être marin pêcheur a jijel

La pêche à Jijel comme ailleurs (à l’est algérien) est en train de payer pour les autres. Le nombre croissant de ports de pêche et de bateaux sur les côtes algériennes réduit le nombre de poissons dans son parcours de l’Ouest vers l’Est. Le poisson bleu (bonite, sardine, anchois, thon, etc.) est un poisson migrateur. Ces problèmes n’existaient pas dans les années 1990, dans son trajet le poisson avait moins de prédation. En effet, de grandes quantités passaient près de la côte jijelienne, le petit nombre de bateaux pêchait à volonté, un des bateaux a même jeté en mer 400 casés (caisses en bois) de bonites, un autre El-Mouloudia a failli couler à cause d’une forte pêche du même poisson…
Par un marin pêcheur : Alibendj 13
les bons qui nous parvenaient étaient importants, d’après le témoignage des anciens, il y avait aussi un rythme dans ces apparitions des différentes espèces.
Pendant cette période (les années 90) un bateaux a introduit une nouvelle technique (le pélagique), qui en plus de sa rentabilité, pêchait les sardines pendant le jour et avec moins d’efforts et de mains d’ouvre (4 a 5 marins par chalutier). Cette nouvelle technique, il faut le dire, a révolutionné le mode de la pêche traditionnelle à Jijel, qui en plus de la nouvelle technologie, les bateaux sont devenus plus grands et les filets aussi. Techniquement nous sommes passés du sondeur avec une bande de papiers, au sonar et aux matériels bourrés d’électronique. Avec ces nouveautés, d’après les dires des marins, même le poisson a changé de comportement.
La pêches d’avant les années 1980 était une pêche artisanale, de petits bateaux (sardiniers) qui pêchaient près de la côte, les chalutiers aussi raclant les mêmes fonds suivant les mêmes couloires avec des passages strictes sinon le filet est perdue. Jijel est connue par un fond rocheux (el-soum). A l’époque, le petit nombre de chalutiers n’était pas une menace pour la régénération du poisson. Les moteurs des bateaux étaient aussi moins puissants et se contentaient d’un seul type de chalut ( à l’Italien ou à l’espagnol ) en plus il y avait un arrêt de 3 mois, prolongé ensuite à un mois de plus pour donner plus le temps au poisson à se reproduire.
Concernant le payement des uns et des autres, la somme globale est partagée par deux, 50% nets pour l’armateur ( même s’il prétend prendre que 45%), et les 50% qui restent sont partagés par tous les marins et l’équipe de terre : mécanicien, elmous (moussaillon), les rimailleurs, comptable, sans oublier les frais de gasoil, les cotisations, les pièces de rechange, etc… Et si la recette est plus de 100 millions, l’armateur met un plus de côté puisque la part serra partagée entre les ouvriers (marins), ceci est la version officieuse.
Pour le raïs, s’il est actionnaire avec l’armateur il prend 1 part du côté de ce dernier et 3 parts du côté de l’équipe mer et terre, c’est un pot de vin, maquillé en cadeau de l’armateur pour lui fermer les yeux sur la comptabilité, les armateurs l’appelle un encouragement. (laab dahmida wa racham dahmida ) . Le reste est partagé par tout le monde, chacun suivant sont poste : 2 parts pour les remailleurs, 1 pour le mécanicien, 1 au comptable, 1 à « el mous », 1 part spéciale à l’armateur qui la déduise des 50% des marins sous prétexte sa présence journalière chaque matin ( pas tous, mais la plupart des armateurs le font), le lampiste 1 part ½, le pougnieu 1part1/2.
Les marins, les condjador, etc. ne sont pas déclarés aux assurances, mais comme même on leur fait payer les cotisations de la recette générale ; le garde de pêche ne peut pas intervenir parce que le remailleur (conjador), el mous, etc. font partie de l’équipe de terre qui sont en dehors de sa juridiction. A la place d’El mous (moussaillon) par exemple on mit un membre de la famille de l’armateur sur la liste des embarquements (roll) qui lui bénéficie d’une assurance et une retraite paisible ; en fait, les marins cotisent pour les autres proches de l’armateur, voila une autre mascarade du métier. On peut valoir ces droits en justice ou chez l’inspecteur du travail, mais il faut avoir deux témoins qui ne sont pas lâches. Personnes ne veux être pointé du doigt par les patrons (pour les mariés : el khabza da drari falaab, les célibataires quant à eux disent : nous avons faim. En plus les armateurs sont amis, l’accusateur va être sujet à des représailles et des pressions. Par solidarité les autres armateurs ne feront jamais appel a son service. Un marin qui veut son droit est mit à l’écart et classé comme perturbateur, il est cuit, ces chance d’embarquement sur un autre bateaux serreront très réduites.
Le marin en signalant son mécontentement en cas de vole par l’armateur ( grande recette de la pèche de la semaine petit part pour le marin dans une enveloppe qu’on fait bourrer de billets de 200 DA pour faire croire a une grande sommes ( Voila le scénario : tien ton fascicule tu es débarqué). On ne peut pas démontrer la fraude aussi à la comptabilité, ça se fait à huit clos entre l’armateur et le comptable, mais les marins ont aussi des formules pour prédire le montant de la part, mais on ne peut rien faire quand on a rien gagné depuis 6 mois. A cela il faut ajouter les désagréments de la période de l’hiver, les vents de mars , les bas fonds, les pleines lunes qui désavantagent la pêche, les mauvais courants, les bateaux pourris, les pannes successives, les longs arrêts parce que l’argent fait défaut pour les pièces de rechange, etc. Parfois, quand l’armateur paye les marins, peu après il leur demande de lui prêter de l’argent pour réparer son bateau en attendant ainsi de bonnes semaines pour récupérer son argent. Parfois embarqué sur un bateau avec un raïs incompétent et malgré ça on accepte, on n’a pas mieux et l’espoir fait vivre les 4 mois de mai jusqu’à août, à vrais dire ils nous font oublier les mois des vaches maigres. Les meilleures places sont prises toute l’année … comme disait un de nos sages lorsque le matin on essaye de voire le mouvement des bateaux c’est-à-dire les quantités et les espèces pêchés on voit toujours les mêmes personnes … généralement le raïs est entouré par des « gens sérieux » appartenant presque au clan familial ou par de très soumis à la volonté dictatoriale de l’armateur, la liste d’attente et très longue pour décrocher une meilleure place. Les autres bateaux des petits, ne peuvent même pas garantir chemma, les cigarettes ou deux yaourts pour le casse croute. On ne peut pas toujours faire le héro ou se faire justice soi même ; heureusement il y en a ceux qui croient encore que (rezk biyad rabi), ils crient haut et fort leur mécontentement, mais ils doivent attendre quelques jours voire quelques mois pour trouver un autre bateau qui à besoin de marins, la chance sourie surtout en pleine saison (juin et juillet), après il n y a qu’à garder de bonnes relations avec les membres de sa famille sinon tu vas crever.
Enfin la plaisance est une activité professionnelle d’une manière officieuse. Des familles vivent de la (palangrotte) et des fonctionnaires arrondissent aussi (bassanara ) leurs fins de mois. Pour le plaisir je n’en ai jamais vue de ma vie.



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