Vive la Tunisie libre ! Ben Ali a, au moins, deux amis qui l’ont défendu : Kadhafi et Israël

dimanche 16 janvier 2011
par Chérif Boudelal

Par Chérif BOUDELAL

Les dictateurs se soutiennent et se consolent mutuellement. Kadhafi s’inquiète de voir la contamination arrivée en Libye, et Israël regrette d’avoir perdu un ami, un agent du Mossad de taille. Le monarque libyen s’est précipité à baisser les prix des denrées alimentaires de bases ((les autres tyrans arabes l’ont fait également) pour éviter le même sort que celui de ben Ali. Mais Kadhafi est le seul à avoir intervenu en direct sur les chaînes de télévision sur pour défendre le dictateur fuyard, en le qualifiant de « président légitime » (comme pour dire que lui aussi est le président légitime de la Libye).

Et le « sage » Kadhafi aurait souhaité que les Tunisien puissent attendre la fin du mandat de « leur président », en épargnant ainsi les vies de leurs enfants. Et il ajout : « Si j’étais tunisien je l’aurais choisi comme président à vie » ! Par ce discours, l’auteur du « livre vert » de la « théorie » de la Jamahiriya libyenne (la Libye des masses populaires), lance un avertissement à ses sujets pour qu’ils ne s’aventurent pas à imiter les Tunisiens dans leur révolte s’ils veulent préserver les vies de leurs enfants. Les dictateur se ressemblent et s’assemblent.

Quant aux dirigeants israéliens, ils regrettent d’avoir perdu un ami fidèle qui « soutenait discrètement Israël », ils craignent que la Tunisie soit gouvernée par quelqu’un d’autre qui serait hostile à Israël. Netanyahu, s’inquiète et craigne que la contamination touche les voisins d’Israël. Silvan Shalom (né en Tunisie) se vante d’avoir été chaleureusement reçu par Ben Ali en 2005, en secret, en tant que ministre des Affaires étrangères de Sharon.

La Révolution tunisienne inquiète non seulement les dirigeants israéliens, mais aussi, et surtout les régimes arabes. Tous les rois et présidents à-vie, dits arabes (qui préparent tous leurs enfants ou leurs proches pour les remplacer), ont la trouille au vente ; car chacun d’entre eux sait pertinemment qu’un jour ou l’autre son tour viendra. De Nouakchott à Bagdad, en passant par le Caire et Sana’a, les régimes dictatoriaux arabes doivent savoir que lorsque le Tsunami des peuples se met en mouvement, il les importera sur son passage. Ils savent, du moins maintenant, que leurs protecteurs impérialistes ne leur seront d’aucune utilité ; ils leur tourneront le dos, comme ils l’ont fait pour Ben Ali, et leurs autres caniches avant lui.

Tous les dictateurs déchus avant Ben Ali ont eu le même sort que ce dernier. L’histoire nous rappelle de Batista (Cuba), Pinochet (Chili), Bokassa (Centre-Afrique), Pahlavi (Iran), pour ne citer que ceux-là. Tous ont subi la foudre de leurs peuples et l’humiliation de leurs faux amis, leurs maîtres impérialistes occidentaux qui ont pillé les richesses de leurs pays, alors que leurs peuples meurent de faim, mais dès qu’ils n’étaient plus utiles pour eux, ils leur ont tourné le dos. Les milliards qu’ils ont volés à leurs peuples ne leur éviteront pas non plus de vivre comme des voleurs traqués, fuis de leurs ex amis comme des pestiférés du temps du Moyen âge. Les milliards qu’ils ont volés à leurs peuples ne leur ont pas évité non plus de vivre comme des voleurs traqués.

Les USA découvrent, enfin, que le peuple tunisien était réprimé et avait le droit de choisir ses dirigeants. La France, quant à elle, refuse purement et simplement à Ben Ali de fouler son territoire. Pis encore : elle traque les membres de sa famille qui se trouvent sur son sol, et elle gèle leurs avoir (espérons qu’elle va les restituer au peuple tunisien). Cet exemple devrait servir de leçon aux plus « intelligents » de ces dictateurs arabes, et les inciter à servir leurs pays et à mieux répondre aux attentes de leurs peuples ; mais aussi d’instaurer chez eux une vraie démocratie, et pour ceux qui gouvernent depuis longtemps de ne pas tarde à quitter leurs fonctions avant qu’il soit trop tard pour eux ; c’est-à-dire avant de subir le même sort que Ben Ali et tous ses semblables.

Les exemples les plus marquants sont ceux du Shah d’Iran, en 1979, et celui de Ben Ali, en 20011. Le drame des enfants du Shah d’Iran est terrifiant. Ne supportant plus de vivre loin de leur pays et dans la peur, étant surveillés et limité de leur mouvement, deux d’entre eux se sont suicidés ; la plus jeune de ses filles, Leila, s’est suicidée à l’âge de 32 ans, à Londres (Grande Bretagne), le 10 juin 2001 ; son dernier fils, Ali-Reza, s’est suicidé à l’âge de 44 ans à Boston (Etats-Unis d’Amérique), le 4 janvier 2011. On peut dire que ces derniers sont pour rien ; ils n’étaient pas responsables de ce que leur père a fait subir au peuple iranien, ils en sont même des victimes puisqu’ils n’ont pas choisi le tyran du peuple iranien comme père.

Un conseil à tous les dictateurs arabes, de la part d’un observateur qui ne fait pas de politique. Même si vous ne serez jamais réhabilités auprès de vos peuples, vous devriez penser à l’avenir de vos enfants, des conséquences qui feront souffrir vos familles, comme ont subi les enfants du shah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi. Et vous aurez tout à gagner. En quittant le pouvoir de votre propre gré, vous pourrez continuer à vivre, ainsi que vos familles, dans vos pays, en jouissant de vos droits civiques en tant que citoyens, et cela vous évitera de subir le sort de ben Ali. En voulant vous imposer illégalement, vous perdrez tout, et vous causerez malheur à vos familles. N’oublierez jamais les sorts de vos homologues dictateurs, Pahlavi et Ben Ali. Tant que vous resterez au pouvoir par la force et par la ruse, vous ne serez jamais en sécurité : vos peuples vous feront la fête tôt ou tard.

Dernières nouvelles de Tunisie : Le président de l’Assemblée nationale (autoproclamé) charge l’ancien premier ministre de composer un gouvernement d’union nationale. L’opposition proteste contre la participation des membres de l’ancien gouvernement et du président de l’assemblé nationale à ce gouvernement, alors qu’ils ont servi le régime de Ben Ali. Elle demande le remaniement de la constitution et la participation de toutes les sensibilités politique propres au gouvernement du salut national.

L’armée contrôle toutes les villes de Tunisie. Elle intervient pour protéger les citoyens, les biens publics et privés, mais elle traque aussi les miliciens du régime déchu. Certains de leurs activistes ont été arrêtés dans des voitures louées, transportant des armes. Des miliciens ont tiré sur les militaires et sur les opposants de Ben Ali devant le siège de l’opposition à Tunis. L’ancien ministre de l’Intérieur et l’ancien directeur de la sécurité de Ben Ali, ainsi que le neveu de ce dernier ont été arrêtés à Tunis par l’armée. Ils seraient les organisateurs des milices qui sèment la terreur dans toutes les villes de Tunisie. Par ailleurs, trois personnes ont été tués par l’armée aujourd’hui, deux francs-tireurs et une personne non armée qui ne se serait par arrêtée après sommation des soldats. En fin, quatre Allemands et deux Suédois, occupant deux voitures de locations, transportant des armes, ont été arrêtés selon le correspondant d’Aljazeera à la capitale tunisienne.

L’immolation par le feu se multiplie en Algérie La contamination de l’immolation par le feu envahit l’Algérie. Un journaliste algérien rapporte à la chaîne de télévision Aljazeera que cinq algériens, dans des régions différentes, se sont immolés par le feu, dont un père de famille est mort et un autre grièvement brûlé. Par ailleurs, des manifestations de soutien au peuple tunisien se sont poursuivies dans plusieurs villes des pays arabes, et leurs ressortissants à travers le monde, demandant aux autres peuples de suivre l’exemple tunisien pour mettre fin à leurs régimes dictatoriaux.

(Par Chérif BOUDELAL - mardi 16 janvier 2011 – contact : immigrationstorys@yahoo.fr)


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