Vie de Mohammed (QSSSL) depuis sa naissance jusqu’à l’âge de quarante ans (2)

Khadidja « Ettâhira » fut la première épouse de Mohammed El-Amine, le Fidèle et le Véritable de l’Apocalypse. El-Amine ! Quel beau nom dans une société chevaleresque ! « Mohammed, écrit Sawas Pacha, occupait une situation éminente dans une espèce d’association, fondée par les principaux personnages de La Mecque dans le dessein de protéger les faibles. La confiance que, jeune encore, il inspirait à ses compatriotes était telle qu’on l’avait surnommé Amine, l’homme digne de confiance ».
Un incident de la vie des Mecquois
nous montre la perspicacité de jugement de Mohammed (QSSSL) et le degré d’estime dans lequel le tenaient ses concitoyens. La Kaâba, sanctuaire vénéré de l’Arabie, avait besoin de réparations et les Mecquois s’étaient résolus à faire le nécessaire.
La pierre noire qu’on voit de nos jours était vénérée par les Arabes pré-islamiques, comme elle l’est encore par les musulmans et le fait de la remettre en place représentait une dignité indéniable. Toutes les tribus réclamèrent l’honneur de replacer la pierre noire. Des discussions n’allaient pas tarder à se produire. Chaque tribu s’apprêtait à soutenir ses revendications par les armes, lorsqu’un homme avisé proposa de s’en rapporter au jugement de la première personne qui franchirait le seuil de l’enceinte de la Kaâba ; le jugement du nouveau Salomon devait être accepté : « El-Amîn ! El-Amîn ! » clama l’assemblée, lorsque Mohammed apparut avec son franc sourire.
On le mit au courant de ce que l’on attendait de lui. Il se fit apporter un tapis, sur lequel il plaça la pierre noire et désignant les plus âgés de chaque tribu, il les invita à soulever le tapis, puis il scella lui-même la pierre à sa place. Tel fut l’acte qui consacra l’apogée de ses titres de fidèle et d’arbitre.
Depuis l’arbitrage de la Kaâba jusqu’au commencement de sa mission, Mohammed (QSSSL) disparaît presque de La Mecque. Il goûte silencieusement le calme du foyer et se prépare à recevoir le fardeau sacré de la Prophétie. Tel est le ré- sumé des 39 ans de la vie privée de Mohammed El-Amine, vie pleine de dignité et de dévouement, pleine de décence et de vertu, pleine de probité et de piété, pleine d’honnêteté et de charité, pleine de loyauté et de mansuétude.
Seul un esprit prévenu s’attendrait à voir une pareille vie donner des fruits d’erreur et de perfidie. Fidèle, vertueux, charitable à l’excès était déjà Mohammed dans sa vie quotidienne et c’est par ces mêmes titres que sa mémoire s’imposera à l’humanité. Vie du Prophète, depuis le commencement de sa mission jusqu’à l’Hégire Par piété, Mohammed avait pris la coutume de passer, chaque année, un mois dans la solitude sur le mont Hîrâ. C’est sur cette montagne dénudée, dans une grotte et en confirmation de la promesse de Moïse : « Le Seigneur a resplendi de la Montagne de Farân » que la révélation vint surprendre Mohammed.
« La révélation, dit Aïcha, débuta chez le Prophète par de pieuses visions qu’il avait pendant son sommeil. Pas une seule de ces visions ne lui apparut sinon avec une clarté semblable à celle de l’aurore. Plus tard, il se prit à aimer la retraite.
Il s’isola alors dans la caverne de Hîrâ, où il se livra au « tahannouth », c’est-à-dire à la pratique d’actes d’adoration durant un certain nombre de nuits consécutives sans qu’il revînt chez lui. Ensuite, il revenait vers Khadidja et prenait les provisions nécessaires pour une nouvelle retraite. Cela dura ainsi jusqu’à ce que la lumière lui fût enfin apportée dans cette caverne de Hîrâ ».
« L’ange vint alors le trouver et lui dit : « Lis ! ». Je ne suis point de ceux qui lisent, répondit-il. L’ange me saisit aussitôt, raconta plus tard le Prophète ; il me pressa au point de me faire perdre toute force et me répéta ce mot : « Lis ! ». Je ne suis point de ceux qui lisent, ré- pliquai-je encore. Pour la troisième fois, l’ange me saisit, me pressa au point de m’enlever toute force puis me lâcha en me disant : Lis au nom de ton Seigneur qui a créé. Qui a créé l’homme ».
« En possession de ces versets, le cœur palpitant, le Prophète rentra chez Khadidja Ben-Khouaïled. On s’empressa de le tenir enveloppé jusqu’au moment où son effroi fut dissipé. Alors, s’adressant à Khadidja, il la mit au courant de ce qui s’était passé, puis il ajouta : « Ah ! je crois que je vais mourir ! Non pas, répondit Khadidja. Certes, jamais Dieu ne t’infligera d’affront ; car tu es uni avec tes proches, tu soutiens les faibles, tu donnes à ceux qui n’ont rien, tu héberges les hôtes et tu aides les victimes des vicissitudes du droit ».
« Ensuite, Khadidja emmena Mohammed (QSSSL) chez Waraqua Ben-Noufal. Cet homme qui était le cousin paternel de Khadidja avait embrassé le Christianisme aux temps antéislamiques. Il savait tracer les caractères hébraïques et avait mis en hébreu toute la partie de l’Evangile que Dieu avait voulu qu’il transcrivît.
A cette époque, il était âgé et devenu aveugle : « O mon cousin, lui dit Khadidja, écoute ce que va te dire le fils de ton père. O fils de mon père, répondit Waraqua, de quoi s’agit-il ? ». Le Prophète raconta alors ce qu’il avait vu. « Cet ange, dit Waraqua, c’est le messager que Dieu a envoyé autrefois à Moïse. Plût à Dieu que je fusse jeune en ce moment ! Ah ! que je voudrais être vivant à l’époque où tes concitoyens te banniront ! Ils me chasseront donc ? s’écria le Prophète ?
Oui, reprit Waraqua. Jamais un homme n’a apporté ce que tu as apporté sans être persécuté. Si je vis encore ce jour-là, je t’aiderai de toutes mes forces ». Waraqua ne tarda pas à mourir et la révélation fut interrompue ».
L’on a raillé cette tradition. Pourtant, l’Ancien Testament ne pré- sente pas autrement les révélations faites aux Prophètes. Exemple : l’ordre que reçut, deux fois, Ezéchiel d’« avaler le rouleau du livre », ne peut se concevoir que par la lecture, la conservation dans la mémoire, la récitation. La période d’« interruption » fut longue pour Mohammed (QSSSL). Elle dura trois ans environ. Puis la révélation reprit jusqu’à la fin de sa mission : « Tandis que je marchai, disait le Prophète, j’entendis une voix qui venait du ciel.
Levant alors les yeux, j’aperçus l’ange qui était venu me trouver à Hîrâ ; il était assis sur un trône entre le ciel et la terre. Effrayé à cette vue, je rentrai chez moi en criant : Enveloppe-moi ! ». Alors Dieu me révéla ce verset : « O toi qui es enveloppé, lève-toi et menace de châtiment. La grandeur de ton Seigneur, célèbre-la ; tes vêtements, purifie-les et l’abomination, fuisla ». A partir de ce moment, la révélation reprit et continua sans interruption. Tel est le point de départ de la mission effective du Prophète. Mais de cette date commencèrent pour lui les années les plus pé- nibles ; car dès le premier jour, sa propre famille se déclara contre lui et contre sa doctrine.



Réactions