Vox populi : JIJEL ET MOI

Fan de la nature féerique de Jijel depuis les années 70, mon engouement pour cette région s’est amenuisé au point où j’ai décidé l’été dernier de ne plus y remettre les pieds pour des tas de raisons et que dorénavant, mes vacances je les passerai en Tunisie, et ce pour une seule raison.. Je me suis consolé d’année en année en me disant sans grande conviction que l’année prochaine la situation va s’améliorer, mais en vain. Certes, la nature est toujours aussi belle malgré le bricolage confirmé des collectivités locales et des décideurs.
Par Hamdi Amine
Malgré le fait que le reste du monde vive actuellement en 2009, à Jijel la régression féconde trouve toujours ses lettres de noblesse car en réalité, si l’on se réfère aux « grandioses réalisations » de l’Etat dans cette région triplement martyre, il semblerait que quelque part là-haut dans les méandres du pouvoir occulte, le seul développement préconisé pour cette région, jadis fière, se résume à un sous-développement planifié pour désarticuler la structure sociale et piller les potentialités inestimables de cette région. Dans les esprits sonnants et trébuchants de ceux que je ne nommerais pas, non par peur mais par mépris, Jijel ne vaut que par ce qu’elle peut apporter aux autres wilayas. Le pillage du sable qui est arrivé, tenez-vous bien, jusqu’à Béchar, le liège, l’agriculture qui produit pour les autres puisque le citoyen de Jijel s’approvisionne au niveau local à des prix exorbitants comparativement aux wilayas limitrophes. Jijel ne jouera jamais les premiers rôles et tous les commis de l’Etat nommés pour présider à sa destinée font du rapiècement et se remplissent les poches tout en piétinant sur place. Les douars et les villages, même les plus grands, tombent en décrépitude, le budget de l’Etat et de la collectivité fait le trottoir en pleine saison estivale en remplaçant l’existant toujours en bon état et en occultant les « nids-de-dinde » et les ornières qui foisonnent à tous les niveaux. La ville a eu enfin son marécage central : une vraie bénédiction pour les maladies à transmission hydrique. A tous les crédules qui me lisent, je voudrai bien qu’ils m’éclairent pourquoi le port de Djen-Djen a été implanté sur un lit de sable, dans un site réputé pour ses courants, ouvert aux vents d’ouest ? Sans doute pas pour créer une carrière de sable. La zone de Bellara a été créée, réalisée, puis annulée, pourquoi ? La fameuse gare de tri de Bazoul a été vandalisée par ses propres travailleurs qui, l’oisiveté aidant, ont démonté tous les câbles du système d’aiguillage automatique pour vendre le cuivre aux trafiquants et même les stocks importants laissés par la société étrangère qui a réalisé cet ouvrage ont été écoulés au black market. Pis encore : les systèmes de commande et les automatismes ont été dépecés. On raconte même dans la région que le fameux hôtel est loué moyennant pécule à des vacanciers étrangers à la société. Où est l’Etat ? Autre curiosité économique de la région et qui mérite un détour, c’est la zone d’inactivité de Bazoul. Jijel reste sans doute la seule ville où les autorités locales ont décrété la plage où déverse l’égout de la ville autorisée à la baignade. Le génie organisationnel a réduit la culture à une banale récolte de cachets et à des semaines du shopping qui se suivent et se ressemblent, pardon à des minifoires « internes nationales », où tous les produits douteux, invendus, obsolètes voire nocifs pour la santé, sont été écoulés à des prix touristiques. Autre trouvaille exotique : en feuilletant le Journal officiel numéro 61, j’apprends que par décret exécutif n° 09- 338 du 22 octobre 2009 modifiant l’annexe du décret n° 88-232 du 5 novembre 1988, la localité de Bazoul est devenue zone d’expansion touristique. En fait, le peu de terres agricoles qui a survécu aux grandioses actions de sous-développement viennent donc de recevoir le coup de grâce. Le transfert d’eau à partir du barrage de Chadiya, réalisé par l’Hydraulique, servira donc au dessalement des estivants. La photo de la fameuse ZET parle d’elle-même. Côté tourisme, à part l’œuvre de Dieu, seule la médiocrité préside et bien souvent on ne trouve même pas un endroit convenable pour prendre un repas, sans parler de l’enfer de la circulation qui aurait pu être évité si les ronds-de-cuir faisaient travailler un peu leur matière grise (enfin si elle existe). Je repasserai peut-être le jour où je lirai dans la presse que le fameux navire a appareillé avec à son bord tous les prévaricateurs, les magouilleurs, les lêche-bottes et leurs chefs d’orchestre vers une destination inconnue et sans canots de sauvetage.
Le Soir d’Algérie



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