Tunisie : le seul président « arabe » vraiment élu

samedi 17 décembre 2011
par Kamel Daoud
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La campagne indirecte contre la Tunisie en Algérie a été indécente, injuste et menteuse : certains ont vite compris qu’il- fallait faire de ce pays voisin un contre-exemple pour éviter la contagion de la révolution. Et pourtant, la Tunisie avance. On y avait prédit la catastrophe, la guerre civile, le crash, les massacres et il n’en fut rien. On a dissuadé les touristes algériens d’y aller mais ce pays reste encore debout. Ce pays continue de se construire après son « printemps », de débattre, de chercher. Ses élections ont été une leçon, ses islamistes y sont obligés au consensus et au pragmatisme, sa société civile reste vigilante et attentive, son peuple a une fierté qui le fait marcher sur la lune sans scaphandre ni NASA. Hier, sur Nessma TV donc, ce spectacle : Moncef Marzouki, ce vieux opposant au Benalisme triomphant, est élu président de son pays. Sous les applaudissements et les félicitations émues. Certains étaient contre, d’autres critiquaient ses alliances avec les islamistes, mais l’homme est intègre, crédible, connu et vieux militant de son pays malgré les critiques. Les critiques sont une cuisine tunisienne, nous, gens du « dehors », nous retiendrons l’essentiel : c’est un moment fort et émouvant car il s’agit du premier Président d’un pays « arabe », élu, vraiment, même provisoirement, même par une assemblée. C’est la première fois depuis presque un siècle qu’un Président « arabe » n’est pas l’enfant illégitime d’urnes bourrées, de fraudes massives, de menaces, de 99% et de résultats fixés à l’avance. Moncef Marzouki ne devra donc pas s’attendre aux félicitations de ses pairs « arabes », de ses voisins ou des autres « Frères » arabes : il est une nouvelle espèce, une menace, un cas à part, une singularité. Dans le monde « arabe » asservi et dans le club des dictateurs, il sera donc mal vu car malvenu, de facto : la preuve que le Néerdenthal dictateur va disparaître par la loi d’évolution. Il est pour le moment un cas unique, le premier président d’un pays « arabe » libéré. Voir les élus de l’assemblée tunisienne debout, chantant l’hymne de leur pays, fiers de leur nouvelle chance et de la seconde vie de leur pays, est quelque chose qui rend jaloux, triste pour soi, envieux et vieux. Félicitations donc ! Puisse un jour que les Merzouki soient plus nombreux que les Assad et que finissent cette histoire horrible de sang, de douleur et de sacrifice qui nous impose le martyre avant la liberté. Puisse qu’un jour tous les présidents « arabes » soient élus, sans triche ni crime, légitimes, forts et pleins du chant des leurs et pas sournois, fous, vieillots et roitelets de leurs familles.

Le Quotidien d’Oran


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Réactions

samedi 17 décembre 2011 à 11h49

Plus fort que le dictateur Nord-Coréen : Bouteflika applaudi 18 fois en 5 minutes 37 secondes .(élu par qui et pourquoi)
Vendredi, 16 Décembre 2011, 14:36 | Sihem Balhi .C’est une séquence surréaliste, hallucinante, ahurissante, à laquelle ont eu droit les Algériens mercredi 15 décembre au journal télévisé de 20 heures de la télévision algérienne. Chrono en main, le président algérien a prononcé un discours qui aura duré 5 minutes et 37 secondes, ponctué de 18 salves d’applaudissements. Même le pire des dictateurs encore vivant sur la terre, le Nord-Coréen, Kim Jong-Il, n’est pas en mesure de rivaliser avec l’exploit que vient de réaliser le président et son équipe.


La scène se passe ce mercredi 15 décembre à Laghouat. Le chef de l’Etat prononce un discours devant un aréopage de ministres, de hauts gradés de l’armé et d’invités triés sur le volet.

Perché derrière un pupitre, d’une voix monocorde, sous le crépitement des flashs des photographes, Bouteflika entame son discours sur l’université algérienne.

Vingt secondes après le début du discours, une première salve d’applaudissements retentit dans la salle.

La seconde salve arrive 29 secondes plus tard. La troisième, 13 secondes après. La quatrième, quelques secondes plus tard.

Et ainsi de ensuite. Jusqu’à la fin du discours du chef de l’Etat.

Au terme d’une allocution qui aura donc duré 5 minutes et 37 secondes, le président Bouteflika a eu droit à 18 salves d’applaudissements, parfois ponctuées de 3 standings ovations et de youyous.

Sous les présidences d’Ahmed Ben Bella, de Houari Boumediene, de Chadli Bendjedid, de Mohamed Boudiaf, d’Ali Kafi et de Liamine Zeroual, bref tous les prédécesseurs de Bouteflika, aucun chef d’Etat algérien n’a eu recours à un procédé aussi grossier pour gruger l’opinion.

 : Plus fort que le dictateur Nord-Coréen : Bouteflika applaudi 18 fois en 5 minutes 37 secondes | DNA - Dernières nouvelles d’Algérie

Site web : ? ????
samedi 17 décembre 2011 à 11h16

Chroniques Point Zéro ( c’est ça la différence entre un élu démocratiquement et un mal élu )
L’Algérie en 5 minutes
le 17.12.11 | 01h0

Certains l’attendaient, ou pas, d’autres ne se sentaient pas concernés. Le Président a fait en décalé une escapade éclair à Laghouat pour inaugurer une année universitaire qui a commencé depuis trois mois, les étudiants s’apprêtant déjà à prendre leurs vacances d’hiver. Pour la forme, c’était donc raté, mais pour le fond, la descente n’a pas été plus précise. Une vague allocution de 5 minutes ponctuée de 18 salves d’applaudissements et 3 standings ovation, puis rien, retour au néant. Finalement, pour cette mouvementée année 2011 qui se termine, le Président se sera adressé à la nation deux fois, le 15 avril pour un discours à huis clos de 20 minutes, et ce 14 décembre pour 5 minutes.

Sur les 525 600 minutes que compte une année, il n’aura donc consacré que 25 minutes à parler à son peuple. Qu’est-ce que la représentation d’un Etat si ce n’est son Président ? Qu’est-ce qu’un Etat s’il ne s’adresse pas à ses administrés ? Pour ne prendre que cet exemple, si quelqu’un avait parlé à ce jeune de Sétif qui a agressé deux étudiantes parce qu’elles ne portaient pas le voile, il ne l’aurait peut-être pas fait. Mais ni son imam de quartier, ni le ministre des Affaires religieuses, ni ses voisins, ses parents ou son président ne lui ont expliqué la stupidité de son geste. Il recommencera donc, puisqu’il n’y a aucune référence pour le retenir.

L’Etat n’est pas là, les institutions sont ailleurs et leur Président aura résumé en 5 minutes tout ce qu’il n’a rien à dire, dans la rapidité du milliardaire signant un chèque. Le même discours que celui du 15 avril, très général, sur l’Etat de droit et le renforcement de la démocratie, au moment même où les députés votaient deux lois à contre-courant de l’ouverture. Puis, rentrée de Laghouat sur Alger. Le même jour, Omar Farouk Slimani de la Ligue des droits de l’homme de Laghouat était arrêté à Alger par la police. En 5 minutes. Trop fort.

Chawki Amari

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