Un Système au papillon

P eut-on réfuter l’idée d’être du système si on l’a servi 28 ans durant ? Le leader du Front démocratique (FD, un parti non encore agréé), Sid Ahmed Ghozali, l’a fait. Sur les ondes de la Chaine III de la Radio nationale, il a expliqué le pourquoi de son retrait. Si sur le plan juridique, ses arguments pourraient être pris au sérieux, ce n’est pas le cas de ses convictions politiques. L’homme au papillon avait déjà occupé le poste du conseiller pour les questions énergétiques au ministère de l’Economie de 1962 à 1964. Autrement dit, cet homme n’a pas seulement vu naître le système, son régime et son parti unique, mais il a participé à ses fondements. En plus, des plus hautes fonctions qu’il a eues à diriger, Ghozali a été une fois ambassadeur, quatre fois ministre et une fois chef du gouvernement en 1991. C’est lui d’ailleurs, qui a eu à organiser et à gérer les premiè- res élections législatives pluralistes, dont les répercussions sont toujours d’actualité. Donc l’homme n’a rien à dire d’un système et de son corollaire le régime qu’il a bien servi et s’est fait servir. Si maintenant l’homme se considère exclu et si ce disciple né du stoïcisme, a remarquablement refait ses calculs en bon épicier en suggé- rant à l’opinion que le temps passé à l’intérieur du système équivaut à celui passé à l’extérieur, c’est-à-dire 27 ans. Bien qu’arithmétiquement, le compte n’y est pas, l’homme a su a posteriori tirer des avantages de ce système même en étant en dehors des arcanes du pouvoir. Il semble aussi que le langage des chiffres ne soit pas uniquement le point fort de l’actuel Premier ministre Ahmed Ouyahia. Car l’homme martèle que sa formation politique disposait à sa création de 135 membres fondateurs, 10 000 militants et 1 100 membres ! Malheureusement, les chiffres sont muets. Il fait mieux que Belkhadem qui a annoncé il y a quelques semaines les résultats des prochaines législatives. L’homme disposerait même des quotas réservés à chacun ! On aurait cru Sid Ahmed Ghozali bien qu’entretemps, il s’est débarrassé de son nœud papillon. Un « look » qui rappelle étrangement une époque sombre de l’Algérie… à moins que, comme tous les hommes politiques algériens, Ghozali voudrait passer un message en filigrane, celui d’offrir ses services. Pourquoi pas ? Tout le monde cherche un gouvernement « neutre », composé de « technocrates », et à sa tête un homme expérimenté. ça ne vous rappelle personne ? Le retrait n’est pas le crédo du Front démocratique, mais de plusieurs formations politiques qui craignent le verdict de l’urne, notamment chez les démocrates, où la fuite en avant est le divertissement favori. Au lieu de contracter des alliances d’un front démocratique pour contrecarrer la montée islamiste, on préfère chez les démocrates baisser les armes et laisser un vide dans la nature. Il paraît que cette dernière a horreur de ça !
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