l’islam dine et dounya, Les raisons du retard de développement dans les sociétés musulmanes ? (5)

jeudi 9 septembre 2010
par Ahmed Benbitour

À ce stade de notre réflexion, nous garderons à l’esprit, comme l’ont affirmé les penseurs et les chercheurs de l’histoire des civilisations, qu’au début du IIe millénaire, la lumière rayonnait au Sud au moment où l’obscurantisme couvrait le Nord de notre planète. Ainsi, comme l’attestent les écrits d’Occidentaux, Cordoue, sous le règne des califes Abderrahmane III et Al-Hakam II, était, au Xe siècle, la ville la plus civilisée d’Europe… Plus précisément, elle fut alors la capitale la plus importante d’Islam. “La brillante culture des musulmans dans le domaine des sciences diverses… répondait au concept que l’Islam avait de l’homme en tant qu’être doué de réflexion qui n’appartient pas à une seule nation mais à toutes les civilisations…”

Par Dr Ahmed Benbitour

“Au cosmopolitisme économique suit comme il est naturel, celui de la culture : Arabes et arabisés constituent, désormais, une inséparable unité linguistique, religieuse et culturelle et leur langue se modèle de manière à s’adapter à toute expression de pensée…”

“L’islamisation progressive s’accompagna comme il est naturel de l’arabisation qui, en quelques générations, annula toute différence entre dominateurs et dominés.” (fin des citations). Comme il est aisé de le constater, le message de l’Islam à son apogée permettait à l’homme de transcender son appartenance à une nation pour se fondre dans le cours universel. Ainsi donc, grâce à une telle fusion, Cordoue devenait la capitale de l’Islam la plus importante avant même Baghdad du fait même que la culture, l’économie, la science et la technologie concourraient harmonieusement au rayonnement de cette religion qu’est l’Islam. Aujourd’hui, l’on ne peut que déplorer que la lumière ait cessé de briller sur le monde musulman dans son ensemble pour éclairer les autres parties du globe. À cet égard, l’on se doit de mettre en évidence le fait que les nations du Nord avaient su tirer profit de la Révolution industrielle du XIXe et du XXe siècles pour consolider leur unité et renforcer leur développement en bénéficiant des progrès technologiques puisés du Sud à travers l’occupation étrangère, la colonisation, le protectorat des pays au sein desquels les habitants n’avaient pas droit de cité, considérés non pas comme des citoyens, mais de simples indigènes. L’exemple de l’Algérie est un cas édifiant sur les méthodes d’occupation de son territoire et de la soumission de ses populations, comme l’atteste le rapport de la Commission gouvernementale d’enquête française en 1833. L’on se doit de rappeler dans ce contexte que les pays musulmans, pour leur part, se débattaient désespérément, victimes de leurs divisions et sombraient durablement sous la domination des nouveaux occupants. Pour illustrer cette dégradation, il est tout à fait approprié de mentionner quelques écrits contenus dans le rapport de la commission gouvernementale française cité ci-dessus, à propos des méthodes d’occupation du territoire algérien : “Nous avons réuni au domaine les biens de fondations pieuses, nous avons séquestré ceux d’une classe d’habitants que nous avons promis de respecter… Nous nous sommes emparé des propriétés privées sans indemnité aucune, et, de plus, nous avons été jusqu’à contraindre les propriétaires, expropriés de cette manière, à payer les frais de démolition de leurs maisons et même d’une mosquée. Nous avons profané les temples, les tombeaux, l’intérieur des maisons, asile sacré chez les musulmans. Nous avons massacré des gens porteurs de sauf-conduits, égorgé sur un simple soupçon des populations entières qui se sont ensuite trouvées innocentes ; nous avons mis en jugement des hommes réputés saints dans le pays, des hommes vénérés, parce qu’ils avaient assez de courage pour venir s’exposer à nos fureurs, afin d’intercéder en faveur de leurs malheureux compatriotes ; il s’est trouvé des hommes pour les condamner, et des hommes civilisés pour les exécuter.” (fin de citation). C’est par de tels moyens que le colonialisme se manifestait : atrocité, barbarie, brutalité, mépris, domination, séquestre et spoliation. De telles pratiques ne manquaient pas d’anéantir toute possibilité d’harmonisation et de rapprochement des civilisations. Au-delà des sacrifices consentis pour les indépendances réalisées dans les années 1950 et 1960, les modèles de développement, à cette époque, variaient du modèle du capitalisme d’État et du parti unique à celui de l’industrialisation par la substitution à l’importation et, enfin, celui hérité du colonialisme, à savoir la spécialisation dans l’exportation des matières premières.Tous ces modèles ont connu un échec sur les plans politiques, économiques et même sociaux et entraîné la stagnation de l’ensemble des pays concernés. Un autre élément de dramatisation de cette stagnation est que les élites n’étaient pas associées à la mission de construction d’un État moderne et d’une économie adaptée. Ajouter à cela trois facteurs : (1) l’abondance des revenus financiers à la disposition des gouvernants ; (2) le faible niveau de mobilisation populaire ; (3) la valeur stratégique des hydrocarbures pour les puissances internationales. Tout ceci pour dire que ce sont des conditions historiques qui ont placé les pays du Sud dans cette situation. Il ne s’agit pas de trouver des excuses afin d’expliquer notre état de sous-développement, mais de fonder nos analyses sur des hypothèses de travail solides. Il ne s’agit ni de culture ni de morale. Ceci dit, les faits sont là : nous enregistrons un retard notable dans la construction de l’État de droit, la démocratie, les libertés et l’alternance au pouvoir. D’où la nécessité de revoir la copie et d’appeler au changement pacifique du système de gouvernance. Il faut se méfier du leurre de l’électoralisme. Les élections plurielles ne signifient pas la démocratie, puisque les gouvernants ont acquis l’art d’organiser des élections plurielles sans changement de majorité. C’est la démocratie de façade. Aujourd’hui, il y a urgente nécessité de passer d’un État faible par la force de la répression et l’exclusion (justifiées pour le maintien de l’ordre) à un État fort par la force du droit, de la justice et de la participation. Il faut aider la société à s’imprégner des valeurs qui ont fait la grandeur de l’Islam au départ : cohérence entre dine et dounya, éternel attachement à la préservation de l’être humain, universalité, ouverture. De même, les commandements dans l’organisation sociale, l’organisation économique et les méthodes de sagesse et de démonstration convaincante. Nous les avons proposés dans les quatre contributions précédentes. Saha Aïdoukoum. Liberté


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