rosa agrestis Savi

Hedera helix L

Rosa canina L.

Fraxinus angustifolia Vahl

Rosa micrantha Borrer ex Sm.

Nerium oleander L.

Rosa sempervirens L.

Viburnum lantana L.

Rosa sicula Tratt.

Lonicera kabylica Rehder

Orographie

L’ensemble de la chaîne forme une région montagneuse constituée de djebels organisés en chaînons sensiblement parallèles, orientés nord-est sud-ouest. Cette étude concerne les massifs les plus méridionaux formés, d’ouest vers l’est, par le djebel Takoucht (1 896 m), l’Adrar ou Mellal (1 773 m), le djebel Tababort (1 969 m) et, nettement détaché de l’ensemble, le djebel Babor, point culminant de la chaîne avec 2 004 m.

Géologie

Le Takoucht est formé par une lame de calcaire liasique subverticale ; l’Adrar ou Mellal est constitué essentiellement par les calcaires dolomitisés du Lias inférieur, surmontés par les calcaires du Lias moyen qui forment les crêtes ; le Tababort est aussi formé par les calcaires liasiques tandis que le djebel Babor est constitué à sa base par le Crétacé inférieur schisteux duquel émerge la série liasique essentiellement calcaire [1, 2].

Bioclimat

Selon la carte pluviométrique établie par l’Agence nationale des ressources hydrauliques (ANRH) [3], les précipitations moyennes annuelles varient entre 800 et 1 500 mm par an. La moyenne des températures minimales quotidiennes du mois le plus froid (m), varie entre - 2,2 et 1,5 °C. Celle des températures maximales quotidiennes du mois le plus chaud (M) se situe entre 25,8 et 29,1 °C [4]. Selon le système d’Emberger [5], la partie méridionale de la région d’étude, se situerait dans l’étage bioclimatique subhumide frais à froid entre 1 000 et 1 400 m d’altitude et dans l’humide froid entre 1 400 et 2 000 m. Les versants nord seraient dans une ambiance bioclimatique humide à perhumide, avec des variantes à hiver frais à froid [4]. La période sèche est inférieure à 3 mois et la fréquence du brouillard, au niveau de ces massifs, surtout durant la période estivale, atténue l’intensité de la sécheresse.

Divisions phytogéographiques

Selon les travaux de Lapie [6], Maire [7], Quezel [8, 9] et Quezel et al. [10], la Kabylie des Babors appartient au domaine méditerranéen nord-africain, à l’exception des sommets les plus élevés qui dépendent du domaine altimontain méditerranéen occidental. Le domaine méditerranéen nord-africain comprend plusieurs secteurs. Toute la partie nord de la Kabylie des Babors, jusqu’à la ligne de crêtes appartient au secteur numidien et au sous-secteur de Petite Kabylie. La partie sud, en contact avec les hautes plaines telliennes, dépend du secteur du Tell méridional ou Tell constantinois. Les sommets des montagnes forment des îlots, et constituent, avec le Djurdjura, le district du Haut Atlas Kabyle appartenant au sous-domaine numide du domaine altimontain méditerranéen occidental [8].

Diversité floristique

Méthodologie

La liste des espèces est établie à partir des relevés floristiques effectués au niveau des groupements forestiers et postforestiers de cèdre, sapin, chêne zeen et chêne vert et des pelouses avoisinantes. Ces relevés ont été réalisés selon la méthodologie phytosociologique. Les types chorologiques des divers taxons ont été attribués à partir des indications de Quezel et Santa [10] et de Maire [11].

Nombre de taxons

L’inventaire floristique réalisé a permis de comptabiliser 531 espèces appartenant à 290 genres et 73 familles botaniques de plantes vasculaires (3 chez les cryptogames vasculaires et 70 chez les phanérogames) (tableau II( Tableau II )). Le nombre d’espèces recensées, bien que relativement important, n’est pas exhaustif de la région des Babors. Les forêts riveraines ainsi que les prairies ne sont pas prises en considération dans ce travail. L’inventaire floristique de ces communautés se fera ultérieurement. Pour la région méditerranéenne de l’ensemble des trois pays d’Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie), Quezel [9, 12] donne un total de 4 034 espèces et 916 genres.

 Richesse générique

Les familles les mieux représentées sont celles des Asteraceae avec 49 genres, des Leguminosae et des Poaceae avec 25 genres, les Brassicaceae 17, les Lamiaceae 15, les Rosaceae 13 et les Caryophyllaceae 12. Les autres familles comportent moins de 10 genres. Certaines familles comme les Equisetaceae, Polygalaceae, Buxaceae, Aceraceae, Hypericaceae, Violaceae et Plantaginaceae ne sont représentées que par un seul genre dans la flore algérienne.
Tableau II Nombre d’espèces et de genres par famille.

Famille

Genres

Espèces

Famille

Genres

Espèces

Asteraceae

49

69

Berberidaceae

02

02

Leguminosae

25

47

Cupressaceae

02

02

Poaceae

25

43

Araceae

02

02

Lamiaceae

15

31

Iridaceae

02

02

Brassicaceae

17

30

Papaveraceae

02

02

Caryophyllaceae

12

30

Fumariaceae

02

02

Rosaceae

13

23

Malvaceae

02

02

Umbellifereae

06

21

Gentianaceae

02

02

Rubiaceae

07

19

Juncaceae

01

02

Scrofulariaceae

08

11

Fagaceae

01

02

Liliaceae

09

11

Resedaceae

01

02

Ranunculaceae

06

10

Plumbaginaceae

01

02

Crassulaceae

02

09

Orobanchaceae

01

02

Campanulaceae

04

06

Taxaceae *

01

01

Orchidaceae

06

06

Dioscoreaceae *

01

01

Valerianaceae

04

06

Santalaceae

01

01

Cistaceae

03

06

Theligonaceae *

01

01

Caprifoliaceae

03

06

Cesalpinieae

01

01

Dipsacaceae

03

06

Rutaceae

01

01

Boraginaceae

03

06

Polygalaceae **

01

01

Convolvulaceae

02

06

Buxaceae *

01

01

Geraniaceae

01

06

Coriariaceae *

01

01

Euphorbiaceae

01

05

Anacardiaceae

01

01

Plantaginaceae **

01

05

Aquifoliaceae *

01

01

Hypericaceae **

01

05

Celastraceae

01

01

Linaceae

01

04

Lythraceae

01

01

Primulaceae

03

04

Onagraceae

01

01

Saxifragaceae

02

04

Araliaceae *

01

01

Salicaceae

02

04

Ericaceae

01

01

Cyperaceae

01

04

Pirolaceae *

01

01

Polygonaceae

01

04

Oleaceae

01

01

Rhamnaceae

01

04

Apocynaceae

01

01

Urticaceae

02

03

Solanaceae

01

01

Violaceae **

01

03

Polypodiaceae

03

06

Aceraceae **

01

03

Osmundaceae *

01

01

Thymelaeaceae

01

03

Equisetaceae *

01

01

Abietaceae

02

02

Total

290

531

 Richesse spécifique

Les familles les mieux représentées sont les Asteraceae avec 69 espèces, les Leguminosae avec 47, les Poaceae 43, les Lamiaceae 31, les Caryophyllaceae et les Brassicaceae 30, les Rosaceae 23, Umbellifereae 21, les Rubiaceae, les Scrofulariaceae, les Liliaceae, les Ranunculaceae et les Crassulaceae ont entre 10 et 20 espèces. Les autres familles en possèdent moins : les Campanulaceae 9, Orchidaceae 8, les Geraniaceae, Cistaceae, Convolvulaceae, Caprifoliaceae, Valerianaceae, Dipsaceae, Polypodiaceae, et les Boraginaceae 6. Les autres familles comportent moins de cinq espèces. À l’instar des genres, plusieurs familles comme celles des Osmundaceae, Taxaceae, Dioscoreaceae, Thelygonaceae, Coriariaceae, Aquifoliaceae, Araliaceae et Pyrolaceae, ne sont représentées que par une seule espèce. Ces observations, que ce soit pour les genres ou pour les espèces, concordent, dans l’ensemble, avec celles de Quezel [12] pour l’ensemble de l’Afrique du Nord.

Spectre chorologique global

La flore étudiée appartient à plusieurs ensembles phytochoriques (tableau III( Tableau III )). Le plus représentatif est l’ensemble méditerranéen avec 310 espèces. La plupart des espèces endémiques étant de souche méditerranéenne, mis à part Epimedium perralderianum d’origine nordique [13], nous les avons inclus dans ce nombre.

 Ensemble méditerranéen

C’est l’ensemble le plus important avec 58,28 %. Ce pourcentage est nettement inférieur à celui donné par Le Houerou pour les steppes maghrébines [14] et qui est de l’ordre de 90 %. Les taxa d’origine méditerranéenne se répartissent comme suit : ceux appartenant à l’élément phytochorique « méditerranéen », au sens large, sont au nombre de 146, suivis des « ouest-méditerranéennes » avec 40 espèces et des « ibéro-maurétaniennes » 26, les « oro-méditerranéennes » 13, les « centre-méditerranéennes » 9, les « est-méditerranéennes » 6. Le nombre des endémiques, 70 espèces, est appréciable. La proportion des espèces appartenant à l’élément oro-méditerranéen est aussi importante. Nous en avons rencontré 13 sur les 29 (tableau IV( Tableau IV )) signalées par Quezel [13], soit près de 45 % des oro-méditerranéennes d’Algérie se retrouvent dans notre région. Parmi les espèces endémiques, plusieurs sont des orophytes. L’autre fait marquant pour la région est l’absence d’espèces ibéro-marocaines et bético-rifaines, ce qui marquerait une limite biogéographique.
Tableau III Spectre chorologique global.

Ensembles chorologiques

Nombre

%

Méditerranéenne s.l.

310

58,38

Méditerranéennes

146

Ouest-méditerranéennes

40

Ibéro-maurétaniennes

26

Oro-méditerranéenne

13

Centre-méditerranéennes

09

Est-méditerranéennes

06

Endémiques

70

13,18

Endémiques algériennes

24

Nord-africaines

30

Algéro-marocaines

08

Algéro-tunisiennes

08

Nordiques

118

22,22

Eurasiatiques

53

Européennes

27

Paléotempérées

25

Circum-boréales

10

Oro-européennes

03

Paléotropicales

02

0,37

Large répartition

87

16,38

Euro-méditerranéennes

42

Atlantiques-méditérranéennes

14

Macaronésiennes-méditerranéennes

07

Eurasiatiques-méditerranéennes

06

Asiatique-méditérranéennes

05

Irano-touranienne-méditerranéenne

04

Macaronésiennes-eurasiatiques

03

Méditerranéo-saharo-arabiques

01

Divers

05

Cosmopolites

14

2,63

Total

531

100


Tableau IV Listes des orophytes de la Kabylie des Babors.

Abies numidica De Lannoy

Festuca algeriensis Trab.

Alyssum serpyllifolium Desf

Festuca atlantica Duv. –Jouve.

Alyssum spinosum L.

Isatis djurdjurae Coss. E Dur.

Anthyllis montana L.

Lonicera kabylica (Batt.) Rehder

Arabis alpina L. subsp. caucasica (Willd) Briq ;

Ononis aragonensis Asso.

Arenaria grandiflora L.

Pimpinella battandieri Chabert

Catananche montana Coss.

Rhamnus alpina L.

Cedrus atlantica Manetti

Rosa sicula Tratt.

Delphinium balansae Boiss. et Reut.

Sedum amplexicaule DC subsp. tenuifoium (Sm.) Greuter

Dianthus vultiurus Gus. & Ten.

Silene atlantica Coss.

Erinacea anthyllis Link.

Silene choulettii Coss.

Erysimum grandiflorum Desf.

Viburnum lantana L.

Evonymus latifolius Miller

 Endémisme

Sur les 73 familles recensées 26 familles (36,1 %) possèdent des espèces endémiques (tableau V( Tableau V )). Les familles les plus riches en endémiques sont celles qui sont le mieux représentées dans la flore : les Asteraceae 13 espèces, Lamiaceae 7 espèces, Umbellifereae, Poaceae et Scrofulariaceae 5, Caryophyllaceae et Brassicaceae 4. Les autres familles possèdent moins de 3 espèces endémiques.

Parmi les 289 genres répertoriés, 54 possèdent des endémiques, soit 19,44 %. Quatre genres seulement en ont plus de 3. Le genre Festuca comporte 4 espèces et les genres Teucrium, Silene, et Galium seulement 3.

Six espèces, Abies numidica De Lanno, Moehringia stellaroides Coss., Saxifraga numidica Maire, Erodium battandieranum Rouy, Convolvulus driadum Maire, Satureja grandiflora subsp. baborensis (Batt.) Maire, sont spécifiques à la région quant à leur répartition géographique en Algérie. Convolvulus driadum et Satureja grandiflora subsp. baborensis se retrouvent dans le Rif marocain (tableau VI( Tableau VI )).

Cet élément endémique est en majorité de souche méditerranéenne [13, 15-17]. Certaines espèces, comme Moehringia stellarioides Coss, sont des endémiques autochtones de souche méditerranéenne dont les seules espèces affines sont localisées en Amérique septentrionale [13]. Les autres sont, pour la plupart, des espèces constituées par isolement géographique aux dépens d’une espèce collective qui aurait eu une étendue beaucoup plus vaste, qui couvrait, probablement, tout ou une grande partie du Bassin méditerranéen. Le plus souvent, nous avons affaire à des couples endémo-vicariants [15-20]. Nous citerons par exemple :

- Epimedium perralderianum : endémique de souche orientale et est-méditerranéenne, vicariant de l’Epimedium pinnatum localisé dans les forêts du Caucase et de Perse septentrionale [19] ;

- le sapin de Numidie sans doute l’exemple le plus remarquable « qui apparaît comme le fragment d’une colonie plus étendue qui devait peupler, au large de Bejaia, les montagnes d’une Tyrrhénide aujourd’hui submergée ». [16, 17]. En effet, le sapin de Numidie, Abies numidica de Lannoy, est très affine de l’Abies nebrodensis (Lojac.) Mattei, des monts Nébrodes en Sicile et de l’extrême sud de la Calabre [13].
Tableau V Types chorologiques par famille.

Familles

Endémiques

Cosmopolites

Nordiques

Méditerranéennes

Large répartition

Tropicales

Asteraceae

13

8

34

14

Lamiaceae

7

4

16

4

Poaceae

5

16

9

11

2

Umbellifereae

5

5

10

1

Scrofulariaceae

5

3

6

4

Caryophyllaceae

4

2

6

16

2

Brassicaceae

4

2

5

15

4

Rubiaceae

3

6

7

3

Leguminosae

2

5

35

5

Ranunculaceae

2

3

6

Crassulaceae

2

2

5

1

Geraniaceae

2

1

2

1

Linaceae

2

2

Abietaceae

2

Campanulaceae

1

2

5

1

Cistaceae

1

1

4

Convolvulaceae

1

1

2

2

/td>

Caprifoliaceae

1

3

2

Valerianaceae

1

4

1

Dipsacaceae

1

2

3

Euphorbiaceae

1

1

1

1

1

Plantaginaceae

1

1

3

Saxifragaceae

1

1

2

Primulaceae

1

1

1

1

Violaceae

1

1

1

Berberidaceae

1

1

Rosaceae

10

6

7

Liliaceae

2

3

6

Orchidaceae

5

1

Polypodiaceae

3

2

1

Boraginaceae

2

3

1

Hypericaceae

1

2

2

Cyperaceae

1

3

Salicaceae

3

1

Polygonaceae

1

3

Rhamnaceae

1

3

Urticaceae

1

2

Aceraceae

1

1

1

Thymelaeaceae

1

2

Cupressaceae

2

Araceae

1

1

Juncaceae

1

1

Iridaceae

2

Fagaceae

1

1

Papaveraceae

2

Fumariaceae

1

1

Resedaceae

2

Malvaceae

2

Plumbaginaceae

1

1

Gentianaceae

1

1

Orobanchaceae

2

Osmundaceae

1

Equisetaceae

1

Taxaceae

1

Dioscoreaceae

1

Santalaceae

1

Theligonaceae

1

Cesalpinieae

1

Rutaceae

1

Polygalaceae

1

Buxaceae

1

Coriariaceae

1

Anacardiaceae

1

Aquifoliaceae

1

Celastraceae

1

Lythraceae

1

Onagraceae

1

Araliaceae

1

Ericaceae

1

Pirolaceae

1

Oleaceae

1

Apocynaceae

Solanaceae

1

Total

70

14

118

240

87

2


Tableau VI Espèces dont la répartition, en Algérie, est limitée à la région des Babors.

Abies numidica De Lannoy.

Erodium battandieranum Rouy.

Deschampsia flexuosa (L.) Trin.

Convolvulus dryadum Maire

Neottia nidusavis (L.) L. C. M. Richard

Satureja grandiflora subsp. baborensis (Batt.) Maire

Populus tremula L.

Moehringia stellarioides Coss.

Satureja juliana L.

Silene reverchonii Batt. (non trouvée)

Galium odoratum (L.) Scop.

Stellaria holostea L.

Viburnum lantana L.

Epimedium perralderianum Coss.

Hieracium ernesti Maire

Saxifraga numidica Maire

 Élément septentrional

Les taxons, relevant de cet ensemble, appartiennent à 29 familles botaniques. Les plus riches sont les Poaceae avec 16 espèces, les Rosaceae avec 10 et les Asteraceae 9. Les autres familles en comptent moins de 6. Cet ensemble regroupe les espèces appartenant aux éléments phytochoriques circum-boréal, européen, eurasiatique, oro-européen, paléotempéré et atlantique. La plupart de ces espèces « nordiques » se seraient installées, vraisemblablement, à la faveur d’un climat humide et rafraîchi correspondant aux phases glaciaires pléistocènes. Celles dont l’installation remonte aux périodes préglaciaires, notamment au Pliocène, ont pratiquement disparu, mis à part quelques vestiges dont les genres Paeonia et Epimedium [12, 16, 17, 19, 21, 22]. Les modifications climatiques ultérieures ont entraîné la disparition de la plupart de ces espèces. Celles qui restent n’existent plus que sur des territoires localisés et, pour la plupart, dans des stations montagnardes très restreintes [15, 21]. Tel est le cas de Ribes petraeum Wulfen, Sorbus aria (L.) Crantz, Sorbus torminalis (L.) Crantz, Prunus avium L., Rhamnus cathartica L., Sambucus ebulus L., Populus tremula L., Acer campestre L., Neottia nidus-avis (L.) L. C. M. Richard, Stellaria holostea, Deschampsia flexuosa (L.) Trin, Galium odoratum (L.) Scop., Lathyrus niger (L.) Bernh., Ilex aquifolium L., Daphne laureola L., Taxus baccata L.

Plusieurs espèces sont représentées par des sous-espèces endémiques. Nous citerons à titre indicatif : Paeonia mascula (L.) Miller subsp. atlantica (Cosson) Greuter & Burdet, Heracleum sphondylium L. subsp. atlanticum (Coss) Maire et Primula acaulis (L.) L. subsp. atlantica (Maire & Wilczek) Greuter & Burdet, Campanula trachelium L. subsp mauritanica (Pomel) Quezel, Aquilegia vulgaris L. subsp cossoniana (Maire & Sennen) Dobignard.

L’importance de cet élément se limite, actuellement, aux montagnes bien arrosées et aux zones humides. La présence de ces reliques nordiques n’est pas spécifique à notre région d’étude, des localités voisines en recèlent aussi. Nous citerons, à titre indicatif, la présence du Juniperus sabina L. et du Pinus nigra subsp. mauretanica au Djurdjura, celle du Juniperus communis au Djurdjura et dans les Aurès, de Castanea sativa Mill dans l’Edough ainsi que celle de Salix triandra L. dans la région d’El Kala et dans la Mitidja.

Ces territoires constituent la limite méridionale où la présence de ces espèces est encore appréciable. Les steppes maghrébines, situées à quelques dizaines de kilomètres plus au sud, comportent à peine 1 % d’espèces eurasiatiques [14]. D’où l’intérêt de la préservation de ces types d’habitat dont les conditions du milieu, particulièrement climatiques et édaphiques, permettent le maintient de ces espèces.

 Élément cosmopolite

L’élément « cosmopolite » n’est représenté que par 14 espèces, soit moins de 3 %. Ces espèces sont essentiellement liées aux milieux humides et aux pâturages. Ce faible pourcentage des cosmopolites s’explique par le fait que l’échantillonnage a concerné essentiellement les forêts d’altitude des massifs étudiés où la pression anthropozoïque, particulièrement l’activité agricole, est moins forte que sur les bas de versants.

 Espèces à large répartition

Les autres espèces correspondent à des éléments de transition entre l’ensemble méditerranéen et les ensembles chorologiques voisins. Le lot le plus important correspond aux « euro-méditerranéennes » avec 42 espèces, suivi par les « atlantiques-méditerranéennes » avec 14 espèces, les « macaronésiennes-méditerranéennes » 7, les « eurasiatiques-méditerranéennes » 6, « méditerranéo-asiatiques » 5, « méditerranéo-irano-touraniennes » 4 et les « méditerranéo-saharo-arabiques » 1.

Conservation

Les conditions écologiques qui prédominent dans la région des Babors ont permis le maintien d’une flore riche et diversifiée, mais la très forte pression anthropozoïque associée à une sécheresse qui perdure depuis plusieurs années rend leur maintien hypothétique. Les espèces les plus fragiles sont particulièrement celles qui se trouvent à la limite de leur aire de répartition, comme c’est le cas de la plupart des espèces qui relèvent de l’ensemble septentrional. Ces espèces se localisent essentiellement au niveau des forêts denses des hauts de versant des massifs étudiés, en particulier ceux des djebels Babor et Tababort.

La liste des plantes rares et menacées des États du Bassin méditerranéen [23] comporte 129 espèces algériennes. Parmi elles, 16 sont localisées dans notre territoire soit 12,5 % (tableau VII( Tableau VII )). En outre, 21 espèces figurent sur la liste des espèces végétales non cultivées, protégées, qui en comporte 228 (tableau VIII( Tableau VIII )) [24]

Ces deux listes, se rapportant aux espèces rares et menacées, à protéger, nous semblent incomplètes. Des espèces très rares, localisées uniquement dans la région des Babors ne sont pas mentionnées. Nous citons, à titre d’exemple Neottia nidus-avis, dont c’est la seule station nord-africaine. Sur l’ensemble du territoire étudié, nous avons rencontré uniquement trois individus localisés au niveau de la sapinière entre 1 800 et 2 000 m d’altitude sur le versant nord du djebel Babor.

Nous proposons une liste de 26 espèces végétales qui doivent bénéficier d’un statut particulier en raison de leur rareté et de la vulnérabilité de leur habitat : Adenocarpus complicatus (L.) Gay, Ononis aragonensis Asso., Paeonia mascula (L.) Miller subsp. atlantica (Cosson) Greuter et Burdet, Aquilegia vulgaris L. subsp cossoniana (Maire & Sennen) Dobignard, Galium odoratum (L.) Scop, Galium perralderii Coss & Dur., Buxus sempervirens L., Campanula trichocalycina Ten., Jasione crispa (Pouret) Samp., Convolvulus dryadum Maire, Corydalis solida (L.) Clairv. subsp densiflora (C. Persl.) Hayek., Daphne oleoides Schreber, Erinus alpinus L., Odontites violacea Pomel, Evonymus latifolius Miller, Eupatorium cannabinum L., Hieracium juranum Fries, Isatis djurdjurae Coss. et Durieu. Monotropa hypopitys L., Neottia nidus-avis (L.) L. C. M. Richard, Primula acaulis (L.) L. subsp. atlantica (Maire & Wilczek) Greuter & Burdet, Rhamnus alpina L., Rhamnus cathartica L., Ribes petraeum Wulfen, Satureja grandiflora subsp. baborensis (Batt.) Maire, Satureja juliana L., Viburnum lantana L.
Tableau VII Espèces rares et protégées [23].

Abies numidica de Lannoy

Teucrium kabylicum Battand.

Arabis doumetii Coss.

Sedum multiceps Coss. & Durieu

Epimedium perralderianum Coss.

Phlomis bovei de Noe

Pimpinella battandieri Chabert

Moehringia stellarioides Coss.

Saxifraga numidica Maire

Lonicera kabylica Rehder

Senecio gallerandianus Coss. & Durieu

Fedia sulcata Pomel

Silene reverchoni Battand.

Erodium battandieranum Rouy

Teucrium atratum Pomel

Carum montanum (Coss. & Dur.) Benth.


Tableau VIII Espèces végétales non cultivées, protégées [24].

Abies numidica de Lannoy

Sorbus torminalis

Arabis doumetii Coss.

Sorbus aria

Epimedium perralderianum Coss.

Populus tremula

Pimpinella battandieri Chabert

Hieracium ernesti

Saxifraga numidica Maire

Helianthemum helianthemoides

Senecio gallerandianus Coss. & Durieu

Dryopteris disjunctata

Silene reverchoni Battand.

Crupina vulgaris

Teucrium atratum Pomel

Convolvulus dryadum

Teucrium kabylicum Battand.

Cedrus atlantica

Taxus baccata

Acer obtusatum

Stachys guyonniana

Acer campestre

Conclusion

La flore des massifs étudiés, avec plus de 500 taxons est très riche, surtout si l’on tient compte de ce que, pour l’Algérie du nord, régions sahariennes non comprises, le nombre total est estimé selon Quezel à 3 150 espèces [13].

L’élément endémique, au sens large, est relativement bien représenté avec 13,48 % de la flore de la région. L’élément le plus remarquable est l’élément holarctique non méditerranéen (eurasiatique, eurosibérien, atlantique, circumboréal, européen) qui compte 118 taxons et dont certaines espèces sont représentées par des sous-espèces endémiques.

L’intérêt que présentent ces espèces septentrionales est qu’elles se trouvent là, à la limite méridionale de leur aire de répartition, d’où la nécessité de leur protection et de la préservation de leur habitat. Les espèces de cet ensemble se rencontrent essentiellement dans des variantes froides à très froides des bioclimats humides à perhumides. La sécheresse qui perdure, en Algérie, depuis plusieurs années les rend vulnérables et sensibles à toutes les perturbations du milieu. La plupart sont rares ou très rares et méritent une protection sans laquelle elles disparaîtront, d’autant plus qu’elles ne figurent pas sur la liste des espèces protégées. Beaucoup d’espèces trouvent là leur unique station en Algérie, ce qui plaide pour un statut particulier pour toute la région et non pas uniquement pour le massif du Babor. Ce statut particulier se justifie aussi par le nombre, assez important, des espèces menacées et protégées et permettra de préserver les différents habitats de la région, et par conséquent la sauvegarde de la faune et de la flore, c’est-à-dire de la diversité biologique très particulière de la Kabylie des Babors. Il favorisera aussi la mise en œuvre d’une politique de conservation qui prendra en compte les préoccupations socio-économiques des populations locales.

Références

1 Duplan L. La région de Bougie. Publ XIXe Congr Geol Int Monog Région 1er Série Algérie 195 ; 17.

2 Obert D. Phases tectoniques mésozoïques d’âge anté-cénomanien dans les Babors (Tell nord sétifien, Algérie). BSGF 1974 ; XVI : 171-5.

3 Agence nationale des ressources hydrauliques (ANRH). Carte pluviométrique de l’Algérie du Nord au 1/500 000. Notice explicative. Alger : ANRH, 1996.

4 Gharzouli R. Contribution à l’étude de la végétation de la chaîne des Babors. Analyse phytosociologique des Djebels Babor et Tababort. Mémoire de Magister, université de Sétif (Algérie), 1989.

5 Emberger L. Une classification biogéographique des climats. Nat Monspl Série Bot 1955 ; 7 : 3-42.

6 Lapie G. Aperçu phytogéographique sur la Kabylie des Babors. Rev Gen Bot (Vol jub G Bonnier) 1914 : 417-24.

7 Maire R. Carte phytogéographique de l’Algérie et de la Tunisie – 1/1 500 000, 1 vol. Alger : Gouv Gén Algérie, 1926.

8 Quezel P. Peuplement végétal des Hautes Montagnes de l’Afrique du Nord. Paris : éditions Le Chevalier, 1957.

9 Quezel P. Analysis of the flora of Mediterranean and Saharan Africa. Ann Missouri Bot Garden 1978 ; 65 : 479-537.

10 Quezel P, Santa S. Nouvelle flore de l’Algérie et des régions désertiques méridionales. Paris : Centre national de la recherche scientifique, 1962-1963 ; 2 vol.

11 Maire R. Flore de l’Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie ; Tripolitaine, Cyrénaïque et Sahara). Paris : éditions Le Chevalier, 1952-1987 ; 16 vol. parus.

12 Quezel P. Réflexions sur l’évolution de la flore et de la végétation au Maghreb méditerranée. Paris : éditions Ibis Press, 2002.

13 Quezel P. L’endémisme dans la flore de l’Algérie. CR Soc Biogeogr 1964 ; 361 : 137-49.

14 Le Houerou HN. Bioclimatologie et Biogéographie des steppes arides du Nord de l’Afrique. Diversité biologique, développement durable et désertisation. Option Méditerranéennes Sér. B 1995 ; 10.

15 Maire R. Origine de la flore des montagnes de l’Afrique du Nord. Mem Soc Biogeogr 1928 ; 2 : 187-94.

16 Guinier PH. Flore forestière - Forêts et économie forestière en Afrique du Nord. REF. 1943 ; 585-603.

17 Guinier PH. Flore forestière - Forêts et économie forestière en Afrique du Nord. REF. 1943 ; 643-61.

18 Quezel P. Les Hautes Montagnes du Maghreb et du Proche-Orient : essai de mise en parallèle des caractères phytogéographiques. Ann Jard Bot Madrid 1981 ; 37 : 353-72.

19 Quezel P. Flore et végétation actuelles de l’Afrique du Nord, leurs significations en fonction de l’origine, de l’évolution et des migrations des flores et structures de végétation passées. Bothalia 1983 ; 14 : 411-6.

20 Quezel P. Contribution à l’étude des forêts de chênes à feuilles caduques d’Algérie. Mem Soc Hist Nat Afrique du Nord (Alger) 1956 Nouv Série.

21 Quezel P. La flore du bassin méditerranéen : origine, mise en place, endémisme. Ecologia mediterranea 1995 ; XXI : 19-39.

22 Quezel P, Medail F. Écologie et biogéographie des forêts du Bassin méditerranéen. Paris : Elsevier, 2003.

23 Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Listes des plantes rares et menacées des États du Bassin méditerranéen. UICN : Athènes, 1980.

24 Décret exécutif n°93-285 du 23 novembre 1993. Journal Officiel de la République algérienne, no 78, 28 novembre 1993.


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