Vicissitudes d’une famille déchirée à Jijel, Les longs chemins ardus de la vérité

mercredi 26 août 2009
par Fodil S.

C’est une histoire de morts-vivants. Engagé dans un titanesque combat depuis une trentaine d’années, Azzedine Meriche, dit Yazid, ne cesse d’enrichir sa dramatique histoire chaque jour d’un petit détail qui guide la marche entreprise pour reconstituer sa famille : son père retrouvé à Chlef où il mène une autre vie, et sa sœur, enlevée en 1961, faisant toujours l’objet de recherches, bien que des indices favorisent son existence en France.

Le combat juridique est lancé par la lettre du 4 juin 2006 adressée au ministère des Moudjahidine, demandant l’annulation du statut de chahid à son père Abdelhamid Meriche, retrouvé dans la wilaya de Chlef sous le nom de Belgacem Meriche après les retrouvailles du 6 avril 2006, consécutives à une séparation de 48 ans (voir Un chahid bien vivant in El Watan du 13 mars 2007).

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Ces retrouvailles avaient été rendues possibles après le passage à la télévision nationale en date du 5 avril 2006 à l’émission « Et tout est possible », animée alors par le défunt Riad. Suite à cette première lettre, il a été reçu en audience par un inspecteur du ministère des Moudjahidine à qui des documents prouvant que son père est bien vivant, ont été remis. Ne voyant rien venir, Yazid envoie une lettre de rappel en date du 3 décembre 2006, invitant les services concernés à prendre les dispositions qui s’imposent, essentiellement l’annulation du statut de chahid. Faisant suite à cette lettre de rappel, le requérant a été invité, en date du 19 mars 2007, par convocation de la direction des moudjahidine de la wilaya de Jijel, de se présenter, en compagnie de son oncle et de sa tante (qui l’ont accompagné à Chlef pour rencontrer leur frère, ndlr), le 26 mars 2007 à la direction de la wilaya de Mila pour être entendu par le même inspecteur qui l’avait reçu en audience au niveau du ministère. Ledit inspecteur a consigné sur procès-verbal les auditions de l’oncle et la tante, entendus séparément. En date du 2 novembre 2007, une requête a été déposée auprès du procureur de la République près le tribunal de Jijel. Un dossier est ouvert, depuis, à cet effet sous le n° 13479/2007, et plusieurs personnes ont été convoquées pour être entendues. En mars 2008, Yazid est reçu une seconde fois à Mila par le même inspecteur pour être destinataire, non pas des documents relatifs au complot ayant fait disparaître son père de la région, mais, au sujet du cas de sa sœur cadette, Faïrouz, disparue elle aussi dans des conditions aussi étranges (voir Où est passée Faïrouz ? in El Watan 5 avril 2008).

Les conséquences d’une quête Une disparition qui s’apparente à un enlèvement. Aux fins d’audition du père de Yazid, le procureur de la République près le tribunal de Chlef a été saisi en avril 2008 par le parquet près le tribunal de Jijel. Le père, selon Yazid, a refusé de s’étaler sur l’affaire à Chlef, préférant répondre aux questions du procureur au niveau du tribunal de Jijel. Il sera destinataire d’une convocation datée du 8 septembre 2008 pour se présenter au tribunal de Jijel. N’ayant pas répondu à la première convocation, une seconde lui a été transmise en date du 25 février 2009. Mais, à ce jour, le concerné ne s’est pas présenté à Jijel. Entre-temps, les ennuis ont jalonné le parcours de Yazid qui a perdu au passage, tout simplement, son gagne-pain après son expulsion d’un local qu’il louait. Les conséquences de cette quête de la vérité ont fait que depuis 15 mois il est sans ressources. Si Yazid a, malgré toutes les difficultés, fini par retrouver son père, la bataille continue à être menée pour déterminer le sort de sa sœur Faïrouz, qui semble elle aussi bien vivante, mais de l’autre côté de la Méditerranée. L’affaire de Faïrouz, née le 14 octobre 1958, commence le 9 mai 1961. Ce jour-là, elle est admise à l’hôpital de Jijel pour une blessure au niveau de l’abdomen. Le lendemain, soit le 10 mai 1961, la petite est libérée avec la mention « Sortie normale » comme le prouve le certificat de séjour n°505/2008 du 04 mars 2008, délivré par l’hôpital Mohamed-Seddik Benyahia de Jijel, établi à la demande de Yazid. Le même jour de sa sortie de l’hôpital, la disparition de Faïrouz est constatée. La famille est informée par des militaires français que la petite est décédée à l’hôpital. Seulement, le corps n’a jamais été restitué à la famille ! Et c’est là, l’un des précieux indices qui ont tout le temps fait croire à Yazid que sa sœur est toujours vivante. Une mort sans cadavre et sans sépulture ! Le 7 décembre 1962, soit 19 mois après la prétendue mort de Faïrouz, une déclaration de décès est inscrite sur le livret de famille. Date de la mort mentionnée … 10 mai 1961 ! Bizarrement, le 24 mai 1961, un militaire, un appelé de 21 ans, se présente à la mairie de Djidjelli (Jijel) pour reconnaître pour être son enfant, une fille, venue au monde le 17 mai 1961, soit sept jours après la disparition de Faïrouz. Ainsi, sur le registre européen d’état civil de la commune de Djidjelli, feuillet 06, acte n°20 du 24 mai 1961, on peut lire : « Le 24 mai 1961, à 16 h, a comparu devant nous D. J. F., né le 4 avril 1940 à Saint-Maur des Fossés (Seine), soldat de 2e classe au 129 RI demeurant à Djidjelli qui nous a déclaré reconnaître pour être son enfant une fille née le 17 mai 1961 à Saint-Maur des Fossés (Seine), inscrite sous le nom de P. I. A signé avec nous Muracciole Mémé, secrétaire général de la mairie, officier de l’état civil par délégation du sénateur suppléant maire. » On remarquera que le mot « naissance » imprimé sur le registre a été barré au stylo et remplacé par une écriture manuscrite du mot « reconnaissance ». Sous la mention « Acte de reconnaissance », le nom du nouveau-né est D.I., sans faire aucune mention du P mentionné dans l’acte. Par ailleurs, la comparaison des signatures du secrétaire général apposées sur les actes consignés sur le même feuillet révèle des différences notables. Les recherches menées pour retrouver cette D.I. ont permis de la localiser en France. L’intéressée, que nous avons pu avoir au téléphone, nous demandera de la laisser tranquille en précisant qu’elle ne désire pas qu’on écrive sur elle. Nous y reviendrons un jour. Devant le silence du ministère des Moudjahidine et les difficultés qui font barrage dans le cas de sa sœur, Yazid dit accepter volontiers que des tests ADN soient effectués pour confirmer la paternité de son père et avoir le cœur net en ce qui concerne cette D.I. Ces obstacles qui se dressent devant cette quête de vérité poussent Yazid à demander l’intervention du président de la République afin que toute la lumière soit faite sur ces malheureux épisodes de 1958 et 1961 qui l’ont privé de son père, dans un premier temps, puis de sa sœur qui n’a pas encore été formellement retrouvée. Mais derrière cette quête, tant de questions s’invitent inlassablement dans cette soupe. Qui est responsable de cet enlèvement, et pour quelles raisons ? Qui a réellement déclaré son décès en 1962 ? Enfin, quel rapport aurait l’affaire de Faïrouz avec celle de son père ? Autant d’interrogations qui méritent l’engagement de la plus haute autorité de l’Etat. Cette histoire nous rappelle que les dramatiques « bienfaits de la colonisation » continuent de charrier des drames.

Par Fodil S.


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Réactions

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jeudi 4 novembre 2010 à 02h58, par  BENKAM

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invité(e) Posté le : 14/08/2009 17:17 Mis à jour : 14/08/2009 17:35
Re : Vicissitudes d’une famille déchirée à Jijel, Les long…
c’est vraiment triste comme histoire.
Que Dieu soit avec vous Mr Meriche


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invité(e) Posté le : 15/08/2009 01:29 Mis à jour : 15/08/2009 01:44
Re : Vicissitudes d’une famille déchirée à Jijel, Les long…
j’ai entendu parler, de votre triste histoire mr.continuez ,ne baissez les bras la vérité triomphera tot ou tard.et tout le monde payera inchallah.il y a des gens qui ne dorment pas,je crois qu’il y a beucoup d’enjeux dans cette histoire.
bon courage mr yazid

 ;-Bravo 2
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bouadriz Posté le : 15/08/2009 11:25 Mis à jour : 15/08/2009 12:59
Semi pro

Inscrit le : 24/05/2008
De : jijel ville
Envois : 149 Re : Vicissitudes d’une famille déchirée à Jijel, Les long…
Bon courage Khouii el yazid,tu sera bientot au bout du tunnel,et la vérité sera dévoilée tôt ou tard,bon courage grand frère.


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invité(e) Posté le : 20/08/2009 22:15 Mis à jour : 20/08/2009 22:35
Re : Vicissitudes d’une famille déchirée à Jijel, Les long…
bonjour Mr Yazid, en principe les investigations doivent etre axées au niveau de la commune et de l(hopital avec bien entendu le concours de gens compétents en la matière. ce n’est pas avec un 3afri de niveau de 4°année, chef de service de l’état civil de jijel ville, que tu sortiras de ce cercle vicieux. Allah yarahmak ya KHOUYI Daoud. Bon courage Mr yazid et essaie de voir auniveau de la commune, il y’a encore des anciens qui saven,t manier les registres et les tables …bon courage mon ami ;-salam

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invité(e) Posté le : 29/08/2009 23:35 Mis à jour : 29/08/2009 23:45
Re : Vicissitudes d’une famille déchirée à Jijel, Les long…
Cette affaire nous renseigne au moins sur une chose. C’est que certaines gens détiennent des informations mais préfèrent encore les garder. C’est pourquoi, il est nécessaire pour la nouvelle génération de pousser l’ancienne à vider le sac quand il s’agit de bien faire pour faire éclater une vérité. Les lamentations ne servent à rien, l’essentiel est plutôt d’être utile. ;-Tahia Labled

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invité(e) Posté le : 30/08/2009 23:53 Mis à jour : 31/08/2009 02:20
Re : Vicissitudes d’une famille déchirée à Jijel, Les long…
Etre utile ? Le mot sonne bien. Drouka on n’arrive plus à comprendre qui est fou dans cette histoire. Certains nous ont fait croire que celui qui recherche les membres de sa famille serait un fou. Qui est vraiment le fou ? Celui qui cherche ou celui qui veut cacher ? Parcqu’il est dérangé par la vérité ? Mafhamtch hadi el Kissa. Des gens doivent parler pour éclaircie cette histoire et adoucir les coeurs endurcis par des décennies de silence et de remords. D’aucuns doivent penser à ressouder cette famille en dépit des blessures passées. Mais pour cela on doit y travailler sérieusement. Ce n’est pas avec des commentaires creux que l’on arrivera à faire avancer ce cocktail explosif. Et puis étaler ces affaires de famille dans la presse n’est pas une bonne chose. La presse s’en régale tant que les tenants de la vérité se taisent.
Vieux jijelis unissez-vous pour dire la vérité.
Quant à Yazid, nous espérons que le temps lui permettra de recomposer sa famille. Ca se fera plus vite si les "muets" se mettent à parler avant de rejoindre Sidi Ahmed Benamokrane.
Avance Yazid ;-fou

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invité(e) Posté le : 31/08/2009 23:21 Mis à jour : 01/09/2009 03:07
Re : Vicissitudes d’une famille déchirée à Jijel, Les long…
c’est un drame digne d’un roman de frantz kafka courage m meriche la vérité tu la saura tous ou tard je l’espère courage .
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invité(e) Posté le : 09/09/2009 21:28 Mis à jour : 09/09/2009 21:33
yazide marche en avant…
salut mr yazid, bon ramadan et que Dieu vous donne la force pour aller jusqu’au bout pour que la vérité soit à ta portée malgré qu’ elle blaisse ,mais il faut bien jaillir la lumière, pour votre père que Dieu lui donne la force de recevoire toutes ces réalités avec patience.
merci yazid vous ete le bon exemple de l’homme libre et courageux.


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invité(e) Posté le : 14/09/2009 07:32 Mis à jour : 14/09/2009 11:30
Re : Vicissitudes d’une famille déchirée à Jijel, Les long…
wallah ca fait mal au coeur .
dieu soit avec toi et qu’il illumine le bout du tunnel.
salem
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invité(e) Posté le : 23/09/2009 23:07 Mis à jour : 24/09/2009 00:04
Re : Vicissitudes d’une famille déchirée à Jijel, Les long…
je plains cette pauvre famille victime des jeux obsénes et dégradants de la colonisation et son armée qui agissait dans l’impunité totale contre tous ce qui se faisaient contre les populations algériennes la répression n’est pas seleument aux bombes et au napalm mais aussi avec les moyens les plus dégradants et les plus immoraux qu’il soit dans le but de détruire la cohésion sociale et la dignité des famille algérienne.en un mot cette famille est victime de la répression de l’armée française par la seule force contre les faibles .merci et bon courage gardez le moral ceci s’est produit pour la libération de l’algérie

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