Une grosse campagne pour un petit foulard ! Un lynchage électoraliste

La campagne électorale en France, préparant les élections régionales et cantonales de mars 2010, remue la mare et déclanche déjà une odeur nauséabonde qui nous rappelle toutes les précédentes lors desquelles l’islamophobie faisait partie des programmes de certains partis politiques. Par principe notre association ne fait de campagne pour aucun parti politique, mais nous ne pouvons pas rester silencieux devant ce lynchage politico médiatique d’une jeune fille pour avoir osé couvrir ces cheveux et s’intéresser à la politique de son pays, en l’occurrence Ilham Moussaïd, inscrite sur la liste électorale du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste –section du Vaucluse).
On veut l’exclure pour son bandana, que les uns appellent foulard et les autres voile, et d’autres encore font l’amalgame entre ce morceau de tissu et la « bourca afghane » pour monter les enchères contre la communauté musulmane de France, et ce pour espérer avoir quelques voix de plus ! Ce n’est pas pour faire l’apologie du port du foulard que nous réagissons à cette campagne malsaine, mais parce que nous voyons à travers celle-ci une relance de l’islamophobie à peine déguisée. Tous ces « républicains » laïcistes de circonstance s’élèvent contre cette candidate pour avoir couvert ses cheveux, en parlant au nom de la laïcité ! Ces gens savent-ils que la le vrai sens de la laïcité est d’abord le respect de la diversité au sein de la République ? Oui, généralement ceux qui tirent les ficelles sont des gens instruits, mais pas forcément intelligents. A travers leur « lutte contre le foulard islamique », ces derniers cachent à leurs concitoyens leur masque derrière lequel ils propagent l’idiologies de la haine qui tende à déstabiliser la communauté arabo-musulmane, et à travers elle la société entière à des fins politiques égoïstes.
Un peut d’histoire :
A l’origine, la laïcité a été fondée sur le principe de la séparation des pouvoirs entre l’Église et l’Etat, ce qui signifie l’interdiction aux institutions religieuses d’exercer leur influence sur les institutions de l’Etat. La laïcité a d’abord été appliquée à l’Administration de l’état civil en 1791, deux ans après la révolution de 1789. Ensuite, celle-ci s’étend à l’enseignement public dont la loi a été instaurée le 28 mars 1882 - près d’un siècle après son application à l’Administration - sous la recommandation de Jules Ferry, alors ministre de l’Instruction. La loi du 9 décembre 1905 vient renforcer les dispositions de la laïcité en explicitant ses caractéristiques en matière de respect des libertés, de la pensée et des cultes (qu’on appelle aujourd’hui le respect de la diversité). Cette dernière loi stipule que toutes les religions peuvent être exercées librement par leurs adeptes, pour vue qu’ils ne portent pas atteinte aux lois de la République. Il convient de poser cette question à ces « chantres de la laïcité » : le foulard porte-t-il atteinte aux lois de la République française ? La réponse est non, puisque le port du foulard en soi est le signe de la bonne conduite, de pudeur et de piété pour la musulmane qui le porte, mais aussi le respect de soi et d’autrui. Dans certains pays musulmans, comme la Turquie, dès leur enfance les filles portent le foulard sans avoir de rapport direct avec la religion ; c’est une tradition pratiquée par les filles et des femmes dans ce pays, quelles soient pratiquantes ou non.
Y a-t-ils une incompatibilité entre la laïcité et l’Islam ? Selon les principes de l’Islam lui-même, il n’y a pas d’incompatibilité entre la religion musulmane et les autres religions et cultures, mais elles sont plutôt complémentaires. Donc, il n’y a pas d’incompatibilité entre l’Islam et la laïcité qui recommande le respect de la différence. L’inter culturalisme a existé pendant très longtemps au sein des sociétés arabo-musulmanes des Lumières ; ceux qui n’ont pas des œillères parmi les intellectuels occidentaux le savent très bien et le reconnaissent. L’Andalousie musulmane a été incontestablement la référence la plus pédagogique en matière de cohabitation entre les différentes religions et cultures ; beaucoup d’hommes et de femmes réfléchis envient aujourd’hui cette époque-là. Il arrive que des « musulmans » fassent du zèle et bafouent les règles fondamentales de l’Islam en faisant le contraire de ce qui leur est recommandé par l’Islam, mais dans ce cas précis l’Islam et les femmes qui portent le foulard sont innocents. Ceci existe également dans d’autres religions ; et pourquoi s’en prendre à l’Islam et aux musulmans en particulier si ce n’est par haine envers eux ? Certains intellectuels qui se spécialisent en « islamologie » font de « l’islamisme » leur plat de résistance, en se partageant les tâches. Les uns se sont spécialisés en « terrorisme islamique » et les autres se concentrent sur la question du foulard et de l’« Islam modéré de France », entre autres, pour servir leurs idéologies et assouvir leur haine envers les musulmans en essayant de les diviser pour mieux les humilier. Ces deux groupes de « spécialistes » de l’islamophobie sont appelés par les médias les « consultants » auxquels leurs plateaux sont ouverts en permanence « pour débattre de ce phénomène islamique ». Nous constatons que l’Islam en France est devenu créateurs d’emploi et de « richesses scientifique » et profite à beaucoup de gens pour qui l’argent n’a aucune odeur et la profession n’a plus aucune valeur. A nos jours, la laïcité de Jules Ferry est devenue une arme idéologique à facette multiple. Lorsque les jeunes de la communauté arabo-musulmane de France commencent à prendre conscience de leurs droits et de leurs devoirs en tant que citoyens, leurs détracteurs paniquent et leur cherchent « des solutions » sur mesure. Ils ont fait du « foulard islamique » leur cheval de bataille depuis 1989 pour susciter des réactions hostiles des citoyens français envers les musulmans. Et ils sont parvenus à faire légiférer une loi interdisant le port du foulard à l’école, en créant ainsi la laïcité bis car les législateurs de la laïcité originelle n’avaient pas prévu la présence des musulmans en France. Ce sont ces « intellectuels orientés » qui présentent le foulard comme le symbole du « choc des civilisations », en terrorisant ceux qui avalent leur intox ; certains de ces terrorisés pensent, à tort, qu’ils sont réellement menacés par ce morceau de tissus et votent pour ses détracteurs. Rares ce sont ceux qui pensent que c’est plutôt l’intox de ces terroristes intellectuels qui représentent un danger pour eux et pour la société française, par la propagation de la haine qui tend à provoquer des affrontements entre les différentes communautés, et non pas le foulard en soi. Faire ces remarques ne signifie nullement encourager le port du foulard ou faire l’apologie de « l’islamisme » en France. C’est par le principe de défendre la liberté, le respect des droits des êtres humains, et par souci de défendre les vertus de la laïcité que nous dénonçons cette campagne haineuse qui a été initiée par l’extrême droite. « La laïcité demeure le rempart le plus sûr contre la montée de l’intolérance », écrivait Paul Validier qui voyait déjà le danger de telles campagnes qui menaçaient la stabilité de la société française, en dénonçant l’exclusion de l’école des jeunes filles qui portaient le foulard. Les inspirateurs de cette campagne ont réussi à faire interdire le port du foulard à l’école mais sans arriver à leur but ; ils pensaient qu’à l’annonce de cette interdiction, les musulmans de France allaient réagir violemment contre cette loi afin de les désigner comme des fanatiques érudits et justifier ainsi leur intox selon laquelle ils constituent un danger pour la République. Et comme ils sont restés à leur faim, ils veulent raviver aujourd’hui cette campagne à travers une citoyenne musulmane qui porte le foulard, supposée commettre le crime de dépasser les limites de son ghetto en s’intéressant à la politique. Nous disons que la laïcité est victime de ces laïcistes éhontés qui prétendent défendre cette vertu de la République, et à travers elle ils prétendent défendre la liberté de la femme « voilée », en se présentant comme les défenseurs des droits de l’être humain. Or, ces mêmes « défenseurs des droits de l’Homme » ferment les yeux et bouchent les oreilles sur des horreurs des plus barbares pratiquées contre femmes et enfants dans d’autres contrées, sans qu’ils bougent leur petit doigt, en faisant le mort. Mais tout à coup ils se réveillent et retrouvent leur vitalité dès qu’il s’agit de taper sur les musulmans, en s’attaquant aux plus faibles tels les charognards qui se jettent sur leurs proies sans défense, ou dont la défense est plutôt mitigé pour les uns et hypocrite pour les autres. Enfin, ceux qui sont sincères et paniquent de voir les musulmans s’intéresser à leur religion et la politique de leur pays devraient plutôt se rassurer, car le vrai danger vient de ceux qui propagent la haine entre les différentes communautés et non de ceux qui veulent servir à la fois leur Dieu et leur pays.
1) Paul Validier (rédacteur en chef de la revue « Étude ») dans « Intolérance et laïcité, la religion dans le débat démocratique », le Monde diplomatique de juin 1989, page 3.
(Par Chérif BOUDELAL – 5 février 2010)



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